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Coronavirus — discussion

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Quand cette page a été créée, en mars 2020, j’es­pé­rais son achè­ve­ment d’i­ci quelques semaines ou quelques mois. Un an plus tard, il m’a fal­lu ajou­ter l’an­née « 2020 » aux dates des articles cités en réfé­rence, mettre des verbes à l’im­par­fait et des affir­ma­tions au condi­tion­nel, puis scin­der la page en plu­sieurs articles (voir le menu à droite)…

De nom­breux avis « offi­ciels » sur cette crise sani­taire ont été réfu­tés depuis le début de ma rédac­tion. Ces réfu­ta­tions ne sont pas toutes à jour et deman­de­raient un tra­vail jour­na­lis­tique au-delà du temps que je peux y consa­crer. L’his­toire se construit donc gra­duel­le­ment, sans pré­ten­tion de véri­té autre que celle de consen­sus énon­cés par les « lea­ders » scien­ti­fiques et poli­tiques.

Veille scientifique CoVID-19 : un défi

Fin août 2020, en reli­sant des pas­sages de cet article modi­fié presque au quo­ti­dien pen­dant les six pre­miers mois de l’an­née, je m’é­tais déjà ren­du compte de la dif­fi­cul­té à pré­sen­ter une syn­thèse cohé­rente des publi­ca­tions et avis qui s’ex­priment sous l’au­to­ri­té de « la science »… Cette auto­ri­té est aujourd’­hui mise en doute par une frac­tion des popu­la­tions tou­chées par la pan­dé­mie, y com­pris celles qui appar­tiennent à l’é­lite scien­ti­fique.

Sans doute est-ce prin­ci­pa­le­ment un pro­blème de com­mu­ni­ca­tion : les res­pon­sables poli­tiques et les auto­ri­tés sani­taires ont elles-même bai­gné dans le flot chao­tique d’in­for­ma­tions inhé­rent à la mécon­nais­sance d’une pan­dé­mie nou­velle, de ses causes et des moyens de la frei­ner ou d’y mettre fin. Les injonc­tions et obli­ga­tions se sont suc­cé­dées, par­fois contra­dic­toires, voire men­son­gères, sans autre jus­ti­fi­ca­tion que la recherche de com­pro­mis et l’ur­gence de « faire quelque chose » qui n’a pas tou­jours le même sens pour les pro­fes­sion­nels de san­té et les élus… Les fac­teurs éco­no­miques et sociaux se sont révé­lés déter­mi­nants, là où on ne s’y atten­dait pas, dans des pays répu­tés pour la qua­li­té de leur sys­tème de san­té. D’un côté, la pénu­rie de maté­riel, de médi­ca­ments, de res­sources humaines. De l’autre, l’in­dé­cente spé­cu­la­tion finan­cière de groupes phar­ma­ceu­tiques et l’as­ser­vis­se­ment à leur agen­da de gou­ver­nants qui s’é­rigent en pion­niers de la pré­ven­tion. Tout cela ne peut qu’a­li­men­ter les théo­ries de com­plot qui, c’est bien connu, reposent en par­tie sur des don­nées véri­fiables !

En ce qui concerne la presse scien­ti­fique, le bilan est plu­tôt catas­tro­phique car la quan­ti­té et la vitesse de publi­ca­tion sous cou­vert d’ur­gence ont for­te­ment dégra­dé la qua­li­té des articles. Les lec­teurs, pour beau­coup de simples citoyens à la recherche de réfé­rences scien­ti­fiques, sont sou­vent tom­bés dans le pan­neau des revues pré­da­trices dont j’ai par­lé dans Ma démarche… Mais les équipes de recherche elles-mêmes, sous la pres­sion de com­mu­ni­quer leurs résul­tats, en ont aus­si fait usage plus ou moins sciem­ment. Jaime A. Teixei­ra da Sil­va écri­vait (16 juin 2020A96) :

La pan­dé­mie COVID-19, qui a conduit à un flot d’ar­ticles et de pré-publi­ca­tions, a posé de mul­tiples défis à l’é­di­tion aca­dé­mique, le plus évident étant l’in­té­gri­té durable sous la pres­sion de publier rapi­de­ment. Il existe des risques liés à ce rap­port du volume à la vitesse. De nom­breuses lettres, édi­to­riaux et articles cen­sés être « éva­lués par des pairs » dans des revues clas­sées et indexées ont été publiés en quelques jours, ce qui sug­gère que l’exa­men par les pairs était soit éphé­mère, soit inexis­tant, ou que les articles étaient rapi­de­ment approu­vés par les édi­teurs en fonc­tion de leur inté­rêt per­çu et de l’ac­tua­li­té, plu­tôt que sur leur valeur aca­dé­mique intrin­sèque. Dans les cercles de l’é­di­tion aca­dé­mique, la reven­di­ca­tion d’un « exa­men par les pairs » alors qu’en fait elle n’a pas été menée est une carac­té­ris­tique fon­da­men­tale de « l’é­di­tion pré­da­trice », éga­le­ment un élé­ment “fake” qui peut saper les efforts de ces der­nières années pour ins­tau­rer la confiance dans la crise des publi­ca­tions pério­diques flo­ris­santes. Alors que le monde est tou­jours cen­tré sur la CoVID-19, la ques­tion de « l’é­di­tion pré­da­trice » est igno­rée ou ne reçoit pas suf­fi­sam­ment d’at­ten­tion. Les risques pour la com­mu­nau­té scien­ti­fique, l’é­di­tion uni­ver­si­taire et, en fin de compte, la san­té publique sont en jeu lorsque l’é­di­tion abu­sive et pré­da­trice n’est pas remise en ques­tion. […]

Des membres du public, de jeunes étu­diants, des cher­cheurs en début de car­rière, des médias avides d’at­trape-clics, ou des uni­ver­si­taires inca­pables d’é­va­luer de manière cri­tique le conte­nu aca­dé­mique et scien­ti­fique et les défauts de la lit­té­ra­ture bio­mé­di­cale, sont les plus à risque d’être por­teurs de dés­in­for­ma­tion, ali­men­tée par la pro­pa­gande char­riée par les médias sociaux. […]

À titre d’exemple extrême [lien], un « article de recherche » sur le COVID-19 qui pré­tend être éva­lué par des pairs et dont le DOI [iden­ti­fiant pérenne] est inva­lide, contient 38 pages de pseu­do-science appa­rem­ment concoc­tée presque entiè­re­ment sans rap­port avec la CoVID-19. Cet article a été rédi­gé par une équipe de sept auteurs, vrai­sem­bla­ble­ment pseu­do­nymes ou faux, qui uti­lisent deux faux éta­blis­se­ments uni­ver­si­taires (Cali­for­nia South Uni­ver­si­ty et Ame­ri­can Inter­na­tio­nal Stan­dards Ins­ti­tute) […]. Cet « article » cite 348 réfé­rences qui sont à 100 % des auto-cita­tions, la plu­part sus­cep­tibles d’a­mé­lio­rer fri­vo­le­ment les métriques des pro­fils Google Scho­lar et Research­Gate de l’au­teur prin­ci­pal « Ali­re­za Hei­da­ri ». De telles attaques effron­tées contre l’in­té­gri­té aca­dé­mique, sou­te­nues par des édi­teurs tout aus­si faux ou non savants qui ont accep­té cette pseu­do-science en quelques jours, devraient envoyer un mes­sage fort et très effrayant aux uni­ver­si­tés mon­diales selon les­quelles l’in­té­gri­té de leurs propres recherches valides pour­rait être pro­gres­si­ve­ment éro­dée par la capa­ci­té de faus­saires pseu­do-uni­ver­si­taires, clai­re­ment per­tur­ba­teurs, anti-scien­ti­fiques et d’é­di­teurs tout aus­si cor­rom­pus à faire pro­li­fé­rer ce type de science fac­tice, incon­tes­tée et non mena­cée.

Sans sur­prise, de nom­breux articles scien­ti­fiques sur la CoVID-19 ont été rétrac­tés par leurs auteurs ou reti­rés des publi­ca­tions — voir le dos­sier de Retrac­tion Watch (2020N1). Mais ce n’est que la face visible de l’i­ce­berg…

➡ Tout n’est pas si sombre ! Lire mes articles COVID-19 : trai­te­ment et CoVID-19 : immu­ni­té, style de vie.

Une autre source de confu­sion est la qua­li­té très variable des blogs sup­po­sés appor­ter un regard cri­tique sur un dis­cours « offi­ciel » où « le poli­tique » a pris le pas au détri­ment des don­nées scien­ti­fiques ouvertes à dis­cus­sion. Dans tous les pays, les res­pon­sables des poli­tiques sani­taires, quelle que soit leurs com­pé­tences, n’ont fait qu’adhé­rer à des élé­ments de lan­gage qui les pro­té­geaient d’ac­cu­sa­tions de « com­plo­tisme », voire « d’ex­trême-droite » si leurs pro­pos dis­cor­dants avaient été cités à des fins élec­to­rales.

Ces termes « com­plo­tisme » et « extrême-droite » appa­raissent ad nau­seam dans des articles visant à « tirer sur tout ce qui bouge » — voir par exemple Dés­in­for­ma­tion du réseau Réinfocovid/CSI (Samuel A, 2022A42), un amal­game de pro­pos dif­fa­ma­toires et d’in­for­ma­tions exactes bien que dénuées de tout argu­men­taire.

La qua­li­té des blogs « indé­pen­dants » est elle aus­si très variable. Cer­tains auteurs — pour beau­coup des retrai­tés de l’en­sei­gne­ment ou de la recherche — s’a­britent der­rière leurs diplômes pour affi­cher un avis dans des domaines qu’ils ne maî­trisent pas. Ils citent pour cela les conclu­sions d’autres articles (ou des vidéos) sans prendre la peine de docu­men­ter leurs réfu­ta­tions. Leurs cita­tions sont en géné­ral exactes, au niveau de la tra­duc­tion, mais les com­men­taires révèlent l’in­cul­ture du rédac­teur. Une bonne pra­tique de docu­men­ta­tion scien­ti­fique exi­ge­rait que les com­men­taires soient aus­si emprun­tés à des scien­ti­fiques du même domaine. Tout cela demande beau­coup de temps : par­fois suivre d’in­ter­mi­nables échanges sur Pub­PeerN2… Une maî­trise insuf­fi­sante de la gram­maire ou de la typo­gra­phie (espaces avant/après ponc­tua­tion, abus des majus­cules etc.) contri­bue aus­si à la dis­qua­li­fi­ca­tion de ces sites.

Stratégies

Cette image au micro­scope élec­tro­nique à balayage montre le SARS-CoV‑2 (objets magen­ta ronds) émer­geant de la sur­face de cel­lules culti­vées en labo­ra­toire. Le SARS-CoV‑2, éga­le­ment connu sous le nom de 2019-nCoV, est le virus qui cause l’é­pi­dé­mie COVID-19. Le virus mon­tré a été iso­lé d’un patient aux États-Unis.

L’ar­ticle de Léo Goltz­mann, Coro­na­vi­rus : le sur­pre­nant modèle anglais, publié le 16 mars 2020 sur Planet.fr était incom­plet, mais on com­prend que les médias en France aient rare­ment évo­qué ce qui s’an­non­çait en Angle­terre à cette époque (Hun­ter DJ, 20 mars 2020A139)…

Il y était pré­dit qu’une fois que 60 % (d’autres esti­maient 75 à 80 %) de la popu­la­tion auraient été tou­chés par le coro­na­vi­rus, l’im­mu­ni­té « de trou­peau » devrait inter­rompre l’é­pi­dé­mie — du moins tant que cette immu­ni­té reste effec­tive, dont on ne connaît pas la duréeN3… Tou­te­fois, si l’on ne pre­nait pas en charge avec effi­ca­ci­té les per­sonnes gra­ve­ment malades, envi­ron 1 % ris­quaient de mou­rir dans des condi­tions dra­ma­tiques.

En nombre, cela signi­fie­rait 53 x 80 / 100 = 42 mil­lions de per­sonnes tou­chées en Angle­terre, soit 420 000 morts — à peu près (en quelques mois ?) le même nombre qu’en 9 ans de guerre en Syrie ! Après un bri­co­lage de chiffres, le 16 mars 2020, l’é­pi­dé­mio­lo­giste Neil Fer­gu­son, dans un rap­port de l’Impe­rial Col­lege de Londres, pré­voyait « seule­ment » 250 000 morts en cas de main­tien de cette stra­té­gie d’ac­qui­si­tion d’une immu­ni­té de groupe. David Richards et Kons­tan­tin Boud­nik ont écrit que « la modé­li­sa­tion de Neil Fer­gu­son pour­rait être l’er­reur logi­cielle la plus dévas­ta­trice de tous les temps » (16 mai 2020N4). Fer­gu­son était, il est vrai, un réci­di­viste… Il avait pro­phé­ti­sé, dans les années 1990, 150 000 morts de la « mala­die de la vache folle » (au final : 177), et, en 2005, 200 mil­lions de morts de la grippe aviaire (au final : 440).

La pré­dic­tion effrayante de Planet.fr a convain­cu le pre­mier ministre Boris John­son de chan­ger son fusil d’é­paule. Frap­pé à son tour par la mala­die mal­gré un opti­misme « chur­chil­lien » — I conti­nued sha­king hands ! — il a pu mesu­rer les consé­quences, dès le 7 avril, du retard pris à la mise en place de mesures visant à ralen­tir la pro­gres­sion de la pan­dé­mie.

La stra­té­gie d’ac­qui­si­tion d’une l’im­mu­ni­té col­lec­tive a été, selon les dires de leur Pre­mier ministre Mark Rutte, celle des Pays-Bas le 16 mars 2020N5 : « lais­ser faire » tout en s’ef­for­çant de mettre à l’a­bri les per­sonnes les plus vul­né­rables.

Même en l’ab­sence de confi­ne­ment, les mesures de « dis­tan­cia­tion sociale » et la prise en charge immé­diate de per­sonnes tes­tées posi­tives (notam­ment en uti­li­sant la chlo­ro­quine fabri­quée dans ce pays) se tra­dui­saient aux Pays-Bas, le 25 mars 2020, par un apla­tis­se­ment de la courbe d’é­vo­lu­tion (par rap­port au modèle mathématique/magique ?) qui lais­sait sup­po­ser que la stra­té­gie de cir­cu­la­tion du virus pour­rait s’a­vé­rer effi­cace. La plu­part des per­sonnes décé­dées étaient dans la tranche d’âge de 80 à 84 ans. L’ap­proche adop­tée par la suite était une série de recom­man­da­tions pour limi­ter les contacts et res­ter à domi­cile autant que pos­sible, l’es­sen­tiel étant de pro­té­ger les per­sonnes âgées ou vul­né­rablesN6.

La Suède a sui­vi la même stra­té­gie de refus du confi­ne­ment géné­ra­li­sé et d’i­so­la­tion des per­sonnes fra­giles. Le 8 avril 2020, une amie rési­dente sué­doise nous écri­vait :

Ici en Suède nous ne sommes tou­jours pas confi­nés, pas tes­tés, on affirme tou­jours que les masques c’est bull­shit et que le lavage de mains suf­fit bien. Les for­ma­tions pour adultes et le lycée sont fer­més, le reste de la socié­té tourne qua­si nor­ma­le­ment. […] Les consignes sont d’al­ler tra­vailler tant que pas de symp­tômes sans iso­le­ment même si tu vis avec un covid+. Ajou­tez à ça que nous sommes sommes en queue de pelo­ton pour l’é­qui­pe­ment en réani­ma­tion par­mi les pays de l’OCDE et qu’a­vant la crise du Coro­na le sys­tème de soin a vécu des pénu­ries de gants et dés­in­fec­tants car tout fonc­tionne à flux ten­dus.

Johan Nor­berg (trad. Béren­gère Vien­not) signa­lait tou­te­fois, fin avril, que mal­gré une forte mor­ta­li­té dans les mai­sons de retraite et sans confi­ne­ment strict, le pays semble dans la moyenne de ses voi­sins euro­péens en matière de décès liés au virus (22 avril 2020A127) :

Com­ment la Suède peut-elle s’en sor­tir aus­si bien, mal­gré les pré­dic­tions ? Alors qu’il était annon­cé que le confi­ne­ment obli­ga­toire était la seule planche de salut ? Eh bien parce que les modèles ne pré­voient que deux confi­gu­ra­tions : soit le confi­ne­ment avec blo­cage total de l’é­co­no­mie, soit aucun chan­ge­ment dans les com­por­te­ments. Ils ne prennent pas en compte le fait que les Suédois·es aient pu adop­ter volon­tai­re­ment les com­por­te­ments sani­taires néces­saires à la limi­ta­tion de la pro­pa­ga­tion du virus. Or, c’est pour­tant ce qu’il s’est pas­sé.

Les hôpi­taux sué­dois n’ont pas connu l’en­com­bre­ment de ceux des pays voi­sins qui pra­ti­quaient le confi­ne­ment. Nor­berg concluait (17 avril 2020A128) :

Nous ne savons pas encore si le modèle sué­dois est meilleur ou pire. Ce que nous savons, c’est que la Suède n’a pas répri­mé les liber­tés fon­da­men­tales comme les autres, et n’a pas détruit la socié­té et l’é­co­no­mie dans la même mesure.
Comme Hip­po­crate aurait pu le dire : « D’a­bord, ne pas nuire. »

Début juin, tou­te­fois, Anders Tegnell, l’é­pi­dé­mio­lo­giste res­pon­sable du contrôle de la pan­dé­mie en Suède, a recon­nu que la mor­ta­li­té avait été exces­sive en com­pa­rai­son à ses voi­sins immé­diats : 4542 décès pour 10 mil­lions d’ha­bi­tants, alors qu’ils n’é­taient que 580 au Dane­mark pour 5.8 mil­lions d’ha­bi­tants, 237 en Nor­vège pour 5.3 mil­lions et 321 en Fin­lande pour 5.5 mil­lions. Trop de décès ont eu lieu dans des mai­sons de retraite dont les rési­dents étaient insuf­fi­sam­ment iso­lés ; près de la moi­tié des malades n’ont pas été soi­gnés ou ont été envoyés en soins pal­lia­tifs. Il admet­tait qu’un chan­ge­ment de stra­té­gie serait néces­saire en cas de réplique, sans tou­te­fois remettre en cause les déci­sions qui avaient été prises (3 juin 2020A99).

Suède : taux de repro­duc­tion R0 effec­tif (ligne) pour un inter­valle de confiance à 95 % basé sur des fenêtres glis­santes de 7 jours : 17 février 2020 – 25 avril 2020. Source : N7

Fin avril 2020, l’a­gence de san­té publique sué­doise a annon­cé que le taux de repro­duc­tion R0 du virus SARS-Cov‑2 était tom­bé à 0.85 ± 0.02, autre­ment dit que l’é­pi­dé­mie régres­sait puisque ce nombre est infé­rieur à 1 (29 avril 2020A121). Le 21 mai 2020, la même agence esti­mait à « un peu plus de 20% » la pro­por­tion d’ha­bi­tants de Stock­holm ayant contrac­té le virus.

Ces don­nées sem­blaient indi­quer que la stra­té­gie mise en œuvre était adé­quate — sans effet dévas­ta­teur sur l’é­co­no­mie et la vie sociale. Tou­te­fois, la ministre des finances Mag­da­le­na Anders­son a recon­nu que la Suède était confron­tée à la pire crise éco­no­mique depuis la Seconde guerre mon­diale, com­pa­rable en cela aux autres pays de l’U­nion euro­péenne. Tou­te­fois, sachant qu’une par­tie impor­tante de son PIB est liée aux expor­ta­tions, on peut se deman­der si cette crise tou­chait pareille­ment le com­merce local, les ser­vices et l’ar­ti­sa­nat.

À mi-août 2020, les courbes de mor­ta­li­té res­taient plates en Suède, ce qui fai­sait dire à cer­tains que l’im­mu­ni­té col­lec­tive pour­rait déjà entrer en jeu grâce à la libre cir­cu­la­tion du virus. Gibert Ber­dine, pro­fes­seur asso­cié de méde­cine à l’U­ni­ver­si­té du Texas et mili­tant “liber­ta­rian”, com­pare les résul­tats de la Suède avec ceux de villes ou états aux USA qui ont appli­qué des mesures plus ou moins strictes de ver­rouillage de l’é­co­no­mie (15 août 2020A90) :

Les don­nées sug­gèrent que les ver­rouillages n’ont empê­ché aucun décès dû au covid-19. Au mieux, ils ont retar­dé la mor­ta­li­té pen­dant une courte période, mais ils ne peuvent pas être pour­sui­vis à long terme. Il semble pro­bable que l’on n’au­ra même pas à com­pa­rer la réces­sion éco­no­mique à la perte de vies, car le nombre final de morts après des ver­rouillages auto­ri­taires dépas­se­ra très pro­ba­ble­ment le nombre de décès dus au fait de lais­ser les gens choi­sir com­ment gérer leurs propres risques. Après avoir pris en compte la dépres­sion éco­no­mique sans pré­cé­dent, l’his­toire juge­ra pro­ba­ble­ment ces ver­rouillages comme la plus grande erreur poli­tique de cette géné­ra­tion. La CoVID-19 ne sera pas vain­cue, nous devrons apprendre à coexis­ter avec elle. La seule façon dont nous pou­vons apprendre la meilleure façon de faire face à la CoVID-19 est de lais­ser les indi­vi­dus gérer leurs propres risques, obser­ver les résul­tats et apprendre de leurs erreurs. Le monde a une grande dette envers la Suède pour avoir don­né l’exemple que nous pour­rions tous suivre.

En exa­mi­nant les don­nées de l’Illi­nois, Ber­dine sug­gé­rait que « le ver­rouillage a effec­ti­ve­ment ralen­ti le taux de trans­mis­sion chez les jeunes et en bonne san­té, mais a éga­le­ment per­mis un délai plus long pour la trans­mis­sion des jeunes aux per­sonnes âgées ». Il admet­tait tou­te­fois qu’il fau­drait attendre de voir si une reprise d’é­pi­dé­mie aurait lieu en Suède le pro­chain hiver ou au prin­temps 2021 pour confir­mer ce qu’il estime être un suc­cès. Sans oublier que ces com­pa­rai­sons ne prennent pas en compte la den­si­té de popu­la­tion (faible en Suède) qui est un fac­teur impor­tant du risque de trans­mis­sion.

Le constat, en 2022, est que la Suède est le pays le mieux pla­cé au niveau de l’a­bais­se­ment de l’es­pé­rance de vie à la nais­sance entre 2019 et 2021 (voir figure ci-contre). La dimi­nu­tion est insi­gni­fiante alors que, par exemple, les États-Unis ont per­du plus de deux ans d’es­pé­rance de vie…

En France, Pr Phi­lippe Ravaud du CRESS-UMR 1153N8 esti­mait à mi-mars 2020 qu’en l’ab­sence de confi­ne­ment 30 mil­lions de per­sonnes seraient atteintes, avec un pic dans 50 jours. Pour évi­ter ce scé­na­rio — 300 à 400 000 morts selon le modèle le plus pes­si­miste des épi­dé­mio­lo­gistes — le confi­ne­ment a été déci­dé le 16 mars, afin que le sys­tème de san­té fran­çais dis­pose d’as­sez de temps, de res­sources humaines et tech­niques pour soi­gner les malades et dimi­nuer la léta­li­té de cette épi­dé­mie. Ceci dans l’at­tente de trai­te­ments effi­caces et de tests assez sen­sibles pour iso­ler toutes les per­sonnes conta­gieuses.

Xavier Depa­ris, pro­fes­seur d’é­pi­dé­mio­lo­gie et de san­té publique, écri­vait le 4 avril 2020A134 :

Pro­blème : nos capa­ci­tés hos­pi­ta­lières ont été sérieu­se­ment rabo­tées depuis plu­sieurs années. Le nombre éle­vé de cas à prendre en charge dans un court délai de temps a noyé nos ser­vices hos­pi­ta­liers qui ne tiennent que par l’acharnement des équipes médi­cales. Consé­quence directe : la léta­li­té du COVID est très cer­tai­ne­ment supé­rieure à celle qui serait obser­vée en temps nor­mal. De plus, et c’est inévi­table, d’autres urgences passent for­cé­ment au second plan et elles sont source d’une sur­mor­ta­li­té qui pour­ra être ana­ly­sée en détails, par com­pa­rai­son aux années pré­cé­dentes.

Solu­tion : il faut éta­ler la sur­ve­nue des cas sévères dans le temps. C’est la seule rai­son d’être du confi­ne­ment. Lueur d’espoir, les essais cli­niques en cours pour­ront peut-être per­mettre d’identifier un trai­te­ment effi­cace des formes sévères. Mais il fau­dra attendre encore quelques semaines pour avoir un début de réponse.

En conclu­sion, plu­sieurs mesures sup­plé­men­taires pour­raient être prises rapi­de­ment : impo­ser le port du masque, même arti­sa­nal ; élar­gir nos capa­ci­tés de dépis­tage à tous les labo­ra­toires exis­tants ; auto­ri­ser la pres­crip­tion d’hydroxychloroquine et d’azithromycine selon le pro­to­cole défi­ni par l’Institut Hos­pi­ta­lo-Uni­ver­si­taire de Mar­seille à tous les soi­gnants et à tous les méde­cins du tra­vail.

J’oubliais une der­nière mesure. Comme disait Ein­stein, « cas­ser un atome est plus facile que bri­ser un pré­ju­gé ». En France, nous avons besoin de bri­ser les murs de nos pré­ju­gés : si nous nous pen­sions les meilleurs, il nous faut atter­rir, et vite. […]

Alors, confi­ne­ment strict impo­sé ou simple iso­la­tion des per­sonnes à risque ? On ne sau­ra que plus tard quelle solu­tion était la meilleure, en « comp­tant les morts » dans des pays qui ont mis en place des stra­té­gies dif­fé­rentes dans des condi­tions com­pa­rables…

Un rap­port très cri­tique de l’ac­tion gou­ver­ne­men­tale a déjà été rédi­gé en Alle­magne (7 mai 2020A118) sous la direc­tion d’une per­sonne qua­li­fiée ensuite de « lan­ceur d’a­lerte » : Ste­phen Kohn (1er juin 2020A101).

Jéré­my Anso a publié une pre­mière ana­lyse qui sug­gère qu’on ne devrait pas clas­ser les pays en fonc­tion d’une simple déci­sion poli­tique de « confi­ne­ment » (23 mai 2020A103) :

Un gou­ver­ne­ment qui décide de confi­ner sa popu­la­tion avec des amendes et des peines de pri­son sera logi­que­ment sous la ban­nière de « confi­né », tan­dis qu’un pays qui ne le fait pas n’aura pas cette éti­quette.

Mais déjà, ce rai­son­ne­ment coince. Il coince car toutes les popu­la­tions du monde n’ont pas ins­tinc­ti­ve­ment réagi de la même manière. Il coince aus­si car si tous les pays du monde n’ont pas décré­té de confi­ne­ment, au sens propre, ils ont ins­tau­ré d’autres mesures (fer­me­ture des bars et des res­tau­rants, inter­dic­tion de ras­sem­ble­ment au-delà de deux per­sonnes, etc.) qui impliquent de fac­to un confi­ne­ment, sans le nom­mer.

Il montre par ailleurs, à par­tir de don­nées de dépla­ce­ment de télé­phones por­tables, que même dans des pays n’ayant pas décré­té un confi­ne­ment strict (comme Sin­ga­pour), les per­sonnes ont consi­dé­ra­ble­ment réduit leurs dépla­ce­ments, la fré­quen­ta­tion des com­merces, les trans­ports et leurs loi­sirs (23 mai 2020A103). Il fau­drait donc plu­tôt prendre en compte l’indice (de sévé­ri­té) du confi­ne­ment (strin­gen­cy index) comme l’a pro­po­sé le Finan­cial Times (22 mai 2020A104). Sur cette base, Anso montre que la Suède, avec un indice de confi­ne­ment plus faible que ses pays voi­sins (Dane­mark, Fin­lande et Nor­vège), accu­sait une mor­ta­li­té bien supé­rieure par mil­lion d’ha­bi­tants (Anso J, 23 mai 2020A103) : fin mai 2020, elle n’é­tait dépas­sée en Europe que par le Royaume-Uni, l’I­ta­lie, la Bel­gique et l’Es­pagne.

Il faut enfin tenir compte du timing : l’é­pi­dé­mie a été net­te­ment moins meur­trière dans les pays qui ont ins­tal­lé très tôt des mesures de dis­tan­cia­tion phy­sique, sachant que les « gestes bar­rières » et l’ar­rêt de cer­taines acti­vi­tés ont aus­si devan­cé les consignes sani­taires dans les pays les plus « ver­tueux ». Aux États-Unis, la Cali­for­nie fait figure d’exemple puis­qu’elle a com­men­cé son confi­ne­ment (avant la France) alors qu’au­cun cas n’a­vait encore été décla­ré. Pour Jéré­my Anso, c’est par un retour­ne­ment de cau­sa­li­té que cer­tains cri­tiques affirment que le confi­ne­ment aurait « cau­sé de nom­breux décès ». En réa­li­té, il a été mis en place — tar­di­ve­ment — dans des pays où la mor­ta­li­té était pré­oc­cu­pante, qui n’é­taient pas équi­pés pour gérer cette situa­tion : pénu­rie de masques, de lits de réani­ma­tion, de per­son­nel soi­gnant, de tests de dépis­tage etc.

Le 16 mars, le groupe de tra­vail CoVID-19 de l’Im­pe­rial Col­lege au Royaume-Uni a ren­du public un rap­port de 20 pages titré Impact of non-phar­ma­ceu­ti­cal inter­ven­tions (NPIs) to reduce COVID19 mor­ta­li­ty and heal­th­care demand (Fer­gu­son N et al., 26 mars 2020A143). Voi­ci une par­tie du résu­mé (j’ai sou­li­gné) :

En l’ab­sence de vac­cin COVID-19, nous éva­luons le rôle poten­tiel d’un cer­tain nombre de mesures de san­té publique – les inter­ven­tions dites non phar­ma­ceu­tiques (NPI) – visant à réduire les taux de contact dans la popu­la­tion et donc la trans­mis­sion du virus. Dans les résul­tats pré­sen­tés ici, nous appli­quons un modèle de micro­si­mu­la­tion pré­cé­dem­ment publié par deux pays : le Royaume-Uni (en par­ti­cu­lier la Grande-Bre­tagne) et les États-Unis. Nous concluons que l’ef­fi­ca­ci­té de toute inter­ven­tion iso­lée est sus­cep­tible d’être limi­tée, néces­si­tant la com­bi­nai­son de plu­sieurs inter­ven­tions pour avoir un impact sub­stan­tiel sur la trans­mis­sion.
Deux stra­té­gies fon­da­men­tales sont pos­sibles : (a) l’at­té­nua­tion, qui se concentre sur le ralen­tis­se­ment mais pas néces­sai­re­ment l’ar­rêt de la pro­pa­ga­tion de l’é­pi­dé­mie – en rédui­sant la demande de soins de san­té maxi­male tout en pro­té­geant contre l’in­fec­tion les per­sonnes les plus expo­sées au risque de mala­dies graves, et (b) la sup­pres­sion, qui vise à inver­ser la crois­sance épi­dé­mique, rédui­sant le nombre de cas à de faibles niveaux et main­te­nant cette situa­tion indé­fi­ni­ment. Chaque poli­tique pré­sente des défis majeurs.
Nous consta­tons que des poli­tiques d’atté­nua­tion opti­males (com­bi­nant l’i­so­le­ment à domi­cile des cas sus­pects, la mise en qua­ran­taine à domi­cile des per­sonnes vivant dans le même ménage que les cas sus­pects et la dis­tan­cia­tion sociale des per­sonnes âgées et des per­sonnes les plus à risque de mala­die grave) pour­raient réduire le pic de la demande de soins de san­té de 2/3 et les décès de moi­tié. Cepen­dant, l’é­pi­dé­mie atté­nuée qui en résul­te­rait entraî­ne­rait pro­ba­ble­ment des cen­taines de mil­liers de décès et des sys­tèmes de san­té (notam­ment des uni­tés de soins inten­sifs) sub­mer­gés à plu­sieurs reprises. Pour les pays capables d’y par­ve­nir, la sup­pres­sion reste l’op­tion poli­tique pri­vi­lé­giée.
Nous mon­trons qu’au Royaume-Uni et aux États-Unis, la sup­pres­sion néces­si­te­ra au mini­mum une com­bi­nai­son de dis­tan­cia­tion sociale de l’en­semble de la popu­la­tion, d’i­so­le­ment à domi­cile des cas et de mise en qua­ran­taine des membres de leur famille. Cela peut devoir être com­plé­té par des fer­me­tures d’é­coles et d’u­ni­ver­si­tés, mais il faut recon­naître que ces fer­me­tures peuvent avoir des impacts néga­tifs sur les sys­tèmes de san­té en rai­son de l’aug­men­ta­tion de l’ab­sen­téisme.
Le prin­ci­pal défi de la sup­pres­sion est que ce type de pro­gramme d’in­ter­ven­tion inten­sive – ou quelque chose d’é­qui­valent en effi­ca­ci­té pour réduire la trans­mis­sion – devra être main­te­nu jus­qu’à ce qu’un vac­cin devienne dis­po­nible (poten­tiel­le­ment 18 mois ou plus) – étant don­né que nous pré­voyons que la trans­mis­sion repren­dra rapi­de­ment une fois les contraintes relâ­chées.
Nous mon­trons que la dis­tan­cia­tion sociale inter­mit­tente – déclen­chée selon les indi­ca­teurs de sur­veillance de la mala­die – peut per­mettre d’as­sou­plir tem­po­rai­re­ment les inter­ven­tions dans des délais rela­ti­ve­ment courts, mais des mesures devront être réin­tro­duites si ou lorsque le nombre de cas rebon­dit. Enfin, si l’ex­pé­rience en Chine et main­te­nant en Corée du Sud montre qu’une sup­pres­sion est pos­sible à court terme, il reste à voir si elle est pos­sible à long terme et si les coûts sociaux et éco­no­miques des inter­ven­tions adop­tées jus­qu’à pré­sent peuvent être réduits.

Paul Main­wood, un membre du forum Quo­ra com­men­tait le 18 mars 2020 :

Les plus récents tra­vaux contre­disent les esti­ma­tions anté­rieures selon les­quelles une stra­té­gie d’at­té­nua­tion pour­rait fonc­tion­ner pour le Royaume-Uni. De nou­veaux chiffres ont été reçus d’I­ta­lie sur l’ef­fi­ca­ci­té des dif­fé­rentes approches pour ralen­tir la mala­die, en par­ti­cu­lier sur le nombre très éle­vé de lits néces­saires en soin inten­sif. La stra­té­gie d’at­té­nua­tion est pas­sée d’une stra­té­gie « ris­quée mais pré­fé­rable si cela fonc­tionne » à une qui est presque cer­taine de sub­mer­ger le sys­tème de san­té (NHS) de nom­breuses fois.

Com­pa­rai­son des stra­té­gies d’at­té­nua­tion : nombres de lits en ser­vice d’ur­gence rap­por­tés à la popu­la­tion. Source : Impe­rial Col­lege UKA143

L’in­ter­ve­nant sur Quo­ra conti­nuait :

Même la stra­té­gie d’atté­nua­tion la plus effi­cace ne s’ap­proche pas de la ligne rouge, ce dont on aurait besoin pour que le NHS puisse faire face.
Ain­si, l’at­té­nua­tion attein­dra approxi­ma­ti­ve­ment la situa­tion en Ita­lie aujourd’­hui, éta­lée sur envi­ron trois mois. Et cela est main­te­nant recon­nu comme inac­cep­table. Cela semble un appel assez tar­dif (mais soyons géné­reux et sup­po­sons que les anciens chiffres sem­blaient beau­coup mieux, ce qu’ils auraient pu faire : de petites dif­fé­rences d’hy­po­thèses font une grande dif­fé­rence dans les résul­tats).
Donc, main­te­nant le Royaume-Uni passe à la stra­té­gie de sup­pres­sion. En voi­ci les chiffres :

Scé­na­rios de stra­té­gie de sup­pres­sion pour la Grande Bre­tagne mon­trant les besoins en lits de soins inten­sifs (prin­temps 2020). La ligne noire montre l’é­vo­lu­tion de l’é­pi­dé­mie sans inter­ven­tion. En vert, une stra­té­gie de sup­pres­sion com­pre­nant la fer­me­ture des écoles et des uni­ver­si­tés, l’i­so­le­ment des cas et la dis­tan­cia­tion sociale à l’é­chelle de la popu­la­tion à par­tir de fin mars 2020. La ligne orange montre une stra­té­gie de confi­ne­ment com­pre­nant l’i­so­le­ment des cas, la mise en qua­ran­taine des ménages et la dis­tan­cia­tion sociale à l’é­chelle de la popu­la­tion. La ligne rouge repré­sente la capa­ci­té esti­mée de lits de soins inten­sifs en GB. L’om­brage bleu montre la période de 5 mois pen­dant laquelle ces inter­ven­tions sont sup­po­sées res­ter en place. Le gra­phique (B) affiche les mêmes don­nées que (A) mais en agran­dis­sant les niveaux infé­rieurs du gra­phique. Source : Impe­rial Col­lege UKA143

Le chan­ge­ment de stra­té­gie en Grande Bre­tagne a été moti­vé par l’ob­ser­va­tion de la situa­tion en Ita­lie, où les sta­tis­tiques d’hos­pi­ta­li­sa­tion et de décès étaient net­te­ment plus éle­vées que l’a­vait lais­sé anti­ci­per l’é­vo­lu­tion de l’é­pi­dé­mie en Chine. Cette gra­vi­té était prin­ci­pa­le­ment due à l’âge et à l’é­tat de san­té de la popu­la­tion ita­lienne. Or le pro­fil de la popu­la­tion anglaise est à ces égards sem­blable à celui de l’I­ta­lie.

La nou­velle stra­té­gie anglaise sem­ble­rait avoir prou­vé son effi­ca­ci­té puisque l’U­ni­ver­si­té de Cam­bridge et Public Health England annon­çaient, le 15 mai, que le fac­teur de repro­duc­tion R0 était des­cen­du à 0.4 à Londres, contre 2.8 le 23 mars (début du confi­ne­ment) avec 200 000 nou­veaux cas chaque jour. Le fac­teur R0 était très variable selon les régions et sa valeur était uti­li­sée pour ajus­ter les règles de confi­ne­ment. Sean Mor­ri­son ajoute (15 mai 2020A113) :

Selon l’U­ni­té de bio­sta­tis­tique du MRC de Cam­bridge, le taux « R » de la ville est le plus bas du pays, alors qu’elle avait été la plus affec­tée en termes d’hos­pi­ta­li­sa­tions liées au coro­na­vi­rus.

La recherche a mon­tré que pour 10 per­sonnes infec­tées, elles sont sus­cep­tibles de le trans­mettre à quatre per­sonnes.

Selon le rap­port du Tele­graph sur la même modé­li­sa­tion, le nombre de nou­veaux cas dans la ville dimi­nue de moi­tié tous les 3,5 jours et moins de 24 trans­mis­sions auraient lieu quo­ti­dien­ne­ment.

Ce pro­nos­tic opti­miste a été mis en doute par des experts quand il ser­vait à jus­ti­fier une déci­sion de reprise d’ac­ti­vi­té : on igno­rait si la fin du confi­ne­ment ne serait pas sui­vie d’une seconde vague de conta­mi­na­tions.

Deep­ti Gur­da­sa­ni et Hisham Ziaud­deen (30 avril 2020A125) ont fait le point dans The Lan­cet sur les biais des modèles mathé­ma­tiquesA148 qui conduisent à des pro­po­si­tions stra­té­giques erro­nées, pre­nant exemple sur celui de Joel Hel­le­well et col­lègues uti­li­sé par le gou­ver­ne­ment bri­tan­nique dans sa lutte contre la pan­dé­mie CoVID-19. Le 12 mars 2020, les Anglais avaient pris la déci­sion de ne plus effec­tuer de tests sys­té­ma­tiques ni de tra­çage des contacts, arguant que leur modèle démon­trait l’in­ca­pa­ci­té de telles mesures à jugu­ler l’é­pi­dé­mie en moins de 12 semaines. Or, un para­mètre clé du modèle était le temps écou­lé entre la pre­mière appa­ri­tion de symp­tômes et la mise en qua­ran­taine des per­sonnes infec­tées. Deux durées moyennes avaient été étu­diées : 3.83 et 8.09 jours, avec une dis­tri­bu­tion empi­rique cal­cu­lée sur la pre­mière phase de l’é­pi­dé­mie à Wuhan. Tou­te­fois, entre-temps des tests rapides (en drive-in) avaient été mis en place en Corée et à Sin­ga­pour, ce qui rame­nait le délai à 1 jour et chan­geait tota­le­ment la pré­vi­sion : le contrôle de l’é­pi­dé­mie aurait alors 80 % de chances de réus­sir. Les auteures concluaient (30 avril 2020A125) :

Les tra­jec­toires épi­dé­miques en Corée du Sud, au Japon, à Tai­wan et à Sin­ga­pour ont été très dif­fé­rentes de celles de la plu­part des pays euro­péens, avec beau­coup moins de décès. Bien que plu­sieurs aspects des popu­la­tions et des sys­tèmes de ces pays aient pu contri­buer à ces dif­fé­rences, l’un des points com­muns clés est l’a­dop­tion pré­coce d’une approche axée sur les tests, l’i­so­le­ment et la recherche des contacts dans les pays à tra­jec­toires plus lentes. En effet, bon nombre de ces pays n’ont pas mis en place de mesures de ver­rouillage à l’é­chelle natio­nale ou beau­coup plus tard, après que la courbe s’est apla­tie, indi­quant poten­tiel­le­ment l’im­pact des stra­té­gies basées sur la détec­tion des cas sur la trans­mis­sion. Ces stra­té­gies basées sur la détec­tion auraient pu per­mettre aux pays de contrô­ler la trans­mis­sion sans mesures strictes de confi­ne­ment et de fer­me­ture d’é­coles, évi­tant ain­si les per­tur­ba­tions que cela implique. Au lieu de cela, ils ont pu appli­quer des res­tric­tions ciblées en réponse aux épi­dé­mies obser­vées (par exemple, les fer­me­tures d’é­glises en Corée du Sud). À l’op­po­sé, de nom­breux pays euro­péens ont dû impo­ser le confi­ne­ment beau­coup plus tôt dans la chro­no­lo­gie de leurs épi­dé­mies.

Tho­mas AJ Meu­nier a publié (en pre­print le 1er mai 2020A124) un article mon­trant que le degré de coer­cion des mesures de confi­ne­ment prises en Ita­lie, France, Espagne et Royaume-Uni n’a­vait pas eu d’in­ci­dence visible sur l’é­vo­lu­tion de la pan­dé­mie :

En com­pa­rant la tra­jec­toire de l’é­pi­dé­mie avant et après le confi­ne­ment, nous ne trou­vons aucune preuve de dis­con­ti­nui­té dans les taux de crois­sance, les temps de dou­ble­ment et les ten­dances des taux de repro­duc­tion. En extra­po­lant les ten­dances du taux de crois­sance avant le confi­ne­ment, nous four­nis­sons des esti­ma­tions du nombre de morts en l’ab­sence de toute poli­tique de confi­ne­ment et mon­trons que ces stra­té­gies n’ont peut-être pas sau­vé de vie en Europe occi­den­tale. Nous mon­trons éga­le­ment que les pays voi­sins appli­quant des mesures de dis­tan­cia­tion sociale moins res­tric­tives (par oppo­si­tion au confi­ne­ment à domi­cile par la police) connaissent une évo­lu­tion tem­po­relle très simi­laire de l’é­pi­dé­mie.

Cet article a été tou­te­fois cri­ti­qué, notam­ment par un com­men­ta­teur (Gruff­meis­ter) pour la métho­do­lo­gie expo­sée (1er mai 2020A124) :

Les don­nées que vous ana­ly­sez n’ap­puient pas vos conclu­sions. Le pro­blème prin­ci­pal est que vous avez fait beau­coup trop d’hy­po­thèses dans votre ana­lyse des don­nées, ce qui vous a ensuite conduit à la conclu­sion que le confi­ne­ment com­plet n’a­vait aucun effet alors que vos don­nées ne le jus­ti­fiaient pas. La varia­bi­li­té tem­po­relle entre l’in­fec­tion et le décès n’a aucune inci­dence sur l’ef­fet du confi­ne­ment — il y a beau­coup trop de variables qui agissent comme fac­teurs contri­bu­tifs pour en faire une mesure valide.

En réa­li­té, avant le confi­ne­ment dans les quatre pays que vous men­tion­nez, les taux d’in­fec­tion et de mor­ta­li­té évo­luaient expo­nen­tiel­le­ment, et non selon un ajus­te­ment de régres­sion linéaire qui rend l’ex­tra­po­la­tion incor­recte.

En uti­li­sant un modèle cor­rec­te­ment adap­té, vos don­nées expo­se­raient une aug­men­ta­tion beau­coup plus agres­sive du nombre de cas avant les mesures de confi­ne­ment.

La conclu­sion de Tho­mas Meu­nier était que la dis­tan­cia­tion sociale pour­rait être aus­si effi­cace, à elle seule, que le confi­ne­ment.

Jean-Pierre Nord­mann mon­trait sur des gra­phiques que la poli­tique sani­taire la plus effi­cace serait celle d’un confi­ne­ment ciblé asso­cié à un large dépis­tage au-delà des seules per­sonnes symp­to­ma­tiques (2 mai 2020A122). La France est un des pays (avec le Royaume-Uni, l’Es­pagne, l’I­ta­lie et la Bel­gique) où le rap­port du nombre de morts rap­por­té à la popu­la­tion était le plus éle­vé au même stade d’é­vo­lu­tion de l’é­pi­dé­mie. Au 40e jour de l’é­pi­dé­mie, il était (avec 263 par mil­lion) plus de deux fois celui de la Suède (119/million) et le quin­tuple de celui de l’Al­le­magne (43 par mil­lion), pays qui n’a­vaient pas impo­sé un confi­ne­ment strict mais ren­for­cé la pro­tec­tion des per­sonnes fra­giles et/ou pro­cé­dé à un dépis­tage sys­té­ma­tique. Le cri­tère de l’âge de la popu­la­tion ne suf­fit pas à expli­quer de tels écarts (2 mai 2020A122).

Ce point de vue rejoi­gnait, à la même époque (7 mai 2020A119), celui de Michael Levitt, lau­réat du prix Nobel de chi­mie et bio­phy­si­cien à l’université de Stan­ford. Son expli­ca­tion était que l’im­mu­ni­té de groupe avait pu jouer un rôle pré­do­mi­nant, le virus SARS-CoV‑2 ayant été lar­ge­ment « por­té » et par­ta­gé par des patients asymp­to­ma­tiques. Ces points font l’ob­jet de dis­cus­sions plus bas au para­graphe Trans­mis­sion et immu­ni­té col­lec­tive ain­si que dans mon article CoVID-19 : vac­cins.

Fin juin 2020, la sur­ve­nue d’une « deuxième vague » avec des clus­ters inquié­tants en Alle­magne, Suède, Por­tu­gal… démon­trait une fois de plus le sim­plisme de la modé­li­sa­tion mathé­ma­tique. Comme le dit un sta­tis­ti­cien amé­ri­cain, il est tou­jours pos­sible de construire un modèle qui pré­dit par­fai­te­ment les anciennes obser­va­tions, la per­sonne la plus facile à trom­per est vous-même, et la deuxième per­sonne la plus facile à trom­per est l’u­ti­li­sa­teur du modèle…

Épidémiologie, premières données

Le risque de pan­dé­mie avait été annon­cé par la com­mu­nau­té scien­ti­fique depuis un quart de siècle, mais la classe poli­tique de tous bords n’ac­cor­dait aucune atten­tion à ces aver­tis­se­ments. Dans Le Canard enchaî­né du 8 avril 2020 (page 3) Claude Ange­li rap­pel­lait :

En sep­tembre 2005, sous la pré­si­dence Oba­ma, [25 experts de la CIA] avaient remis un rap­port cir­cons­tan­cié au Natio­nal Intel­li­gence Coun­cil, qui pré­voyait notam­ment l’ar­ri­vée d’une pan­dé­mie, « une mala­die res­pi­ra­toire, viru­lente, extrê­me­ment conta­gieuse, [sans] trai­te­ment adé­quat ». […]

Comme c’est l’u­sage, les ser­vices des pays alliés avaient reçu ce docu­ment, puis­qu’il ne conte­nait rien qui aurait pu nuire au pré­sident de la Grande Amé­rique.

Deux Livres blancs sur la défense et la sécu­ri­té natio­nale lan­ceurs de la même alerte sani­taire ont été publiés en France, en 2008 et 2013, puis en 2017 la Revue stra­té­gique de défense et de sécu­ri­té natio­nale décri­vait le « risque d’é­mer­gence d’un nou­veau virus fran­chis­sant la bar­rière des espèces » (Ange­li C, 2020). À noter que l’exis­tence de ces docu­ments peut ser­vir à nour­rir une thèse (à l’é­poque jugée « com­plo­tiste ») selon laquelle le virus SARS-Cov‑2 aurait été « fabri­qué » par on ne sait qui… Le même scé­na­rio avait été ima­gi­né pour la pan­dé­mie de cho­lé­ra qui avait fait 19 000 vic­times à Paris en 1832N9.

L’ou­vrage Pan­dé­mie, la grande menace de Jean-Phi­lippe Derenne et Fran­çois Bri­caire (2005N10) décri­vait par le menu, lorsque la grippe H1N1 était à nos portes, les mesures à prendre pour pro­té­ger la popu­la­tion et dis­po­ser d’in­fra­struc­tures suf­fi­santes pour le trai­te­ment des per­sonnes gra­ve­ment tou­chées.

Splen­deur des modèles mathé­ma­tiques ! ?
Illus­tra­tion emprun­tée (pour son esthé­tique) à Wolf­gang W. Daeum­ler

Les scé­na­rios ins­pi­rés des modèles pré­dic­tifs ne font pas l’u­na­ni­mi­té des spé­cia­listes. Selon cer­tains viro­logues, les méca­nismes seraient plus com­plexes — et sur­tout trop aléa­toires pour four­nir des pré­dic­tions fiables. Une com­plexi­té qui sus­cite des rac­cour­cis, des approxi­ma­tions et la dif­fu­sion de fausses nou­velles.

En France, envi­ron 500 000 per­sonnes sont tou­chées chaque année par des pneu­mo­niesN11 — pneu­mo­pa­thies infec­tieusesN12 d’o­ri­gine bac­té­rienne ou virale — ayant cau­sé plus de 13 000 morts en 2015 et 2016N13. Le SARS-CoV‑2 de l’é­pi­dé­mie CoVID-19 n’est qu’un par­mi la ving­taine de virus en cir­cu­la­tion ordi­nai­re­ment asso­ciés à ces pneu­mo­pa­thies (9 mars 2020A144) dont jus­qu’à 35 % sont dues à des coro­na­vi­rus (27 mars 2020N14). Au départ (jan­vier 2020), l’im­por­tance de l’é­pi­dé­mie CoVID-19 appa­rais­sait donc mineure du point de vue de l’é­pi­dé­mio­lo­gie, en dépit du tol­lé déclen­ché sur les réseaux sociaux par la pré­sen­ta­tion abrupte des don­nées sta­tis­tiques. Cette dis­tor­sion dra­ma­tique du réel est com­pa­rable à celle que j’a­vais notée dans mon article Vivre bien et long­temps, com­pa­rant les 3500 décès annuels par acci­dent de la route, qui sus­citent beau­coup d’é­mo­tion, aux 12 000 chutes mor­telles de per­sonnes âgées iso­lées dont on ne parle jamais alors qu’elles seraient évi­tables.

La sur­éva­lua­tion du taux de léta­li­té de l’é­pi­dé­mie CoVID-19 pour­rait pro­ve­nir d’une détec­tion insuf­fi­sante des cas et d’une prise en charge des malades à un stade trop avan­cé. Forte de son expé­rience de ges­tion de l’é­pi­dé­mie MERS-CoVN15 en 2015, la Corée du Sud affi­chait de bons résul­tats en met­tant à dis­po­si­tion le test de CoVID-19 au plus grand nombre plu­tôt que de décré­ter un confi­ne­ment géné­ralN16. Tous les por­teurs du virus y étaient iso­lés pour être sur­veillés médi­ca­le­ment dès le stade ini­tial de la mala­die et pris en charge si néces­saire.

Il faut tou­te­fois lire avec pru­dence les articles qui men­tionnent la Corée du Sud sans pré­ci­ser leurs sources. Un dia­gramme cir­cu­lait à mi-mars 2020, mon­trant que la tranche d’âge la plus atteinte dans ce pays serait 20 à 29 ans, contrai­re­ment à l’I­ta­lie et d’autres pays euro­péens où les vic­times sont plu­tôt des per­sonnes âgées. Le dia­gramme est pro­ba­ble­ment exact mais cette com­pa­rai­son n’est pas per­ti­nente : sur son fil twit­ter (15 mars twitter.com/sungjinyang) Yang Sun-jin, édi­teur du Korea Herald, expli­quait que 80 % des cas en Corée du Sud pro­viennent de (jeunes) membres de l’Église Shin­cheon­ji de JésusN17 accu­sés d’a­voir déli­bé­ré­ment trans­mis le virus (twitter.com/hashtag/shincheonji). Le 16 mars, les Sud-Coréens ont décou­vert de nou­veaux foyers d’in­fec­tion, notam­ment à Seon­gnam au sud de Séoul où 40 per­sonnes ont été tou­chées, toutes membres d’une église pro­tes­tante qui ne res­pec­tait pas l’in­ter­dic­tion de tout ras­sem­ble­mentN18.

Pro­fes­seur depuis 2015 aux dépar­te­ments de phy­sique et de sciences de la vie à l’U­NIST (Ulsan Natio­nal Ins­ti­tute of Science & Tech­no­lo­gy, Corée du Sud), en déta­che­ment du CNRS, François Amblard a rédi­gé pour l’A­ca­dé­mie des sciences un rap­port sur la ges­tion de l’é­pi­dé­mie CoVID-19 en CoréeN19. Il décla­rait au Quo­ti­dien du méde­cin le 5 mai 2020A120 :

On a enten­du des âne­ries, y com­pris au plus haut de l’É­tat fran­çais, sur la Corée du Sud. Il a été dit que les solu­tions qui ont été employées y ont fonc­tion­né car ce pays n’é­tait pas démo­cra­tique, et que les Coréens n’ont pas de pro­blème avec le fait d’être tra­qués en per­ma­nence. Or, le débat démo­cra­tique ne s’est jamais arrê­té : des élec­tions légis­la­tives se sont tenues le 15 avril.

Le fon­de­ment cultu­rel et phi­lo­so­phique coréen, c’est le res­pect de la connais­sance, du savoir, de la science et de la méde­cine qui tranche avec l’es­pèce de rela­ti­visme qu’on voit s’ins­tal­ler un peu par­tout. Ce res­pect n’est pour­tant pas étran­ger à nos valeurs en France. […]

Les Coréens ont adhé­ré mas­si­ve­ment à la poli­tique de dépis­tage parce qu’elle est très claire, pré­sen­tée par des pro­fes­sion­nels et non par des poli­tiques, et d’une façon adulte. À l’inverse, la com­mu­ni­ca­tion fran­çaise est pré­sen­tée par des poli­tiques qui prennent la popu­la­tion de très haut, sans direc­tion fixe, et livrent une série de men­songes dont per­sonne n’est dupe. Le pro­blème de l’u­na­ni­mi­té en France est celui de la confiance.

Le pro­blème des Fran­çais est aus­si de croire que tout méde­cin est un (oracle) scien­ti­fique…

Il a été signa­lé très tôt que la léta­li­té était sur­éva­luée dans les pays euro­péens, car rap­por­tée au seul nombre des patients hos­pi­ta­li­sés et non des per­sonnes iden­ti­fiées por­teuses du virus SARS-Cov‑2. Une popu­la­tion dont 100 % des membres ont béné­fi­cié du dépis­tage est celle du navire Dia­mond Prin­cess. Selon le rap­port du CDC (27 mars 2020A136) :

Par­mi les 3 711 pas­sa­gers et membres d’é­qui­page du Dia­mond Prin­cess, 712 (19,2 %) ont eu un résul­tat posi­tif au test de dépis­tage du SRAS-CoV‑2. Par­mi ceux-ci, 331 (46,5 %) étaient asymp­to­ma­tiques au moment du test. Par­mi les 381 patients symp­to­ma­tiques, 37 (9,7 %) ont néces­si­té des soins inten­sifs et neuf (1,3 %) sont décé­dés.

C’é­tait une popu­la­tion âgée avec vrai­sem­bla­ble­ment un nombre impor­tant de mala­dies méta­bo­liques. En ajus­tant cette sta­tis­tique sur la pyra­mide des âges aux USA, compte tenu d’autres incer­ti­tudes, le taux moyen de léta­li­téN20 aurait plu­tôt été entre 0.05 % et 1 %, soit infé­rieur à celui d’une grippe sai­son­nièreA142. Tou­te­fois, JS Faust et C del Rio don­naient 0.5 % après ajus­te­ment, cor­res­pon­dant à 10 fois celui d’une grippe sai­son­nière (14 mai 2020A115).

Dr John Lee sou­le­vait dans The Spec­ta­tor quelques points spé­ci­fiques du Royaume-Uni (4 avril 2020A135) :

Si une per­sonne meurt d’une infec­tion res­pi­ra­toire au Royaume-Uni, la cause spé­ci­fique de l’in­fec­tion n’est géné­ra­le­ment pas enre­gis­trée, à moins que la mala­die ne soit une « mala­die à décla­ra­tion obli­ga­toire » rare. Ain­si, la grande majo­ri­té des décès dus à des mala­dies res­pi­ra­toires au Royaume-Uni sont enre­gis­trés comme bron­cho­pneu­mo­nie, pneu­mo­nie, vieillesse ou une dési­gna­tion simi­laire. Nous ne fai­sons pas vrai­ment de tests pour la grippe ou d’autres infec­tions sai­son­nières. Si le patient a, par exemple, un can­cer, une mala­die des neu­rones moteurs ou une autre mala­die grave, cela sera enre­gis­tré comme la cause du décès, même si la mala­die finale était une infec­tion res­pi­ra­toire. Cela signi­fie que les cer­ti­fi­ca­tions bri­tan­niques sous-enre­gistrent nor­ma­le­ment les décès dus à des infec­tions res­pi­ra­toires.

Exa­mi­nons main­te­nant ce qui s’est pas­sé depuis l’é­mer­gence de la Covid-19. La liste des mala­dies à décla­ra­tion obli­ga­toire a été mise à jour. Cette liste (…) a été modi­fiée pour inclure la Covid-19. Mais pas la grippe. Cela signi­fie que tout test posi­tif pour la Covid-19 doit être noti­fié, d’une manière qui ne l’est pas pour la grippe ou la plu­part des autres infec­tions.

Dans le cli­mat actuel, toute per­sonne ayant un test posi­tif pour la Covid-19 sera cer­tai­ne­ment connue du per­son­nel soi­gnant qui s’oc­cupe d’elle : si l’un de ces patients meurt, le per­son­nel devra ins­crire la dési­gna­tion Covid-19 sur le cer­ti­fi­cat de décès — contrai­re­ment à la pra­tique habi­tuelle pour la plu­part des infec­tions de ce type. Il y a une grande dif­fé­rence entre le décès cau­sé par la Covid-19 et le fait de trou­ver la Covid-19 chez une per­sonne qui est morte d’autres causes.

Rendre la Covid-19 noti­fiable pour­rait don­ner l’im­pres­sion qu’elle cause un nombre crois­sant de décès, que cela soit vrai ou non. Il pour­rait sem­bler beau­coup plus meur­trier que la grippe, sim­ple­ment en rai­son de la façon dont les décès sont enre­gis­trés. […]

Cette façon inha­bi­tuelle de signa­ler les décès dus à la Covid-19 explique le constat évident que la plu­part de ses vic­times pré­sentent des affec­tions sous-jacentes (et seraient nor­ma­le­ment sen­sibles à d’autres virus sai­son­niers, qui ne sont pra­ti­que­ment jamais enre­gis­trés comme une cause spé­ci­fique de décès).

Expert dans la détec­tion de biais métho­do­lo­giques en épi­dé­mio­lo­gie, John PA Ioan­ni­dis regret­tait à mi-mars qu’on navigue dans le brouillard à devoir prendre des déci­sions radi­cales en l’ab­sence de don­nées fiables (17 mars 2020A142) :

Le taux de léta­li­té de Covid-19 pour­rait-il être aus­si bas ? Non, disent cer­tains, sou­li­gnant le taux éle­vé chez les per­sonnes âgées. Cepen­dant, même cer­tains coro­na­vi­rus dits « bénins » ou de type « rhume ordi­naire » connus depuis des décen­nies peuvent avoir des taux de léta­li­té pou­vant atteindre 8 % lors­qu’ils infectent des per­sonnes âgées dans des mai­sons de soins. En fait, de tels coro­na­vi­rus « bénins » infectent des dizaines de mil­lions de per­sonnes chaque année et repré­sentent 3 à 11 % des per­sonnes hos­pi­ta­li­sées chaque hiver aux États-Unis pour des infec­tions des voies res­pi­ra­toires infé­rieures.

Ces coro­na­vi­rus « bénins » peuvent être impli­qués dans plu­sieurs mil­liers de décès chaque année dans le monde, bien que la grande majo­ri­té d’entre eux ne soit pas docu­men­tée par des tests pré­cis. Au lieu de cela, ils se perdent sous forme de bruit par­mi les 60 mil­lions de décès de causes diverses chaque année. […]

Dans une série d’au­top­sies qui ont signa­lé des virus res­pi­ra­toires chez 57 per­sonnes âgées décé­dées au cours de la sai­son grip­pale 2016 à 2017, des virus grip­paux ont été détec­tés dans 18 % des échan­tillons, tan­dis que d’autres types de virus res­pi­ra­toires ont été trou­vés dans 47 %. Chez cer­taines per­sonnes qui meurent de patho­gènes res­pi­ra­toires viraux, plus d’un virus est détec­té lors de l’au­top­sie et les bac­té­ries sont sou­vent en ajout. Un test posi­tif pour le coro­na­vi­rus ne signi­fie donc pas néces­sai­re­ment que ce virus est prin­ci­pa­le­ment res­pon­sable de la mort d’un patient.

Il ajou­tait le 19 mars 2020A140 :

Le coût éven­tuel d’une telle per­tur­ba­tion est notoi­re­ment dif­fi­cile à pré­voir. Une cita­tion de 2,7 bil­lions [mil­lions de mil­lions] de dol­lars […] est tota­le­ment spé­cu­la­tive. Cela dépend beau­coup de la durée de l’a­no­ma­lie. L’é­co­no­mie et la socié­té mon­diales reçoivent déjà un coup dur d’une épi­dé­mie qui autre­ment (le 14 mars) repré­sente 0,01 % des 60 mil­lions de décès annuels dans le monde, toutes causes confon­dues, et qui tue presque exclu­si­ve­ment les per­sonnes dont l’es­pé­rance de vie est rela­ti­ve­ment faible. […]

L’é­pi­dé­mie de coro­na­vi­rus de cette année est clai­re­ment sans pré­cé­dent en termes d’at­ten­tion reçue. Les médias ont capi­ta­li­sé sur la curio­si­té, l’in­cer­ti­tude et l’hor­reur. Une requête Google sur « coro­na­vi­rus » a don­né 3 550 000 000 résul­tats le 3 mars et 9 440 000 000 résul­tats le 14 mars. Inver­se­ment, la « grippe » a atti­ré 30 à 60 fois moins d’at­ten­tion, bien que cette sai­son elle ait jus­qu’à pré­sent cau­sé envi­ron 100 fois plus de décès dans le monde que le coro­na­vi­rus.

Ce point de vue mérite d’être actua­li­sé car il a été émis à une période où le nombre de vic­times était encore peu éle­vé en com­pa­rai­son avec les don­nées des infec­tions sai­son­nières. Une théo­rie néga­tion­niste a vu le jour — et bat son plein dans les milieux ultra­con­ser­va­teurs des USA ou du Bré­sil — selon laquelle les sta­tis­tiques seraient déli­bé­ré­ment fal­si­fiées pour entre­te­nir une culture de la peurN21 jus­ti­fiant des mesures liber­ti­cides.

Sta­tis­tiques sai­sion­nières de décès par grippe ou pneu­mo­nie aux USA. En rouge, l’an­née 2020.

Denis Min­ger a ana­ly­sé et décons­truit les argu­ments uti­li­sés par les adeptes de cette croyance (2020A130). Un des argu­ments était qu’en mars 2020 les sta­tis­tiques de décès par pneu­mo­nie ou grippe auraient chu­té spec­ta­cu­lai­re­ment aux USA, lais­sant croire que ces malades avaient été (déli­bé­ré­ment ?) reclas­sés comme vic­times de CoVID-19. Or cette appa­rente chute est due au fait que les cer­ti­fi­cats de décès, pour les mala­dies pul­mo­naires en par­ti­cu­lier, sont sai­sis à la main et peuvent mettre jus­qu’à 8 semaines pour appa­raître dans les sta­tis­tiques natio­nales. Le déca­lage entre les courbes de la 13e semaine et celles éta­blies après le trai­te­ment com­plet des cer­ti­fi­cats est remar­qua­ble­ment illus­tré sur une ani­ma­tion (10 avril 2020A133) qui en affiche l’é­vo­lu­tion sur 10 ans :

The “recent drop” in U.S. pneu­mo­nia deaths is actual­ly an always-present lag in repor­ting. Source : A133

Les taux de mor­ta­li­té par CoVID-19 étaient au contraire pro­ba­ble­ment sous-éva­lués (1er juillet 2020A94). On a pu consta­ter, en France, un accrois­se­ment signi­fi­ca­tif de la mor­ta­li­té glo­bale en mars 2020 mesu­rée à mi-avril grâce aux sta­tis­tiques de l’IN­SEE excep­tion­nel­le­ment mises à jour chaque semaine — voir plus bas Bilans sta­tis­tiques 2020, 2021 etc. Dans les dépar­te­ments les plus tou­chés, cette sur­mor­ta­li­té était deux à trois fois supé­rieure au nombre offi­ciel de vic­times de CoVID-19 (10 avril 2020A132). On pou­vait donc s’at­tendre à ce que les nombres de vic­times soient ajus­tés à la hausse une fois que toutes les décla­ra­tions auront été trans­mises. Des don­nées de sur­mor­ta­li­té dans plu­sieurs pays, mon­trant la même ten­dance, ont été recen­sées sur la page Excess Mor­ta­li­tyN22. Ce qui est dénon­cé comme un « men­songe d’É­tat » est donc prin­ci­pa­le­ment un déca­lage lié à la len­teur rela­tive de trans­mis­sion des don­nées. Je ne pré­tends pas que ce soit tou­jours le cas, ni que la culture de la peur serait absente de la com­mu­ni­ca­tion gou­ver­ne­men­tale ; mais l’in­ter­pré­ta­tion des sta­tis­tiques en 2020 n’en four­nis­sait pas (encore) la preuve…

Aux États-Unis, Jere­my Samuel Faust et Car­los del Rio ont remis en ques­tion, sur la base des don­nées du Cen­ter for Disease Control (CDC) début mai 2020, la com­pa­rai­son des nombres de décès cau­sés par la CoVID-19 et par la grippe sai­son­nière, qui font dire aux médias (et à cer­tains poli­ti­ciens) que la CoVID-19 ne tue­rait pas plus que la grippe, en contra­dic­tion avec le vécu du per­son­nel hos­pi­ta­lier. Ils expliquent (14 mai 2020A115) :

La rai­son pro­fonde de ces com­pa­rai­sons incor­rectes peut être un manque de connais­sances sur la façon dont les don­nées sur la grippe sai­son­nière et la COVID-19 sont ren­dues publiques. Le CDC, comme de nom­breux orga­nismes simi­laires de lutte contre les mala­dies dans le monde, pré­sente la mor­bi­di­té et la mor­ta­li­té liées à la grippe sai­son­nière non pas comme des chiffres bruts mais comme des esti­ma­tions cal­cu­lées sur la base des codes sou­mis de la Clas­si­fi­ca­tion inter­na­tio­nale des mala­dies. Entre 2013–2014 et 2018–2019, les décès annuels esti­més dus à la grippe variaient de 23000 à 61000. Au cours de cette même période, cepen­dant, le nombre de décès dus à la grippe recen­sés se situait entre 3448 et 15620 par an. En moyenne, Les esti­ma­tions des décès attri­buables à la grippe par les CDC étaient près de 6 fois supé­rieures aux chiffres recen­sés. Inver­se­ment, les décès par COVID-19 sont actuel­le­ment comp­tés et signa­lés direc­te­ment, non esti­més. Par consé­quent, la com­pa­rai­son la plus valable consis­te­rait à com­pa­rer les dénom­bre­ments heb­do­ma­daires des décès dus à COVID-19 aux dénom­bre­ments heb­do­ma­daires des décès dus à la grippe sai­son­nière.

Les cher­cheurs ont donc com­pa­ré les décomptes des décès de CoVID-19 pen­dant la troi­sième semaine d’a­vril 2020 (15 455) avec les don­nées réelles pen­dant les semaines de pic d’é­pi­dé­mie grip­pale entre 2013 et 2019 (752 en moyenne). En tenant compte des incer­ti­tudes, ils ont esti­mé que (14 mai 2020A115) :

[…] les décès par CoVID-19 étaient de 9.5 à 44 fois plus nom­breux que ceux pen­dant les semaines de pic de grippe sai­son­nière aux USA ces 7 der­nières années, avec une aug­men­ta­tion moyenne de 20.5 fois. […] Nous dédui­sons de notre ana­lyse que les esti­ma­tions annuelles du CDC sur­éva­luent consi­dé­ra­ble­ment le nombre réel de décès cau­sés par la grippe, ou que le nombre actuel de décès recen­sés par COVID-19 sous-éva­lue consi­dé­ra­ble­ment le nombre réel de décès cau­sés par le SARS-CoV‑2, ou les deux.

À l’in­verse de cette éva­lua­tion cor­rec­tive, des décès par CoVID-19 ne sont pas comp­ta­bi­li­sés en rai­son des faux-néga­tifs dans les tests : chez un patient au stade inflam­ma­toire de la mala­die, la charge virale peut avoir for­te­ment dimi­nué. D’autre part, des décès par la grippe ne sont pas pris en compte car il n’y a aucune obli­ga­tion de décla­ra­tion, contrai­re­ment à la CoVID-19 ; les épi­dé­mio­lo­gistes uti­lisent des fac­teurs de cor­rec­tion tenant compte de la sous-décla­ra­tion. Nous l’a­vons vu, des décès ont pu être attri­bués par erreur à la CoVID-19.

En France, l’exa­men des sta­tis­tiques heb­do­ma­daires de décès (source : INSEE) abou­tis­sait au constat inverse de celui de Faust et del Rio : « La grippe 2020 [a été] plus meur­trière en France que le SARS-COV‑2, selon les cumuls heb­do­ma­daires de décès pen­dant les 2 périodes épi­dé­miques suc­ces­sives. » (F Pes­ty, 20 mai 2020A109)

Une esti­ma­tion des taux de mor­ta­li­té et de léta­li­té de la CoVID-19 était pré­ma­tu­rée début 2020. Mais Faust et del Rio (14 mai 2020A115) déplo­raient que le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain ait mal inter­pré­té les don­nées publiées pour remettre en route l’é­co­no­mie en sup­po­sant qu’on avait affaire à « juste une nou­velle grippe ». Ils sug­gé­raient de « com­pa­rer des pommes avec des pommes et non des pommes avec des oranges ». Les édi­teurs du JAMA écri­vaient (1er juillet 2020A92) :

Fin mai 2020, plus de 100 000 per­sonnes aux États-Unis étaient décé­dées des suites d’une mala­die à coro­na­vi­rus 2019 (COVID-19) […]. Les repor­tages ont déplo­ré ce nombre, le com­pa­rant à la capa­ci­té d’un grand stade de foot­ball ou d’une petite ville et notant sa simi­li­tude avec le nombre de sol­dats amé­ri­cains tués pen­dant la Pre­mière Guerre mon­diale ou dans les guerres coréenne et viet­na­mienne com­bi­nées […].

La mort semble être une mesure pré­cise de l’évolution et des effets de la pan­dé­mie — le pire résul­tat, un résul­tat sans équi­voque. Cepen­dant, le nombre de décès attri­bués à la COVID-19 dans les rap­ports offi­ciels est pro­ba­ble­ment une sous-esti­ma­tion des décès cau­sés par le syn­drome res­pi­ra­toire aigu sévère coro­na­vi­rus 2 (SARS-CoV‑2). De plus, la sta­tis­tique n’in­clut pas les décès indi­rec­te­ment impu­tables au virus et les mesures uti­li­sées pour le conte­nir. […]

Com­ment est-il alors pos­sible d’es­ti­mer le véri­table effet de cette pan­dé­mie en tenant compte de ces dif­fé­rents fac­teurs ? Une façon consiste à esti­mer les décès en excès (c.-à‑d. au delà de ce qui serait atten­du). Dans ce numé­ro de JAMA, Woolf et ses col­lègues ont com­pa­ré le nombre de décès exces­sifs aux États-Unis entre le 1er mars 2020 et le 25 avril 2020 avec les 6 années pré­cé­dentes [1er juilletA93]. Sur la base des don­nées de 2014 à 2019, les auteurs s’at­ten­daient à 419 058 décès mais ont obser­vé 505 059, soit un excès de 87 001 décès. Ils ont esti­mé que 65 % étaient attri­buables à la COVID-19, lais­sant 35 % des décès excé­den­taires inex­pli­qués. Cer­tains de ces décès peuvent être dus à des inexac­ti­tudes dans les don­nées (par exemple, des décès mal clas­sés, des rap­ports incom­plets) ou à l’absence de soins. Si le même sché­ma se pour­sui­vait jus­qu’à la fin du mois de mai, il y aurait, comme indi­qué, 100 000 décès impu­tables au COVID-19, mais envi­ron 135 000 décès au total impu­tables à la pan­dé­mie. Woolf et al [1er juilletA93] four­nissent éga­le­ment des esti­ma­tions état par état des décès exces­sifs et un compte ren­du plus détaillé des 5 États les plus tou­chés par COVID-19.

Comme nous le disait Michel Odent dans un sémi­naire : « L’é­pi­dé­mio­lo­gie c’est tout sauf l’his­toire de ma voi­sine ! » La com­pa­rai­son des taux de mor­ta­li­téN23 — et non de léta­li­téN20 — de l’é­pi­dé­mie CoVID-19 et de la grippe sai­son­nière avait fait (pré)dire à des cher­cheurs, au début de l’an­née, qu’il s’a­gi­rait d’une « simple grip­pette »… La per­cep­tion de la mor­ta­li­té n’est pas la même selon les don­nées sta­tis­tiques et le vécu de décès inat­ten­dus par­mi ses proches. Cette pan­dé­mie a été pré­sen­tée comme ter­ri­fiante en l’ab­sence de cer­ti­tude sur les modes de trans­mis­sion, les moyens de pro­tec­tion et de trai­te­ment des indi­vi­dus.

Une sur­veillance sys­té­ma­tique des infec­tions res­pi­ra­toires aiguës est réa­li­sée, en France métro­po­li­taine, par GEODESA1, la DREESA2, Johns Hop­kins Coro­na­vi­rus Resource Cen­terA3, CoVID Tra­ckerA6, Coro­na­vi­rus nombre de cas en FranceA5 et (pour les méde­cins géné­ra­listes) le Réseau Sen­ti­nelleA8. Ce sui­vi per­met de dis­tin­guer les « syn­dromes grip­paux » de ceux de la pan­dé­mie CoVID-19. Les courbes de mor­ta­li­té par CoVID-19 en fonc­tion du temps dans tous les pays sont dis­po­nibles sur la page Coro­na­vi­rus (COVID-19) DeathsA7 du site Our World in Data.

Dépister

Membre à cette époque du conseil scien­ti­fique fran­çais dédié au coro­na­vi­rus, le pro­fes­seur Didier Raoult — voir por­trait le 7 novembre 2020A76 — s’ex­pri­mait avec la même défiance des pré­dic­tions mathé­ma­tiques de mor­ta­li­té dans une vidéo le 17 mars 2020N24. Il regret­tait l’emballement face à un coro­na­vi­rus qu’il invi­tait depuis des semaines à détec­ter et à soi­gner (16 mars 2020N25) :

[À l’IHUN26] Nous avons sans doute fait plus de tests du coro­na­vi­rus que tous les autres labo­ra­toires fran­çais réunis, avec aus­si bien des formes modé­rées que graves. Le PACA [Région Sud] est peut-être épar­gné avec un seul décès, mais ça prou­ve­rait que les géné­ra­li­sa­tions sont fausses. Les éco­sys­tèmes sont dif­fé­rents entre Paris intra-muros, Wuhan, la région PACA, et il y a le risque non mesu­rable car chao­tique des super-conta­mi­na­teurs, dif­fi­ci­le­ment com­pré­hen­sibles. On sait tout de même main­te­nant mesu­rer les charges virales et on voit que des gens ont des quan­ti­tés de virus un mil­lion de fois plus impor­tantes que d’autres. Logi­que­ment, cela peut jouer un rôle dans la conta­mi­na­tion, avec d’autres choses comme le com­por­te­ment.

Reste qu’au­jourd’­hui la plu­part de nos patients viennent pour des symp­tômes res­pi­ra­toires dus à la ving­taine d’autres virus qui cir­culent, ou parce qu’ils ont ren­con­tré quel­qu’un qui avait le coro­na­vi­rus. Ils sont affo­lés et veulent savoir s’ils n’ont pas un truc qui va les tuer.

L’hé­té­ro­gé­néi­té de la popu­la­tion infec­tée en termes de charge virale — l’exis­tence de super-conta­mi­na­teurs — met­tait en défaut des modèles pré­dic­tifs comme le SIR (Sus­cep­tible, Infec­tious, Remo­vedN27) ou le SEAIRN28 (Sus­cep­tibles, Expo­sées, Asymp­to­ma­tiques, Immu­ni­sées, Reti­rées) per­met­tant d’an­ti­ci­per l’é­vo­lu­tion de l’é­pi­dé­mie à par­tir du simple fac­teur de repro­duc­tion R0, le nombre de per­sonnes qu’un indi­vi­du infec­té peut conta­mi­ner. Laurent Hébert-Dufresne et ses col­lègues ont pro­po­sé, sur la base de don­nées nou­velles, un modèle tenant compte de cette hété­ro­gé­néi­té : « Nous démon­trons que sans don­nées sur l’hé­té­ro­gé­néi­té des infec­tions secon­daires pour les mala­dies infec­tieuses émer­gentes comme la CoVID-19, l’in­cer­ti­tude sur la taille des vagues de conta­mi­na­tion varie consi­dé­ra­ble­ment : dans le cas de la CoVID-19, de 10 à 70 % des indi­vi­dus sen­sibles » (16 avril 2020A131). Les indi­vi­dus « sen­sibles » (“sus­cep­tible” en anglais) sont les indi­vi­dus sains en contact avec des per­sonnes conta­gieuses [28 jan­vier 2020N27].

« Nul ne peut com­battre un incen­die les yeux ban­dés » avait décla­ré, le 16 mars 2020, le pré­sident de l’Organisation mon­diale de la san­té (OMS), Tedros Adha­nom Ghe­breye­sus qui pré­co­ni­sait la stra­té­gie “Test and Treat”. Mais Jérôme Salo­mon, direc­teur géné­ral de la san­té (DGS) en France, avait balayé du coude cette décla­ra­tion en répon­dant, le 17 mars 2020 : « En cir­cu­la­tion active, le test n’a pas beau­coup d’intérêt, aucun pays ne l’a fait. […] Ce qu’il faut, c’est res­ter chez soi, car on est tous poten­tiel­le­ment por­teurs » (21 mars 2020A138). Il parais­sait igno­rer que les Sud-Coréens pra­ti­quaient 18 000 tests par jour…

Jérôme Salo­mon s’est heu­reu­se­ment contre­dit le 20 mars 2020 en décla­rant : « Le pas­sage en phase 3 épi­dé­mique entraîne aus­si un chan­ge­ment de doc­trine concer­nant les tests. » Le pro­fes­seur Jean-Fran­çois Del­frais­sy, pré­sident du conseil scien­ti­fique fran­çais, a recon­nu : « Si l’on n’a pas choi­si cette stra­té­gie [de dépis­tage à large échelle] en France, c’est parce qu’on n’a­vait pas la capa­ci­té, dans un pre­mier temps, de réa­li­ser des tests pour de très nom­breuses per­sonnes… »

La doc­trine offi­cielle, en France le 21 mars 2020, était que le dépis­tage à grande échelle serait uti­li­sé pour « sor­tir du confi­ne­ment toutes les per­sonnes tes­tées néga­tives ». On atten­dait beau­coup de la décou­verte de tests plus rapides ou/et moins oné­reux qui per­met­traient d’im­plé­men­ter à grande échelle un dépis­tage sys­té­ma­tiqueN29.

Le 21 mars 2020, 120 labo­ra­toires fran­çais étaient habi­li­tés à effec­tuer des tests, mais « face à la pénu­rie de gants, de lunettes et de masques, les bio­lo­gistes et infir­miers de ces labo­ra­toires ne [pou­vaient] pas effec­tuer les pré­lè­ve­ments sans ris­quer d’être conta­mi­nés, puis de pro­pa­ger le virus eux-mêmes » (Dela­croix G & R Le Saint, 21 mars 2020A138). L’au­to­ri­sa­tion leur avait été don­née trop tard pour qu’ils puissent prendre leurs dis­po­si­tions à la hau­teur de la demande. Lio­nel Bar­rand, pré­sident des jeunes bio­lo­gistes médi­caux, décla­rait : « Si l’État avait aidé tous les labo­ra­toires à obte­nir le maté­riel de pro­tec­tion néces­saire aux pré­lè­ve­ments, on aurait pu avoir cinq, six fois plus de dépis­tages » (21 mars 2020A138).

Le sui­vi des cas tes­tés posi­tifs, même en l’ab­sence de symp­tômes, est d’au­tant plus per­ti­nent que lorsque les patients arrivent en réani­ma­tion leur charge virale a si for­te­ment dimi­nué qu’un trai­te­ment anti­vi­ral ne serait d’au­cun béné­fice.

Un échange ins­truc­tif a eu lieu avec Jérôme Salo­mon lors d’un « point de situa­tion coro­na­vi­rus » (25 mars 2020A137) :

Ques­tion : Com­ment les auto­ri­tés de san­té publique envi­sagent de tes­ter ceux qui sont décé­dés dans les EHPAD pour savoir s’ils avaient le virus ou non ?

Jérôme Salo­mon : Alors, c’est une ques­tion évi­de­ment très dou­lou­reuse. Il y a depuis des années des décès dans les EHPAD, mal­heu­reu­se­ment, et il y a des infec­tions res­pi­ra­toires aiguës dans les EHPAD, que ce soit VRS (virus res­pi­ra­toire syn­cy­tial) des bron­chio­lites ou de la grippe, et la stra­té­gie est la même, c’est-à-dire que quand quelques malades arrivent quand quelques malades sur­viennent dans un éta­blis­se­ment d’ac­cueil, un EHPAD, il faut les tes­ter, c’est notre stra­té­gie actuelle pour savoir si le virus cir­cule. Donc, quand il y a deux ou trois cas, on teste deux ou trois pre­miers cas pour savoir si le virus cir­cule dans l’é­ta­blis­se­ment. Si d’autres malades sur­viennent on est assez logique, et c’est du bon sens, c’est tou­jours le virus qui cir­cule en par­ti­cu­lier en ce moment, nous avons de moins en moins de grippe et de plus en plus de CoVID. Après, l’en­quête sur les décès est quelque chose de très déli­cat, puisque c’est assez dif­fi­cile de pro­po­ser un test post-mor­tem, soit une autop­sie, les familles sou­vent le refusent, mais par contre il n’y a pas de débat sur l’im­pu­ta­bi­li­té sur le fait que oui ou non ce décès serait comp­ta­bi­li­sé. Je crois qu’il ne faut pas ren­trer dans ce genre de débat : dans une période épi­dé­mique, les décès, même s’il n’y a pas de tests, sont consi­dé­rés comme liés à l’in­fec­tion virale, à l’é­pi­dé­mie, et il ne faut pas aller dans ce genre de sujet dif­fi­cile pour les familles en par­ti­cu­lier qui, voi­là, sont dans le deuil et n’ont pas besoin qu’on rajoute des inves­ti­ga­tions qui peuvent être pénibles.

Cette expli­ca­tion donne une idée de la rigueur avec laquelle ont été comp­ta­bi­li­sés les décès « dus à la CoVID » : le lien de cause à effet est auto­ma­ti­que­ment déduit de la pré­sence de « deux ou trois cas » dans l’en­tou­rage du patient. Alors que, par la suite, on fera le pro­cès des « com­plo­tistes » qui ont uti­li­sé les don­nées de phar­ma­co­vi­gi­lance pour aver­tir sur les risques d’ef­fets secon­daires graves chez les vac­ci­nés…

➡ Dans les pre­mières ver­sions de cet article figu­raient ici les cha­pitres dépla­cés vers Saga de la chlo­ro­quine.

Transmission et immunité collective

Le Canard Enchaî­né, 3 juin 2020

Fin mai 2020, les courbes de mor­ta­li­té par CoVID-19 étaient sur une pente des­cen­dante par­tout en Europe : le 21 mai, la France pas­sait au-des­sous de la barre des 100 décès quo­ti­diens et l’Es­pagne en des­sous de 50. Le 28 mai, le ministre de la san­té Oli­vier Véran annon­çait que le taux effec­tif de repro­duc­tion R0 dans l’Hexa­gone était retom­bé à 0.77 — ce qui, au pas­sage, ren­dait inutile la pro­po­si­tion d’une appli­ca­tion de tra­çage Stop­Co­vidN30 ini­tia­le­ment conçue pour un taux égal ou supé­rieur à 3. Au niveau de la confi­den­tia­li­té, cette appli­ca­tion “made in France” lais­sait à dési­rer puis­qu’elle uti­li­sait le dis­po­si­tif de sécu­ri­té reCAPT­CHA de Google qui récu­père l’a­dresse IP de l’u­ti­li­sa­teur sur un ser­veur… amé­ri­cain. Ce pro­blème avait été signa­lé par la CNIL le 25 mai 2020N31.

Au niveau mon­dial à mi-mai 2020, la barre des 290 000 morts par CoVID-19 était fran­chie, cor­res­pon­dant à la four­chette basse de la mor­ta­li­té d’une grippe sai­son­nière selon l’OMS. On peut donc se deman­der si les épi­dé­mies de grippe à venir don­ne­ront lieu aux mêmes mesures de pro­tec­tion sani­taire que celle du SARS-CoV‑2 en 2020…

Inter­ro­gés par les médias, les experts — qui ne dis­posent d’au­cune don­née fiable pour appuyer leurs pro­pos — étaient par­ta­gés sur les rai­sons de l’ac­cal­mie : effet du confi­ne­ment, d’un meilleur res­pect des gestes bar­rières, du port du masque, des tests sys­té­ma­tiques, du chan­ge­ment de sai­son ? Ou une com­bi­nai­son de ces fac­teurs ? La com­pa­rai­son des courbes de mor­ta­li­té et leur répar­ti­tion par âges dans dif­fé­rentes villes et régions de France pou­vait four­nir un indice de la qua­li­té du dépis­tage et de la prise en charge des per­sonnes infec­tées (19 mai 2020A112) :

Source : A110

La fin de l’é­pi­dé­mie était condi­tion­née au fran­chis­se­ment d’un seuil de pour­cen­tage de per­sonnes immu­ni­sées par l’ex­po­si­tion au virus, sous réserve que cette immu­ni­té fût effec­tive et durable, ce qui n’é­tait pas garan­ti avec le SARS-CoV‑2 (voir ci-des­sous). En extra­po­lant à par­tir des don­nées actuelles, Xavier Depa­ris écri­vait à ce sujet (4 avril 2020A134) :

Pour que l’épidémie cesse, il fau­dra atteindre une immu­ni­té de masse. Par exemple, pour la rou­geole, le seuil est de 95 %. Ceci signi­fie que lorsque 95 % de la popu­la­tion est immu­ni­sée contre la rou­geole, le virus de la rou­geole ne peut plus cir­cu­ler dans la popu­la­tion et les cas de rou­geole dis­pa­raissent ou sont extrê­me­ment rares. Dans le cas du COVID-19, compte-tenu de sa conta­gio­si­té heu­reu­se­ment moindre que celle de la rou­geole, il est pos­sible de consi­dé­rer qu’une immu­ni­té de masse de l’ordre de 75 % stop­pe­ra l’épidémie. Seuls quelques cas ou foyers ponc­tuels conti­nue­ront à être obser­vés, pas­sé ce seuil. Donc, pour un mil­lion de per­sonnes expo­sées au COVID-19, nous décomp­te­rons en fin d’épidémie 750 000 per­sonnes conta­mi­nées. Sur ces 750 000 per­sonnes, 1 % auront fait une forme sévère de la mala­die néces­si­tant une hos­pi­ta­li­sa­tion, soit 7500, dont une sur six sera décé­dée, soit 1250 [par mil­lion d’in­di­vi­dus].

Ce cal­cul fai­sait anti­ci­per une borne supé­rieure de 83 000 morts en France. Le seul moyen d’é­vi­ter un bilan aus­si éle­vé était de mettre au point des pro­cé­dures de prise en charge des patients au stade ini­tial de l’in­fec­tion avec des trai­te­ments adap­tés à leur cas. Prendre exemple sur l’Al­le­magne qui affiche 7 fois moins de décès dans des condi­tions sani­taires simi­laires à celles de la France…

Le seuil de 70 % pour l’ac­qui­si­tion d’une immu­ni­té col­lec­tive au SARS-CoV‑2 avait été éva­lué au doigt mouillé à par­tir d’un modèle simple de trans­mis­sion basé sur une homo­gé­néi­té « où nous aurions gros­so modo tous la même pro­ba­bi­li­té d’infecter n’importe quel autre indi­vi­du » (22 mai 2020A105) : si R0 est le fac­teur de trans­mis­sion, le seuil théo­rique devrait être 100 x (1 – 1/R0). Nous avons vu que l’u­ni­ci­té de R0 était loin d’être le cas si l’on tient compte de l’exis­tence de « super-conta­mi­na­teurs » dont la charge virale serait un mil­lion de fois supé­rieure à celle des autres sujets infec­tés (voir Dépis­ter ci-des­sus). On observe donc plu­tôt des clus­ters de conta­mi­na­tion induits par des réunions dans un espace clos (réunions fami­liales etc.) en pré­sence d’au moins une per­sonne super-conta­mi­na­trice…

La trans­mis­sion par les « aéro­sols » — les micro­par­ti­cules émises par des per­sonnes conta­mi­nées, qui peuvent fran­chir une dizaine de mètres dans un local mal ven­ti­lé — est trop négli­gée dans les pra­tiques de port du masque en milieu fer­mé (Dupagne D, 2021A68).

Avec les clus­ters, l’é­vo­lu­tion ne serait donc pas expo­nen­tielle. Les chaînes de conta­mi­na­tion for­me­raient une arbo­res­cence (20 mai 2020A111) :

Chaîne de conta­mi­na­tion dans un espace hété­ro­gène. Source : A111

Ce modèle de trans­mis­sion pré­di­sait une deuxième vague de conta­mi­na­tion, en automne 2020, net­te­ment moins impor­tante que celle anti­ci­pée par le modèle SIR. Il semble que cette pré­dic­tion se soit avé­rée exacte. Tou­te­fois, on ne connaît pas l’é­vo­lu­tion dans le temps de cette hété­ro­gé­néi­té. Lise Bar­néoud écri­vait (22 mai 2020A105) :

« Notre réseau est peut-être hété­ro­gène actuel­le­ment parce que les tra­vailleurs essen­tiels sont au front alors que la plu­part d’entre nous sont à la mai­son », sou­ligne Natha­lie Dean, bio­sta­tis­ti­cienne à l’Université de Flo­ride. Mais que se passe-t-il en « temps de paix » ? « Notre struc­ture en réseau ne ten­drait-elle pas à deve­nir plus homo­gène ? » Ce serait pour le coup une très mau­vaise nou­velle. Cha­cun de nous devien­drait une porte ouverte au virus, qui pour­rait alors entrer de toute part dans l’organisme géant de la popu­la­tion. Ce qui se tra­dui­rait par une deuxième vague catas­tro­phique.

Avec des modèles pre­nant en compte les situa­tions locales réelles, des épi­dé­mio­lo­gistes situaient le seuil d’im­mu­ni­té col­lec­tive entre 10 et 20 %. Le fac­teur de repro­duc­tion R0 n’est donc pas suf­fi­sant pour pré­dire l’é­ten­due de l’é­pi­dé­mie. Une équipe de mathé­ma­ti­ciens concluait (16 avril 2020A131) :

[…] Nous réité­rons que lorsque l’on tient compte de la dis­tri­bu­tion com­plète des cas secon­daires cau­sés par une per­sonne infec­tée, il n’y a pas de rela­tion directe entre R0 et la taille d’une vague de conta­mi­na­tion. Nous insis­tons éga­le­ment sur le fait que R0 et la dis­tri­bu­tion com­plète des cas secon­daires ne sont pas des pro­prié­tés de la mala­die elle-même, mais plu­tôt des pro­prié­tés du patho­gène, de la popu­la­tion hôte et du contexte de l’é­pi­dé­mie. Néan­moins, nous four­nis­sons une métho­do­lo­gie simple pour tra­duire les esti­ma­tions de l’hé­té­ro­gé­néi­té de la trans­mis­sion en pré­vi­sions épi­dé­miques. Dans l’en­semble, la pré­vi­sion de la taille de l’é­pi­dé­mie sur la base de don­nées pré­coces est un défi incroya­ble­ment com­plexe, mais qui est de plus en plus à por­tée de main en rai­son de nou­velles ana­lyses mathé­ma­tiques et d’une com­mu­ni­ca­tion plus rapide des don­nées de san­té publique.

Il reste que la trans­mis­sion du virus reste condi­tion­née par la dis­tan­cia­tion phy­sique. L’hy­po­thèse d’un seuil moins éle­vé pour l’im­mu­ni­té col­lec­tive ne devrait donc pas ser­vir de pré­texte au relâ­che­ment de toute pré­cau­tion sani­taire.

Mal­gré les échecs de ces modé­li­sa­tions pré­dic­tives basées sur une valeur fixe du R0, les épi­dé­mio­lo­gistes ont conti­nué à (pré-)publier des « résul­tats » uti­li­sés pour don­ner un ver­nis scien­ti­fique aux déci­sions des auto­ri­tés sani­taires. Par exemple, une équipe de l’Ins­ti­tut Pas­teur pré­di­sait une « esti­ma­tion de la charge du SARS-CoV‑2 en France » (Salje H et al., 13 mai 2020A117). Un com­men­taire cri­tique sous le titre Dénon­cer la fausse science épi­dé­mio­lo­gique — en même temps un excellent cours de sta­tis­tiques — a été publié par Vincent Pavan (15 mai 2020A116). En voi­ci deux extraits (pages 4 et 53) :

Il y a deux classes de « résultats » dans cet article :
1. Ceux qui pro­viennent de « fit » sur des données mesurées. Ceux-ci sont tota­le­ment élémentaires du point de vue scien­ti­fique. Ils ont essen­tiel­le­ment pour but de ten­ter de mon­trer la maîtrise par les auteurs des outils basiques des probabilités et sta­tis­tiques. En réalité, on va voir que les auteurs ne com­prennent hélas rien à la notion de modélisation en pro­ba­bi­lité, rien à la notion de solu­tion d’un problème, rien à l’ef­fi­ca­cité des méthodes numériques, et que leur culture mathématique s’est pro­ba­ble­ment arrêtée au niveau du lycée.
2. Ceux qui pro­viennent de « modèles » sur des données non mesurées et qui viennent sou­te­nir les annonces du gou­ver­ne­ment : le confi­ne­ment fonc­tionne de façon spec­ta­cu­laire et il fau­dra en pas­ser par un traçage généralisé. Comme il s’a­git de données issues de modèles n’ayant aucune pos­si­bi­lité de vérification expérimentale, l’idée c’est de faire confiance aux auteurs en s’ap­puyant sur ce que l’on aurait estimé de leurs compétences dans les par­ties précédentes. Or le « modèle » uti­lisé sur l’ef­fi­ca­cité de la mesure de confi­ne­ment est par­fai­te­ment tau­to­lo­gique. Il consiste à dire : si l’on sup­pose que le confi­ne­ment est effi­cace, alors on peut tra­cer une courbe (sur une donnée non mesurée : le taux d’in­fec­tion de la popu­la­tion) qui montre que le confi­ne­ment est effi­cace. Donc vous voyez bien que le confi­ne­ment est effi­cace

[…]

Ain­si, il appa­raît une chose remar­quable : en essayant de mon­trer qu’ils pos­sé­daient un savoir qu’ils n’a­vaient pas, les auteurs ont fait preuve d’une sidé­rante révé­la­tion : ils ont dévoi­lé qu’ils étaient prêts à tout, même à men­tir sur les méthodes, pour for­cer un résul­tat dont ils avaient envie qu’il soit vrai. Ils révèlent en fait qu’ils ne maî­trisent rien à la modé­li­sa­tion ni aux méthodes de réso­lu­tion. Ain­si, il faut que vous le sachiez : lorsque les auteurs ont pré­ten­du que le confi­ne­ment était effi­cace, c’est sim­ple­ment qu’ils l’ont décré­té de façon arbi­traire, exac­te­ment comme à la fin de leur modèle de durée d’hos­pi­ta­li­sa­tion, ils ont fini par ajus­ter à leur guise le résul­tat qu’ils vou­laient obte­nir.

Vincent Pavant a par la suite pré­sen­té son ana­lyse de la ver­sion finale de ce compte-ren­du de modé­li­sa­tion (Boset­ti P et al., 26 jan­vier 2022A48) sur une vidéo (12 mars 2023A30 5:33 à 54:20) qui sera sui­vie d’un article. À noter qu’il fait par­tie de trois consul­tants dont les audi­tions ont été ren­dues secrètes lors de l’au­di­tion publique (le 24 mai 2022) de l’Office par­le­men­taire d’évaluation des choix scien­ti­fiques et tech­no­lo­giques (OPECST) sur les effets secon­daires des vac­cins contre la Covid-19 et le fonc­tion­ne­ment du sys­tème fran­çais de phar­ma­co­vi­gi­lance. Laurent Muc­chiel­li com­mente (21 juin 2022A47) :

Bien qu’elles se soient ren­dues devant le Sénat, le jour même de l’audition, elles ont trou­vé portes closes. La som­ma­tion inter­pel­la­tive qu’elles ont fait déli­vrer au pré­sident de l’Office, M. Cédric Vil­la­ni, fera tou­te­fois date et il ne sera plus pos­sible aux membres de l’Office de pré­tendre « qu’ils ne savaient pas ».

Un autre cal­cul de modé­li­sa­tion publié par l’Ins­ti­tut Pas­teur (Boset­ti P et al., 28 juin 2021A63) pré­di­sait une forte inci­dence des hos­pi­ta­li­sa­tions chez les per­sonnes non-vac­ci­nées de plus de 60 ans : « Dans notre scé­na­rio de réfé­rence, les per­sonnes non-vac­ci­nées de plus de 60 ans repré­sentent 3 % de la popu­la­tion mais 43 % des hos­pi­ta­li­sa­tions ». Cal­cul basé sur un R0 arbi­trai­re­ment fixé à 5, et résul­tat en contra­dic­tion avec les don­nées de mor­ta­li­té clas­sées par tranches d’âges et sta­tut vac­ci­nal dans plu­sieurs États amé­ri­cains. Ces don­nées de John Hop­kins Uni­ver­si­ty ont été repro­duites sur un post de Patrice Giber­tie (19 sep­tembre 2021N32) qui remarque avec per­ti­nence :

Jadis les sovié­tiques dis­po­saient de la meilleure école de mathé­ma­ti­ciens du monde, ils obte­naient des pré­vi­sions tota­le­ment fausses à par­tir de construc­tions mathé­ma­tiques mer­veilleu­se­ment justes. Un bon data ana­lyste observe des don­nées justes et il explique, il ne s’agit pas de pré­vi­sions mais d’observations, c’est toute la dif­fé­rence !

modèles, savants et réalité
Image par­ta­gée par M. Eades

Sauf qu’en France les construc­tions mathé­ma­tiques étaient tout sauf « mer­veilleu­se­ment justes » ! La crise sani­taire a per­mis de révé­ler au grand public que les sacro-saints modèles mathé­ma­tiques construits sur des don­nées du pas­sé, et de nom­breux para­mètres « choi­sis à la louche », échouent la plu­part du temps à pré­dire l’a­ve­nir, ce pour quoi ils ont été conçus… Dans un scé­na­rio cal­qué sur l’é­vo­lu­tion d’un sys­tème dyna­mique com­plexe, le futur peut être radi­ca­le­ment modi­fié par une très petite varia­tion de valeurs ini­tiales, voire un ajus­te­ment du sys­tème sous-jacent : choix des para­mètres, etc. C’est ce qui est exploi­té — de manière auto­ma­tique grâce aux algo­rithmes d’ap­pren­tis­sage — pour faire « col­ler » le modèle aux don­nées anté­rieures. Au final, un modèle mathé­ma­tique ne fait rien d’autre que « prou­ver » les hypo­thèses qui ont été for­mu­lées pour sa construc­tion !

L’é­pi­dé­mio­lo­giste Sune­tra Gup­ta, au Royaume-Uni, défen­dait un modèle oppo­sé de celui de Neil Fer­gu­son à l’Impe­rial Col­lege. Alors que Fer­gu­son, sur la seule base des tests séro­lo­giques, affir­mait que la CoVID-19 aurait tou­ché une très petite frac­tion de la popu­la­tion et qu’elle res­tait une mala­die grave à forte léta­li­té, Gup­ta esti­mait au contraire que près de 50 % de la popu­la­tion aurait été expo­sée au virus et que le taux de léta­li­té ne dépas­se­rait pas 0.1 % : « Quelque part entre 0.01 et 0.1% ». Elle décla­rait (21 mai 2020A106) :

Dans presque tous les contextes, nous avons vu l’épidémie croître, s’in­ver­ser et dis­pa­raître — presque comme une hor­loge. Dif­fé­rents pays ont eu des poli­tiques de confi­ne­ment dif­fé­rentes, et pour­tant ce que nous avons obser­vé est presque un modèle de com­por­te­ment uni­forme très cohé­rent avec le modèle SIR [Sus­cep­tible, Infec­tious, Remo­vedN27]. Pour moi, cela sug­gère qu’une grande par­tie de la force en jeu est due à la consti­tu­tion de l’im­mu­ni­té. Je pense que c’est une expli­ca­tion plus par­ci­mo­nieuse que celle qui implique que dans chaque pays le confi­ne­ment (ou divers degrés de confi­ne­ment, y com­pris aucun confi­ne­ment) ait eu le même effet.

La jour­na­liste F Sayers expli­quait (21 mai 2020A106) :

Selon elle, les études d’an­ti­corps, bien qu’u­tiles, n’in­diquent pas le véri­table niveau d’ex­po­si­tion ou le niveau d’im­mu­ni­té. Pre­miè­re­ment, de nom­breux tests d’an­ti­corps sont « extrê­me­ment peu fiables » et reposent sur des groupes repré­sen­ta­tifs dif­fi­ciles à construire. Mais, plus impor­tant encore, de nom­breuses per­sonnes qui ont été expo­sées au virus béné­fi­cie­raient d’autres types d’im­mu­ni­té qui n’ap­pa­raissent pas dans les tests d’an­ti­corps — soit pour des rai­sons géné­tiques, soit en rai­son d’im­mu­ni­tés pré­exis­tantes à des coro­na­vi­rus appa­ren­tés tels que le rhume. […]

Elle ne croit pas que le taux de R0 soit un outil utile pour prendre des déci­sions sur les poli­tiques gou­ver­ne­men­tales, car un taux de R0 dépend « prin­ci­pa­le­ment du nombre de per­sonnes immu­ni­sées » et nous n’a­vons pas cette infor­ma­tion. Elle consi­dère que les nombres de décès sont la seule mesure fiable et que le nombre de cas ne devrait même pas être pris en compte car il dépend for­te­ment de la quan­ti­té de tests effec­tués.

À par­tir de juin 2020, des don­nées nou­velles ont été publiées qui ren­forcent l’hy­po­thèse de l’ac­qui­si­tion par cer­tains groupes humains d’une immu­ni­té adap­ta­tive suite à l’ex­po­si­tion anté­rieure à d’autres agents infec­tieux. On cite pour exemple le cas de per­sonnes âgées qui résis­taient bien au virus de la grippe H1N1, ayant conser­vé une réponse cyto­toxique CD8 acquise contre d’autres souches de virus qui cir­cu­laient dans les décen­nies pré­cé­dentes. Alba Gri­fo­ni et al. (14 mai 2020A114) ont mon­tré qu’il exis­tait des lym­pho­cytes T CD4+N33 pro­tec­teurs du SARS-CoV‑2 chez 40 à 60 % des per­sonnes qui n’a­vaient pas été expo­sées à ce virus, ce que l’on peut qua­li­fier d’immu­ni­té croi­sée.

Source incon­nue

Fin mai 2020 a été publiée une expli­ca­tion du fait que les enfants sont net­te­ment mieux pro­té­gés contre le SARS-CoV‑2. Plu­sieurs fac­teurs entre­raient en compte, entre autres qu’ils ont déve­lop­pé des anti­corps lors d’ex­po­si­tions à d’autres virus aux­quels ils étaient plus sen­sibles que les per­sonnes âgées. Les auteurs de l’é­tude com­men­taient (Car­set­ti R et al., 1er juin 2020A102) :

Chez l’homme, les anti­corps natu­rels sont pro­duits par les MBC [lym­pho­cytes B à mémoireN34] innés ou IgM [N35], une popu­la­tion de MBC qui est géné­rée indé­pen­dam­ment des centres ger­mi­na­tifs et qui est la plus abon­dante chez les enfants. […] À par­tir de cette popu­la­tion de cel­lules B, triées dans le sang de jeunes adultes jamais expo­sés au virus de la grippe aviaire, nous avons clo­né des anti­corps humains capables de neu­tra­li­ser divers sous-types de grippe H1, H2, H5, H6, H8 et H911. Ain­si, les MBC innés ou IgM peuvent se lier à de nom­breux micro-orga­nismes incon­nus dif­fé­rents. […]

Avec le vieillis­se­ment, la mal­nu­tri­tion, l’im­mu­no­sup­pres­sion et les états de comor­bi­di­té, notre sys­tème immu­ni­taire perd la capa­ci­té de s’a­dap­ter à la nou­veau­té. Bien que les vac­cins soient la voie à suivre, dans des situa­tions d’ur­gence telles que la pan­dé­mie de COVID-19, l’en­quête et l’u­ti­li­sa­tion d’ou­tils immu­ni­taires dont la nature a doté les enfants pour­raient amé­lio­rer les résul­tats de la ges­tion.

À l’I­HU de Mar­seille, les cher­cheurs ont signa­lé qu’un grand nombre d’en­fants avaient fabri­qué des anti­corps contre les coro­na­vi­rus en cir­cu­la­tion qui les touchent majo­ri­tai­re­ment lors d’é­pi­dé­mies annuelles, et que cette immu­ni­té était sus­cep­tible de les pro­té­ger aus­si bien contre le SARS-CoV‑2 (2 juin 2020A100).

La cam­pagne de tests séro­lo­giques d’an­ti­corps — qui bat­tait son plein début juin 2020 — est-elle légi­time pour offrir des « pas­se­ports d’im­mu­ni­té » dans le cadre du décon­fi­ne­ment ? L’OMS en dou­tait, mais des cher­cheurs s’é­le­vaient contre cette recherche à tout prix d’une preuve fac­tuelle de leur effi­ca­ci­té. Wein­stein MC et al. écri­vaient dans le NEJM (5 juin 2020A98) :

L’Or­ga­ni­sa­tion mon­diale de la san­té (OMS) a publié les lignes direc­trices sui­vantes : « À ce stade de la pan­dé­mie, il n’y a pas suf­fi­sam­ment de preuves de l’ef­fi­ca­ci­té de l’im­mu­ni­té à média­tion par anti­corps pour garan­tir l’exac­ti­tude d’un “pas­se­port d’im­mu­ni­té” ou d’un “cer­ti­fi­cat sans risque”. »

L’OMS a rai­son de noter les nom­breuses incer­ti­tudes. Les anti­corps confèrent-ils une immu­ni­té et, si oui, pen­dant com­bien de temps ? Quelle est la pré­ci­sion du test d’an­ti­corps ? Quels sont les pré­ju­dices indi­vi­duels et col­lec­tifs qui peuvent être cau­sés si des per­sonnes sans réelle immu­ni­té sont cer­ti­fiées pour retour­ner sur le lieu de tra­vail ? Quelle est la mesure du dan­ger que des per­sonnes déses­pé­rées de retour­ner au tra­vail cherchent à s’ex­po­ser inten­tion­nel­le­ment au virus dans l’es­poir de déve­lop­per des anti­corps ?

Mais nous pen­sons que l’OMS a tout à fait tort de sug­gé­rer que nous ne pou­vons pas agir tant que nous ne garan­tis­sons pas l’exac­ti­tude du pro­ces­sus de cer­ti­fi­ca­tion d’im­mu­ni­té. Des preuves irré­fu­tables et exi­geantes peuvent être appro­priées dans le monde étroit de la recherche scien­ti­fique savante. Mais dans le contexte d’une pan­dé­mie qui fait rage, nous n’a­vons tout sim­ple­ment pas le luxe de sus­pendre les déci­sions jus­qu’à ce que toutes les preuves per­ti­nentes puissent être ras­sem­blées. Ne pas agir est en soi une action qui entraîne des coûts et des consé­quences sani­taires consi­dé­rables.

Less auteurs pour­sui­vaient en nous rame­nant au débat de la méde­cine fon­dée sur les faits (EBMN36) évo­qué dans la contro­verse sur l’hy­droxy­chlo­ro­quine (5 juin 2020A98) :

Pour les soi­gnants, agir à par­tir d” infor­ma­tions incom­plètes n’est pas une idée révo­lu­tion­naire. Pra­ti­quer la méde­cine signi­fie s’ap­puyer sur des preuves impar­faites pour équi­li­brer au jour le jour les béné­fices et risques. Les méde­cins uti­lisent quo­ti­dien­ne­ment des tests d’une pré­ci­sion infé­rieure à 100 %, sachant qu’il y aura tou­jours des faux posi­tifs et des faux néga­tifs. Lorsque nous jugeons que les avan­tages pro­bables d’a­gir sur un diag­nos­tic cor­rect l’emportent sur les incon­vé­nients pos­sibles d’une action erro­née sur un diag­nos­tic incor­rect, nous agis­sons. Nous choi­sis­sons de réa­li­ser des appen­di­cec­to­mies, par exemple, même si nous avons rare­ment des preuves irré­fu­tables que l’ap­pen­dice d’un patient est enflam­mé. Bien que nous arri­vions à des poli­tiques de san­té publique et à des déci­sions cli­niques par dif­fé­rentes voies, dans les deux domaines, nous devons sou­vent faire des choix avec des preuves moins que par­faites. […]

Ceux qui pensent qu’au­cun avan­tage éco­no­mique ne jus­ti­fie le risque de pro­pa­ga­tion de la CoVID-19 peuvent se réfu­gier dans le choix de ne pas rou­vrir l’é­co­no­mie jus­qu’à ce que toute la popu­la­tion soit cou­verte par un vac­cin com­plè­te­ment effi­cace ou qu’un trai­te­ment hau­te­ment effi­cace soit lar­ge­ment dis­po­nible. À l’autre extrême se trouve la solu­tion trou­vée par ceux qui vou­draient rou­vrir l’é­co­no­mie sans tenir compte des risques que les tra­vailleurs indi­vi­duels encour­raient et impo­se­raient aux autres. […]

[…] nous avons suf­fi­sam­ment de preuves et d’a­vis d’ex­perts pour prendre une déci­sion éclai­rée aujourd’­hui. Et nous pou­vons mettre en place des sys­tèmes de sur­veillance pour tirer des ensei­gne­ments de cette déci­sion afin de pou­voir faire des choix encore meilleurs demain.

Fin juin 2020, on a assis­té en Europe à ce que des pro­pos alar­mistes dési­gnaient comme une deuxième vague mar­quée par des clus­ters impor­tants d’in­fec­tion, notam­ment autour d’a­bat­toirs en Alle­magne. Cer­tains com­men­ta­teurs objec­taient que les sta­tis­tiques enre­gis­traient plus de cas d’in­fec­tions du simple fait de la géné­ra­li­sa­tion des tests, alors que le dis­cours offi­ciel met­tait plu­tôt en garde contre le non-res­pect des règles sani­taires.

Le virus était en cir­cu­la­tion « à bas bruit » chez des sujets tes­tés posi­tifs non-symp­to­ma­tiques, ce qui avait pour consé­quence directe que le taux de léta­li­té (rap­port du nombre d’in­di­vi­dus décé­dés aux nombre d’in­di­vi­dus infec­tés) dimi­nuait mathé­ma­ti­que­ment. C’é­tait le cas aux États-Unis qui pra­ti­quaient un dépis­tage à grande échelle fin juin 2020. Mais Chris­tian Per­ronne sem­blait igno­rer ce fait quand il affir­mait que la léta­li­té cinq fois plus faible aux USA qu’en France prou­ve­rait que notre prise en charge des patients est inadé­quate…

Il se pou­vait aus­si que le SARS-CoV‑2 ait per­du de sa viru­lence : au Royaume-Uni, les taux de décès de patients hos­pi­ta­li­sés fin juin 2020 — donc symp­to­ma­tiques — étaient le quart de ceux pen­dant le pic de la vague ini­tiale (26 juin 2020A95). Tou­te­fois, début juillet 2020 l’OMS signa­lait que la pan­dé­mie était encore en pleine expan­sion, entre autres « hors de contrôle » aux États-Unis où le nombre de morts était vrai­sem­bla­ble­ment sous-éva­lué (1er juillet 2020A94), en Inde et en Amé­rique du Sud : Bré­sil, Chi­li… Des clus­ters inquié­tants se sont pro­duits en Chine.

Dans sa lettre Spé­cial Coro­na­vi­rus n°14 (3 juillet 2020), le Jour­nal inter­na­tio­nal de méde­cine (JIM.fr) sou­li­gnait l’ef­fet trompe-l’œil des sta­tis­tiques com­pa­ra­tives entre les pays, les infor­ma­tions étant « par­fois ras­su­rantes lors­qu’elles pro­viennent de régions en phase pré­coce de décon­fi­ne­ment, sou­vent inquié­tantes quand elles émanent d’é­tats tou­chés plus récem­ment » :

Impres­sion ren­for­cée lorsque l’on se penche à la fois sur l’é­vo­lu­tion du nombre de cas quo­ti­diens (tri­bu­taire des capa­ci­tés de dépis­tage par RT-PCR et donc le plus sou­vent en hausse) et sur celle du nombre jour­na­lier de morts impu­tables au virus.

Glo­ba­le­ment si l’on se situe à l’é­chelle de la pla­nète dans son ensemble, les don­nées les plus fiables (nombre de décès) montrent un recul de la gra­vi­té de la pan­dé­mie avec par exemple 9796 décès le 30 avril 2020 contre 4193 le 1er juillet.

Au mois d’août 2020 a été émise l’hy­po­thèse d’une muta­tion du SARS-CoV2 qui l’au­rait ren­du moins viru­lent, expli­quant le déca­lage entre une aug­men­ta­tion signi­fi­ca­tive du nombre de cas mais pas de celui des décès. Cette hypo­thèse avait été écar­tée. Des infec­tio­logues (dont Karine Lacombe) ont tou­te­fois recon­nu début sep­tembre 2020 qu’une variante du virus serait effec­ti­ve­ment en cir­cu­la­tion, mais qu’elle était déjà pré­sente en mars-avril sur le sol fran­çais.

Cette décla­ra­tion est contre­dite par des tra­vaux men­tion­nés par l’I­HU de Mar­seille selon les­quels sept muta­tions auraient été repé­rées dès l’é­té 2020, lais­sant espé­rer un affai­blis­se­ment de leur léta­li­té : « Les muta­tions que nous voyons sont asso­ciés avec la dégra­da­tion des orga­nismes [du virus]. Quand ça se passe, c’est que ça va mal pour la bes­tiole », décla­rait Didier Raoult (9 sep­tembre 2020A88). Pour d’autres détails sur les muta­tions du SARS-CoV‑2, voir l’ar­ticle d’Anne Gof­fard (13 sep­tembre 2020A85). Les don­nées sont par­ta­gées sur la base de don­nées GISAIDN37. Un tableau des variants pré­sents sur le sol fran­çais fin août 2021 est affi­ché plus bas.

Le sui­vi sur la pla­te­forme Nexts­trainN38 qui, fin sep­tembre 2020 , avait col­lec­té près de 1500 génomes, mon­trait que des muta­tions de l’ARN du SARS-CoV‑2 étaient obser­vées envi­ron tous les 15 jours. Le virus s’a­dapte à de nou­veaux ter­ri­toires et de nou­velles popu­la­tions. SW Long et son équipe en ont séquen­cé les génomes dans la région de Hous­ton (Texas) et obser­vé (16 sep­tembre 2020A82) :

Pra­ti­que­ment toutes les souches de la deuxième vague ont un acide ami­né de rem­pla­ce­ment Gly614 de la pro­téine de pointe, un poly­mor­phisme qui a été lié à une trans­mis­sion et une infec­ti­vi­té accrues. Les patients infec­tés par les souches variantes Gly614 avaient des charges virales signi­fi­ca­ti­ve­ment plus éle­vées dans le naso­pha­rynx lors du diag­nos­tic ini­tial. Nous avons trou­vé peu de preuves d’une rela­tion signi­fi­ca­tive entre les géno­types de virus et une modi­fi­ca­tion de la viru­lence sou­li­gnant le lien entre la gra­vi­té de la mala­die, les condi­tions médi­cales sous-jacentes et la géné­tique de l’hôte.

Au sujet de cet acide ami­né 614 de la pro­téine de pointe, Antho­ny Fau­ci pré­ci­sait (25 sep­tembre 2020A81) :

[…] c’est la par­tie du virus qui se lie au récep­teur ACE2, et dans des études in vitro et d’autres études, il semble que cela se lie plus faci­le­ment au récep­teur, ce qui sug­gé­re­rait peut-être que cela signi­fie qu’il est plus trans­mis­sible. Pas grand-chose sur la viru­lence mais plus trans­mis­sible. La décou­verte de la domi­nance de ce virus muté coïn­cide avec les gros pics que nous avons vus dans ce pays, vous pou­vez donc inter­pré­ter qu’il devient plus trans­mis­sible et que le pic est dû à la muta­tion. Ou vous pou­vez dire que le virus qui s’est pro­pa­gé si rapi­de­ment était le virus qui a conduit à cette muta­tion qui allait se pro­pa­ger plus rapi­de­ment de toute façon, mais vous devez gar­der à l’es­prit qu’il y a une pos­si­bi­li­té qu’ap­pa­raissent des muta­tions qui pour­raient avoir une signi­fi­ca­tion fonc­tion­nelle.

Hélène Banoun, phar­ma­cienne bio­lo­giste ancien­ne­ment char­gée de recherches à l’IN­SERM, a essayé d’ex­pli­quer par l’é­vo­lu­tion du virus la perte de viru­lence appa­rente du SARS-CoV‑2. Elle confir­mait ses obser­va­tions à la fin de l’é­té (sep­tembre 2020A83) :

Il n’est pas impos­sible que tous les coro­na­vi­rus des rhumes banals, lorsque qu’ils ont sauté de l’a­ni­mal à l’homme (ils sont tous à l’o­ri­gine res­pon­sables de zoo­noses), aient com­mencé leur course évolutive comme le SARS-CoV‑2 avec une pandémie comme pour la Covid-19. Mais à l’époque les moyens d’in­ves­ti­ga­tions en viro­lo­gie et en bio­lo­gie moléculaire n’exis­taient pas et on ne les a pas repérés.

On connaît les autres coro­na­vi­rus des rhumes comme des virus banals ; les viro­lo­gistes alle­mands Ulf Ditt­mer et Chris­tian Dros­ten pensent que le SARS-CoV‑2 pour­rait se trans­for­mer en virus de rhume banal (Ditt­mer et Dros­ten, 2020).

Cette évolution semble com­mune aux virus émergents (atténuation virale). Des muta­tions impor­tantes du point de vue évolutif sont appa­rues dans les gènes codant des protéines qui inter­agissent avec le système immu­ni­taire de l’hôte. Une des prin­ci­pales muta­tions (dans la polymérase virale) est logi­que­ment associée à une plus grande fréquence de muta­tions dans tout le génome. Cette fréquence fluc­tue au fil du temps et montre un pic au moment où l’épidémie a été la plus active. Ces deux phénomènes liés pour­raient donc expli­quer l’évolution vers un phénotype bénin du SARS-CoV‑2.

À mi-sep­tembre 2020, Lise Bar­néoud a cité de nom­breux tra­vaux sur l’im­mu­ni­té face au SARS-CoV‑2 dans son article Covid et immu­ni­té : des pistes négli­gées ?, concluant qu’on sous-esti­mait pro­ba­ble­ment la part de la popu­la­tion immu­ni­sée. Elle écri­vait notam­ment au sujet des cel­lules T (15 sep­tembre 2020A84) :

Pour les scien­ti­fiques, les lym­pho­cytes T sont les véri­tables chefs d’orchestre de notre sys­tème immu­ni­taire.

Les études qui se sont pen­chées sur ces cel­lules en trouvent qua­si sys­té­ma­ti­que­ment dans le sang des per­sonnes qui ont été conta­mi­nées par le SARS-CoV‑2 (voir notam­ment les tra­vaux menés à Stras­bourg […], en Suède […], à Ber­lin […] ou en Cali­for­nie […]). Tout comme les IgA, on en détecte éga­le­ment chez des per­sonnes expo­sées au virus mais n’ayant jamais déve­lop­pé de symp­tômes et dont la séro­lo­gie clas­sique ne révèle aucun anti­corps cir­cu­lant. Dans l’étude sué­doise, par­mi 30 per­sonnes proches de cas diag­nos­ti­qués et 55 don­neurs de sang, les deux tiers pré­sen­taient des lym­pho­cytes T dans leur sang mais pas d’anticorps IgG anti SARS-CoV‑2.

Plus frap­pant encore : on retrouve des lym­pho­cytes T qui réagissent au SARS-CoV‑2 dans des échan­tillons de sang pré­le­vés… avant 2019, donc avant la pan­dé­mie ! Dans l’étude menée en Cali­for­nie, de tels lym­pho­cytes étaient ain­si détec­tés dans la moi­tié des 20 échan­tillons de sang pré­le­vés entre 2015 et 2018. « Cela pour­rait reflé­ter l’existence, chez cer­tains indi­vi­dus, d’une immu­ni­té croi­sée pré­exis­tante », concluent les auteurs. […]

Pro­blème : mesu­rer et ana­ly­ser ces lym­pho­cytes T néces­site des tech­niques d’analyse beau­coup plus lourdes et coû­teuses que pour les anti­corps. Impos­sible pour l’heure de les tes­ter en rou­tine. […]

« Intui­ti­ve­ment, on pour­rait pen­ser que [les lym­pho­cytes T] nous pro­tègent, mais l’immunologie est l’endroit où l’intuition se meurt », dit Don­na Far­ber, micro­bio­lo­giste à l’université Colum­bia (New York). […]

Cepen­dant, cette vision tron­quée pour­rait nous four­voyer dans le déve­lop­pe­ment des vac­cins. Bon nombre de pro­jets se concentrent uni­que­ment sur les anti­corps cir­cu­lants capables de neu­tra­li­ser une seule pro­téine du virus : la fameuse Spike [spi­cule].

Elle concluait (15 sep­tembre 2020A84) :

La pan­dé­mie a révé­lé l’importance d’une réponse loca­li­sée et dif­fé­ren­ciée en fonc­tion des carac­té­ris­tiques des zones tou­chées. De même, il semble désor­mais néces­saire d’adopter un regard beau­coup plus ter­ri­to­ria­li­sé et diver­si­fié de notre corps pour appré­hen­der son immu­ni­té.

Début octobre 2020, les chiffres des conta­mi­na­tions et de hos­pi­ta­li­sa­tions, en France comme dans d’autres pays, ont sus­ci­té des com­men­taires divi­sés entre ceux qui croyaient détec­ter une « crois­sance expo­nen­tielle » de l’é­pi­dé­mie CoVID-19 et ceux qui déce­laient au contraire un flé­chis­se­ment de son inci­dence. Domi­nique Dupagne s’ap­puyait sur ces don­nées pour conclure que nous ne serions pas au seuil d’une « deuxième vague » mais plu­tôt de « répliques » de moindre ampli­tude (1er octobre 2020A80) :

La rela­tion inverse entre l’intensité des répliques et l’ampleur de la pre­mière vague sui­vant les régions confirme s’il en était besoin que l’immunité col­lec­tive est réelle. Cette immu­ni­té col­lec­tive n’est pas cor­rec­te­ment éva­luée par le taux de sujets séro­lo­gi­que­ment posi­tifs, c’est à dire por­tant des anti­corps diri­gés contre le SARS-CoV2 (immu­ni­té humo­rale). Ce n’est pas sur­pre­nant car nous savons que l’immunité dite « cel­lu­laire », impos­sible à détec­ter par des ana­lyses san­guines, joue un rôle impor­tant dans cette immu­ni­té col­lec­tive.

Les hôpi­taux vont encore vivre des semaines dif­fi­ciles dans les zones où les répliques sont les plus fortes. Ils pour­raient être tran­si­toi­re­ment satu­rés, et ce risque jus­ti­fie plei­ne­ment des mesures dras­tiques loca­li­sées comme la fer­me­ture des bars et res­tau­rants à Mar­seille. Mais glo­ba­le­ment, nous avons man­gé notre pain noir.

Faut-il pour autant relâ­cher notre vigi­lance ? Cer­tai­ne­ment pas. Cette situa­tion a été per­mise par les mesures mises en place depuis plu­sieurs mois comme l’imposition du masque à l’intérieur des bâti­ments et l’incitation forte au télé­tra­vail. Il fau­dra conti­nuer à res­pec­ter ces mesures indis­pen­sables quelques mois.

Les sta­tis­tiques ont mal­heu­reu­se­ment contre­dit cet opti­misme. Fin 2020, la deuxième vague (ou deuxième épi­dé­mie ?) est appa­rue, en France, comme plus coû­teuse que la pre­mière en vies humaines :

Source : A4

Début 2020, le dis­cours offi­ciel, en Europe et en Amé­rique du Nord, consis­tait à faire patien­ter la popu­la­tion dans l’at­tente d’une « immu­ni­té col­lec­tive » qui pour­rait acquise grâce à la vac­ci­na­tion de masse. Le pre­mier ministre fran­çais Jean Cas­tex l’an­non­çait à mi-mars « pour le 14 juillet 2021 »… Cette pers­pec­tive était illu­soire comme l’ex­po­sait un article de Nature (Asch­wan­den C, 18 mars 2020A70), cela pour cinq rai­sons :

  1. La capa­ci­té des vac­cins à empê­cher la trans­mis­sion du virus est encore incon­nue
  2. Le déploie­ment des vac­cins est inégal selon les zones géo­gra­phiques, favo­ri­sant la résur­gence de nou­veaux foyers de conta­mi­na­tion
  3. Les variants modi­fient de manière impré­vi­sible les para­mètres de la conta­gion
  4. Aucune don­née fiable n’existe sur la durée de l’im­mu­ni­té acquise par la vac­ci­na­tion ou la mala­die
  5. Les sujets vac­ci­nés, se per­ce­vant comme pro­té­gés, auront ten­dance à renon­cer aux gestes bar­rières et entrer en contact avec plus de per­sonnes

Effec­ti­ve­ment, à mi-juillet 2021, les sta­tis­tiques d’in­ci­dence en Europe affi­chaient une forte dis­pa­ri­té entre les pays que les com­men­ta­teurs pei­naient à cor­ré­ler avec les taux de vac­ci­na­tion et les pro­por­tions du (très conta­gieux) variant Del­ta :

Inci­dence du SARS-CoV‑2 en Europe à mi-juillet 2021

COVID long

Fin 2021, on esti­mait qu’en­vi­ron un patient COVID-19 sur quatre pré­sente des symp­tômes sévères per­sis­tants, une forme de la mala­die dési­gnée comme « COVID long ». Une équipe de l’U­ni­ver­si­té de Cali­for­nie (Mur­phy WJ & DL Lon­go, 24 novembre 2021A56) a émis l’hy­po­thèse que « ces symp­tômes per­sis­tants ain­si que cer­tains effets secon­daires des vac­cins seraient liés à la réponse immu­ni­taire du patient » (San­té­log, 28 novembre 2021N39) :

Lorsque le SARS-CoV‑2, le virus à l’o­ri­gine du COVID-19, pénètre dans le corps, sa pro­téine de pointe se lie au récep­teur ACE2, entrant dans la cel­lule. Le sys­tème immu­ni­taire réagit en pro­dui­sant des anti­corps pro­tec­teurs qui se lient au virus enva­his­sant, blo­quant ou neu­tra­li­sant ses effets. Ces anti­corps pro­tec­teurs peuvent éga­le­ment pro­vo­quer des réponses immu­ni­taires avec des anti­corps anti-idio­ty­piques [voir : N40]. Au fil du temps, ces réponses anti-idio­ty­piques peuvent éli­mi­ner les anti­corps pro­tec­teurs ini­tiaux et poten­tiel­le­ment entraî­ner une effi­ca­ci­té limi­tée des thé­ra­pies à base d’an­ti­corps.

Ain­si, les anti­corps anti-idio­ty­piques peuvent cibler les mêmes récep­teurs ACE2 et, en blo­quant ou en déclen­chant ces récep­teurs, peuvent affec­ter diverses fonc­tions nor­males de l’ACE2. Compte-tenu des fonc­tions cri­tiques et de la large pré­sence des récep­teurs ACE2 sur de nom­breux types de cel­lules, ces réponses immu­ni­taires régu­la­trices pour­raient être res­pon­sables de cer­tains des effets indé­si­rables ou durables signa­lés.

Ces réponses peuvent éga­le­ment expli­quer pour­quoi de tels effets à long terme peuvent se pro­duire long­temps après la dis­pa­ri­tion de l’in­fec­tion virale.

Les auteurs pré­ci­saient (Mur­phy WJ & DL Lon­go, 2021A56) :

Dans le cas de l’in­fec­tion par le SARS-CoV‑2, l’at­ten­tion se porte sur la pro­téine spike (S) et son uti­li­sa­tion cri­tique du récep­teur de l’en­zyme de conver­sion de l’an­gio­ten­sine 2 (ACE2) pour péné­trer dans la cel­lule. Étant don­né son rôle cri­tique dans la régu­la­tion des réponses à l’an­gio­ten­sine, de nom­breux effets phy­sio­lo­giques peuvent être influen­cés par l’en­ga­ge­ment de l’ACE2 […]. La pro­téine S elle-même a un effet direct sur la sup­pres­sion de la signa­li­sa­tion de l’ACE2 par divers méca­nismes et peut éga­le­ment déclen­cher direc­te­ment des récep­teurs de type toll et induire des cyto­kines inflam­ma­toires […]. Les réponses anti-idio­ty­piques peuvent affec­ter la fonc­tion de l’ACE2, entraî­nant des effets simi­laires. Cepen­dant, les éva­lua­tions pré­cli­niques et cli­niques des réponses des anti­corps aux vac­cins contre le SARS-CoV‑2 ont por­té uni­que­ment sur les réponses des Ab1 et l’ef­fi­ca­ci­té de neu­tra­li­sa­tion du virus. La déli­mi­ta­tion des réponses anti-idio­ty­piques poten­tielles pré­sente des dif­fi­cul­tés inhé­rentes en rai­son de la nature poly­clo­nale des réponses, de leur ciné­tique dyna­mique et de la pré­sence simul­ta­née d’an­ti­corps Ab1 et Ab2. En outre, l’ex­pres­sion de l’ACE2 dans les cel­lules et les tis­sus peut être variable. Les dif­fé­rentes construc­tions vac­ci­nales (ARN, ADN, adé­no­vi­rale et pro­téine) sont éga­le­ment sus­cep­tibles d’a­voir des effets dif­fé­rents sur l’in­duc­tion d’Ab2 ou dans la média­tion des effets du vac­cin, qui dif­fèrent des réponses à l’in­fec­tion. Cer­tains effets hors cible peuvent ne pas être direc­te­ment liés aux réponses Ab2. L’as­so­cia­tion d’é­vé­ne­ments throm­bo­tiques avec cer­tains vac­cins contre le SARS-CoV‑2 chez les jeunes femmes et le rôle étio­lo­gique des anti­corps anti-pla­quet­taires fac­teur 4/polyanion peuvent être un effet du vec­teur adé­no­vi­ral. Tou­te­fois, la myo­car­dite signa­lée après l’ad­mi­nis­tra­tion d’un vac­cin pré­sente des simi­li­tudes frap­pantes avec celle asso­ciée aux anti­corps anti-Ab2 induits après cer­taines infec­tions virales […]. Les anti­corps anti-Ab2 pour­raient éga­le­ment être les média­teurs des effets neu­ro­lo­giques de l’in­fec­tion par le SARS-CoV‑2 ou des vac­cins, étant don­né l’ex­pres­sion de l’ACE2 dans les tis­sus neu­ro­naux, les effets neu­ro­pa­tho­lo­giques spé­ci­fiques de l’in­fec­tion par le SARS-CoV‑2 […] et la simi­li­tude de ces effets avec les effets neu­ro­lo­giques médiés par l’Ab2 obser­vés dans d’autres modèles viraux.

Il serait donc pru­dent de carac­té­ri­ser plei­ne­ment toutes les réponses des anti­corps et des cel­lules T au virus et aux vac­cins, y com­pris les réponses Ab2 après quelque temps. […] Des recherches scien­ti­fiques fon­da­men­tales beau­coup plus pous­sées sont néces­saires pour déter­mi­ner le rôle poten­tiel que l’im­mu­no­ré­gu­la­tion des réponses à média­tion humo­rale et cel­lu­laire par les idio­types peut jouer à la fois dans l’ef­fi­ca­ci­té anti­vi­rale et dans les effets secon­daires indé­si­rables de l’in­fec­tion par le SARS-CoV‑2 et des vac­cins qui nous en pro­tègent.

(Vaccins)

➡ Les para­graphes sur les vac­cins ont été dépla­cés vers mon article CoVID-19 : vac­cins.

(Traitements)

➡ Les para­graphes sur les trai­te­ments ont été dépla­cés vers mon article CoVID-19 : trai­te­ments.

Bilans statistiques 2020, 2021 etc.

Cou­rant 2021, il est pos­sible de dres­ser un bilan des acti­vi­tés des hôpi­taux et de la sur­mor­ta­li­té attri­buée à la CoVId-19 à par­tir des sta­tis­tiques natio­nales. Pour ce qui concerne la France métro­po­li­tiane, une vidéo du sta­tis­ti­cien Pierre Chaillot (3 décembre 2021A54) fait le point sur ce qui peut être infé­ré à par­tir des don­nées. Cette vidéo a aus­si fait l’ob­jet d’un article du même auteur (Chaillot P, 6 décembre 2021A53).

➡ Lire les échanges cri­tiques dans les com­men­taires de l’ar­ticle, notam­ment ceux de « Jérôme R » et « eau-pres­sion ». Toutes ces don­nées à l’é­chelle du pays reflètent des moyennes qui masquent la dis­pa­ri­té des situa­tions selon les régions et les éta­blis­se­ments de san­té. Cer­taines réponses de Pierre Chaillot dans les fils de com­men­taires de ses articles et vidéos ne témoignent pas de la même impar­tia­li­té que ses expo­sés théo­riques…

Chaillot rap­pelle que le rap­port de l’Agence tech­nique de l’in­for­ma­tion sur l’hos­pi­ta­li­sa­tion (ATIHN41) spé­ci­fique à la ges­tion de la crise Covid-19 par les hôpi­taux a mon­tré qu’en 2020 les patients Covid-19 ont seule­ment repré­sen­té 2 % des patients pas­sés à l’hôpital, ce qui est insi­gni­fiant.

Le rap­port de l’ATIH sur les hos­pi­ta­li­sa­tions toutes causes confon­dues a mon­tré que l’hôpital fran­çais était en sous-régime pen­dant toute l’année 2020 avec 10 % de séjours en moins par rap­port aux années pré­cé­dentes. […] même au plus fort des crises, le nombre de patients Covid-19 n’a repré­sen­té au maxi­mum que 3,7 % d’une acti­vi­té nor­male. […]

Ain­si, l’hôpital fran­çais n’a jamais débor­dé en 2020, il a même fonc­tion­né en sous-régime et donc aban­don­né de nom­breux patients du fait des dif­fé­rentes mesures mises en place. La Covid-19 n’a pas eu d’impact visible sur les hos­pi­ta­li­sa­tions, ni sur l’ensemble de l’année, ni pen­dant les crises. Seules les déci­sions poli­tiques ont été res­pon­sables de sa désor­ga­ni­sa­tion. Les défen­seurs infa­ti­gables du gou­ver­ne­ment ou de la théo­rie de la pan­dé­mie mor­telle opposent tou­jours deux argu­ments à ces chiffres, pour­tant dif­fi­ci­le­ment contes­tables :

• Ils affirment que la sta­tis­tique du nombre de patients admis pour Covid-19 ne repré­sente pas bien les ten­sions extrêmes qu’a connu l’hôpital (de façon incon­tes­table puisque vues à la télé) et qu’il faut explo­rer les autres, notam­ment les jours d’hospitalisations.
• Ils affirment que les ser­vices de soins cri­tiques et de réani­ma­tions sont les vrais révé­la­teurs de la pan­dé­mie, (mon­trant son carac­tère extrê­me­ment dan­ge­reux) et qu’ils étaient com­plè­te­ment satu­rés.

Dans cette vidéo, nous [mon­trons] qu’il n’y a abso­lu­ment eu aucune satu­ra­tion nulle part et quel que soit l’indicateur rete­nu. Aucun argu­ment logique ou ration­nel ne per­met de défendre l’histoire racon­tée sur l’hôpital fran­çais depuis 18 mois.

Sources : ATIH et Pierre Chaillot, 3 décembre 2021A54

Un exemple d’in­ter­pré­ta­tion incor­recte révé­lée par les sta­tis­tiques est expo­sé sur la vidéo (Chaillot P, 3 décembre 2021A54 à 17 mn) : pen­dant la pre­mière vague de CoVID-19, du 18 mars au 18 avril 2021 en France, on a affi­ché dans les hôpi­taux et cli­niques pri­vées une sur­mor­ta­li­té due à la CoVID supé­rieure à la sur­mor­ta­li­té géné­rale dans ces éta­blis­se­ments. La dif­fé­rence s’ex­plique par une « sous-mor­ta­li­té » hors de la CoVID. Il s’en­suit qu’en­vi­ron 7000 décès dans les hôpi­taux et cli­niques ont pu être incor­rec­te­ment attri­bués à la CoVID dans cette période.

Une autre expli­ca­tion cou­ram­ment répan­due — par des fact che­ckers en culottes courtes — est que la sous-mor­ta­li­té pour d’autres causes que la CoVID-19 (y com­pris hors-hôpi­tal) serait un effet du confi­ne­ment : moins d’ac­ci­dents de la cir­cu­la­tion, moins d’ac­ci­dents spor­tifs etc. Or le nombre men­suel d’ac­ci­dents de la route mor­tels est d’en­vi­ron 270, plus 30 pour les acci­dents spor­tifs, ce qui donne au total une infime frac­tion des 7000 décès…

De plus, ce type d’ac­ci­dent touche en prio­ri­té les per­sonnes jeunes, alors que la mor­ta­li­té pen­dant cette période était prin­ci­pa­le­ment celle de per­sonnes âgées. Toute per­sonne décé­dée d’une mala­die res­pi­ra­toire était en fait sus­cep­tible de comp­ter par­mi les « morts CoVID » en rai­son de la dif­fi­cul­té à carac­té­ri­ser cette patho­lo­gie avant la dis­po­ni­bi­li­té de tests PCR.

Dans les hôpi­taux fran­çais, le sys­tème de tari­fi­ca­tion à l’ac­ti­vi­té (T2AN42) per­met une fac­tu­ra­tion net­te­ment plus éle­vée des soins appor­tés à une per­sonne atteinte de CoVID. Or de nom­breuses per­sonnes âgées hos­pi­ta­li­sées pour une mala­die res­pi­ra­toire condui­sant à leur décès n’ont pas reçu de test PCR et ont été caté­go­ri­sées « CoVID » sur la seule base d’une simple radio pul­mo­naire.

D’autre part, un nou­veau règle­ment a per­mis de requa­li­fier en réani­ma­tion une grande pro­por­tion des lits de soins conti­nus (ibid. à 6 mn 17), ce qui abou­tit à une sur­éva­lua­tion des soins de réani­ma­tion au béné­fice d’une plus forte dra­ma­ti­sa­tion de l’é­pi­dé­mie et… [selon P Chaillot] d’une aug­men­ta­tion de la tari­fi­ca­tion (ibid. à 17 mn 30). L’in­di­ca­teur des taux d’oc­cu­pa­tion des lits de réani­ma­tion est lui-même bien plus dif­fi­cile à connec­ter avec la réa­li­té du ter­rain (Mathiot C & F Gou­thière, 30 octobre 2020A78) :

Ajou­tons, pour com­pli­quer encore les choses, que l’af­fec­ta­tion d’un même patient en réani­ma­tion ou en sur­veillance conti­nue pour­ra aus­si être dif­fé­rente selon le niveau de ten­sion hos­pi­ta­lière de l’é­ta­blis­se­ment. Le pro­fes­seur Jean-Michel Constan­tin, anes­thé­siste-réani­ma­teur à l’hô­pi­tal de la Pitié-Sal­pê­trière (AP-HP) et secré­taire géné­ral adjoint de la Socié­té fran­çaise d’anes­thé­sie et de réani­ma­tion (Sfar) explique ain­si : « Dans notre hôpi­tal, quand il n’y avait pas de ten­sion hos­pi­ta­lière, les patients Covid+ en état cri­tique étaient admis direc­te­ment en ser­vice de réani­ma­tion, et pas en uni­tés SI [soins inten­sifs] ou SC [sur­veillance conti­nue]. Cela per­met­tait de les iso­ler faci­le­ment et d’a­voir un meilleur sui­vi. »

La « tiers-mon­di­sa­tion » des ser­vices hos­pi­ta­liers et la ten­sion de ces ser­vices (récur­rente déjà avant 2020) pen­dant les pics épi­dé­miques seraient donc prin­ci­pa­le­ment les signes d’une pénu­rie de per­son­nel qua­li­fié, plus que d’un « manque de lits ». La ten­sion était tou­te­fois réelle dans les régions qui ont connu des pics plus intenses (Grand Est et Île-de-France). For­te­ment média­ti­sés, les trans­ferts de patients vers d’autres régions ou des pays limi­trophes reflé­taient bien la dis­pa­ri­té des condi­tions de la réponse à cette épi­dé­mie, même si celle-ci s’ef­face dans le lis­sage de sta­tis­tiques natio­nales. Selon un rap­port de la Cour des comptes en France (22 sep­tembre 2021A60) :

La pan­dé­mie de Covid-19 a eu la par­ti­cu­la­ri­té d’augmenter la pres­sion sur les ser­vices hos­pi­ta­liers de soins cri­tiques — ser­vices visant à pré­ve­nir, diag­nos­ti­quer et trai­ter toutes les formes de défaillances d’organes vitaux chez des patients en situa­tion cri­tique dont le pro­nos­tic est grave mais poten­tiel­le­ment favo­rable — et a accru leur visi­bi­li­té. La crise sani­taire a ain­si eu une fonc­tion de révé­la­teur des dif­fi­cul­tés struc­tu­relles des ser­vices de soins cri­tiques.

Source : Pierre Chaillot (2023A36)

Le taux médian de léta­li­té suite à une infec­tion par CoVID (infec­tion fata­li­ty rate) avant vac­ci­na­tion stra­ti­fié par âges a été éva­lué par JPA Ioan­ni­dis et col­lègues sur une qua­ran­taine de pays (13 octobre 2022A40) :

Sur l’en­semble des 31 études de séro­pré­va­lence natio­nales sys­té­ma­ti­que­ment iden­ti­fiées dans la période pré­cé­dant la vac­ci­na­tion, le taux médian de léta­li­té de l’in­fec­tion par le COVID-19 a été esti­mé à 0,035 % pour les per­sonnes âgées de 0 à 59 ans et à 0,095 % pour celles âgées de 0 à 69 ans.

Il est ins­truc­tif de vision­ner l’ex­po­sé de Pierre Chaillot (5 mars 2023A32) répon­dant aux « fact che­ckers » de Conspi­ra­cy Watch qui ont tout essayé pour dis­cré­di­ter son ouvrage (18 jan­vier 2023A36) — sauf d’en exa­mi­ner et cri­ti­quer le conte­nu !

Confinements : le bilan ?

Dres­ser l’his­to­rique des argu­ments pour/contre les confi­ne­ments asso­ciés à la CoVID-19, ain­si que des contro­verses qu’ils ont nour­ries dans le monde poli­tique, les médias et les réseaux sociaux, serait pré­ma­tu­rés et bien au-delà des pré­oc­cu­pa­tions de ce site. Des ouvrages seront publiés et la dis­cus­sion conti­nue­ra, nour­rie par des sta­tis­tiques et des don­nées his­to­riques qu’on espère plus pré­cises.

À noter par exemple l’ar­ticle — très docu­men­té — de Michaé­la C. Schip­pers et col­lègues (25 août 2022A43) tra­duit en fran­çais sous le titre Confi­ne­ments, inéga­li­tés et psy­cho­lo­gie des foules pen­dant la crise du Covid-19 (25 octobre 2022N43) :

[…] il est deve­nu de plus en plus clair que les stra­té­gies les plus agres­sives (confi­ne­ments et fer­me­tures) pou­vaient impli­quer des effets secon­daires néga­tifs tels qu’une forte aug­men­ta­tion de la pau­vre­té, de la faim et des inéga­li­tés. Plu­sieurs réper­cus­sions éco­no­miques, édu­ca­tives et sani­taires ont tou­ché de manière dis­pro­por­tion­née les enfants, les étu­diants, les jeunes tra­vailleurs et sur­tout les groupes pré­sen­tant des inéga­li­tés pré­exis­tantes comme les familles à faible reve­nu, les mino­ri­tés eth­niques et les femmes. Cela a conduit à un cercle vicieux d’inégalités crois­santes et de pro­blèmes de san­té.

Une étude déran­geante pour les avo­cats des confi­ne­ments a été publiée par l’é­quipe d’E­ric Fel­tham et col­lègues (31 juillet 2023A25) pour éva­luer l’in­ci­dence sur la pro­pa­ga­tion du virus de plus de 700 ras­sem­ble­ments liés à des évé­ne­ments poli­tiques aux USA en 2020 et 2021 : les élec­tions pri­maires amé­ri­caines, l’é­lec­tion spé­ciale du Sénat amé­ri­cain en Géor­gie, les élec­tions gou­ver­na­to­riales dans le New Jer­sey et en Vir­gi­nie, les ras­sem­ble­ments poli­tiques de Donald Trump et les mani­fes­ta­tions de Black Lives Mat­ter. Leur conclu­sion :

En résu­mé, il n’existe aucune preuve sta­tis­tique d’une aug­men­ta­tion signi­fi­ca­tive du nombre de décès, de cas ou de la trans­mis­si­bi­li­té de COVID-19 au niveau local après des ras­sem­ble­ments de masse à des fins d’ex­pres­sion poli­tique au cours des deux pre­mières années de la pan­dé­mie aux États-Unis. Cela peut être lié à la manière spé­ci­fique dont ces acti­vi­tés sont géné­ra­le­ment menées.

Un point qui peut être abor­dé ici, dans la pro­lon­ga­tion des consi­dé­ra­tions sur l’im­mu­ni­té acquise, est l’in­ci­dence accrue de cer­taines mala­dies infec­tieuses suite à ces confi­ne­ments.

Le cas des hépa­tites sévères, dont cer­taines ont néces­si­té des trans­plan­ta­tions du foie, a été dis­cu­té dans une vidéo de l’in­fir­mier John Camp­bell (26 juillet 2002A44). Michael Eades résume ain­si (The Arrow #83) :

L’hy­po­thèse est que les enfer­me­ments et la sépa­ra­tion phy­sique des enfants des autres enfants ont gra­ve­ment entra­vé la pro­pa­ga­tion nor­male des infec­tions virales entre eux. Comme le savent tous ceux qui ont des enfants, les enfants se trans­mettent des virus les uns aux autres en per­ma­nence. Lorsque les jeunes com­mencent l’é­cole mater­nelle ou la crèche, ils semblent être tout le temps malades. Leur sys­tème immu­ni­taire est en train de se déve­lop­per. Et une dose quan­ti­té d’ex­po­si­tion est essen­tielle à ce déve­lop­pe­ment. […]

Dans le cas des confi­ne­ments, les enfants qui ont été sépa­rés des autres enfants n’ont pas eu l’oc­ca­sion de construire leur sys­tème immu­ni­taire. Lors­qu’ils ont été sou­dai­ne­ment jetés de nou­veau dans un grand groupe d’en­fants lors­qu’ils ont enfin pu retour­ner à l’é­cole, ils étaient immu­no­lo­gi­que­ment naïfs. Et enclins à attra­per tout ce qui se pré­sen­tait.

Ceux qui avaient la bonne (ou la mau­vaise) géné­tique et qui ont fini par attra­per deux virus dif­fé­rents en même temps se sont retrou­vés avec cette étrange hépa­tite grave. Avec toutes les consé­quences qui ont sui­vi.

Camp­bell appuie son pro­pos sur l’é­tude d’An­to­nia Ho et col­lègues (19 juillet 2022A45) qui pré­cisent :

Le récent regrou­pe­ment de cas peut être dû en par­tie à des chan­ge­ments dans le sché­ma d’ex­po­si­tion à l’HAdV, à l’AAV2 et à l’HHV6B suite à la pan­dé­mie de COVID-19. Les HAdV fécaux suivent géné­ra­le­ment des ten­dances sai­son­nières avec des taux de détec­tion maxi­maux dans les groupes d’âge plus jeunes. Cepen­dant, la cir­cu­la­tion des virus res­pi­ra­toires a été inter­rom­pue en 2020 par la mise en œuvre d’in­ter­ven­tions non phar­ma­ceu­tiques, notam­ment l’é­loi­gne­ment phy­sique et les res­tric­tions de voyage, ins­ti­tuées pour atté­nuer la trans­mis­sion du SRAS-CoV‑2. Ces mesures ont pu créer un bas­sin de jeunes enfants sen­sibles, ce qui a entraî­né des taux beau­coup plus éle­vés de cir­cu­la­tion du HAdV et poten­tiel­le­ment de l’AAV2 dans cette popu­la­tion d’en­fants naïfs lorsque les res­tric­tions de COVID-19 ont été assou­plies.

Pillage de données personnelles

Une faille de sécu­ri­té infor­ma­tique a été signa­lée en France, fin août 2021, ren­dant acces­sibles […] plu­sieurs dizaines de mil­liers de résul­tats de tests [anti­gé­niques] avec les nom, pré­nom, genre, date de nais­sance, numé­ro de Sécu­ri­té sociale, adresse mail, numé­ro de télé­phone, adresse pos­tale du patient (Hour­deaux J, 31 août 2021A61).

Ce grave inci­dent mérite d’être signa­lé parce qu’une telle col­lec­tion de don­nées ouvre la porte à toutes sortes d’ar­naques infor­ma­tiques, entre autres l’u­sur­pa­tion d’i­den­ti­té extrê­me­ment dif­fi­cile à contrer et à cor­ri­ger. Sachant que ce trans­fert de don­nées avait lieu par l’in­ter­mé­diaire d’un site Word­Press (!) dont les réper­toires n’é­taient pas pro­té­gés (!!), cer­tains conte­nant (en clair) une sau­ve­garde de 700 000 entrées et des codes d’ac­cès à la base (!!!), ces don­nées ont bien évi­dem­ment été col­lec­tées par les bots qui sans relâche exploitent les failles de sécu­ri­té infor­ma­tique pour mois­son­ner des infor­ma­tions reven­dues à des orga­ni­sa­tions mal­veillantes (ou à des entre­prises). Je peux confir­mer que des mil­liers de ten­ta­tives d’at­taque ont lieu quo­ti­dien­ne­ment sur n’im­porte quel sys­tème d’in­for­ma­tion — entre autres les CMS comme Word­Press.

La fuite se pro­dui­sait sur une pla­te­forme uti­li­sée par les phar­ma­ciens pour trans­mettre les don­nées des tests anti­gé­niques vers le fichier SI-DEP qui cen­tra­lise les don­nées de ces tests. L’en­quête a révé­lé que cette pla­te­forme offrait ses ser­vices (aux phar­ma­ciens) sans que son dos­sier d’ha­bi­li­ta­tion ait été vali­dé… Sans aucun risque de sanc­tion (Hour­deaux J, 31 août 2021A61) :

La start-up joue en réa­li­té sur une ambi­guï­té tech­nique et une faille, juri­dique cette fois, lui per­met­tant de contour­ner l’obligation d’habilitation. Tout d’abord, pour se connec­ter au SI-DEP, elle uti­lise les iden­ti­fiants pro­fes­sion­nels de ses clients. Ain­si, pour le SI-DEP, ce sont les phar­ma­ciens, et non un sous-trai­tant, qui se connectent à son appli­ca­tion. Celle-ci ne semble pas capable de repé­rer que, en fait, ces don­nées arrivent depuis les ser­veurs de Fran­ce­test. Ensuite, sur le plan juri­dique, si le minis­tère de la san­té a bien mis en place une pro­cé­dure d’habilitation, le décret du 12 mai 2020 régis­sant le SI-DEP ne pré­voit aucune sanc­tion en cas de non-res­pect de celle-ci.

Les détails signa­lés par l’ar­ticle de Media­part (et dans les com­men­taires) donnent une idée du niveau d’in­com­pé­tence des per­sonnes char­gées, en France, de la ges­tion de cette crise sani­taire. J’ai déjà signa­lé — plus haut dans la sec­tion Sta­tis­tiques fiables ? — l’im­pos­si­bi­li­té de croi­ser les don­nées des bases SI-DEP et VAC-SI pour avoir une idée de l’ef­fi­ca­ci­té de la vac­ci­na­tion en termes de trans­mis­sion du virus.

Origine ?

➡ Lorsque j’ai com­men­cé à rédi­ger ce cha­pitre, en 2020, la thèse du virus SARS-CoV‑2 échap­pé acci­den­tel­le­ment d’un labo­ra­toire de recherche était una­ni­me­ment qua­li­fiée de « théo­rie de conspi­ra­tion ». Mais le « consen­sus » a évo­lué depuis…

Il existe une abon­dante lit­té­ra­ture sur la contro­verse au sujet de l’o­ri­gine (humaine, acci­den­telle ou natu­relle) du virus SARS-CoV‑2, entre autres les affir­ma­tions d’un ancien direc­teur du MI‑6 au Royaume-Uni (7 juin 2020A97). Des articles détaillés sur l’hy­po­thèse d’une « fuite de labo­ra­toire » ont été publié par Nichol­son Baker dans le New York Maga­zine (4 jan­vier 2021A75) puis par le jour­na­liste Nicho­las Wade dans le Bul­le­tin of the Ato­mic Scien­tists (5 mai 2021A67).

L’ar­ticle Ori­gin and cross-spe­cies trans­mis­sion of bat coro­na­vi­ruses in Chi­na (Latinne A et al., 25 August 2020A89) cosi­gné par Peter Das­zak, le direc­teur d’Eco­Health Alliance, a ten­té de désa­mor­cer les « rumeurs » de fuite de labo­ra­toire en décla­rant que le virus était d’o­ri­gine ani­male. Cet article a été rétrac­té le 19 décembre 2024, après que l’ad­mi­nis­tra­tion Biden ait Das­zak ait déci­dé d’interdire le finan­ce­ment d’Eco­Health Alliance et que les Répu­bli­cains exigent que Das­zak fasse l’ob­jet d’une enquête cri­mi­nelle.

Auteur connu pour un ouvrage sur l’o­ri­gine géné­tique des races humaines décrié par la com­mu­nau­té scien­ti­fique (Bal­ter M, 2014N44), Wade écrit :

Contrai­re­ment aux jour­na­listes poli­tiques, les jour­na­listes scien­ti­fiques sont peu enclins au scep­ti­cisme quant aux moti­va­tions de leurs sources ; la plu­part d’entre eux consi­dèrent que leur rôle consiste essen­tiel­le­ment à trans­mettre la sagesse des scien­ti­fiques aux masses igno­rantes. […]

Une autre rai­son, peut-être, est la migra­tion d’une grande par­tie des médias vers la gauche du spectre poli­tique. Parce que le pré­sident Trump a dit que le virus s’é­tait échap­pé d’un labo­ra­toire de Wuhan, les rédac­teurs en chef ont accor­dé peu de cré­dit à cette idée. Ils ont rejoint les viro­lo­gistes en consi­dé­rant l’é­va­sion du labo­ra­toire comme une théo­rie de conspi­ra­tion à reje­ter. Sous l’ad­mi­nis­tra­tion Trump, ils n’ont eu aucun mal à reje­ter la posi­tion des ser­vices de ren­sei­gne­ment selon laquelle l’é­va­sion de labo­ra­toire ne pou­vait être exclue. Mais lors­qu’A­vril Haines, la direc­trice du ren­sei­gne­ment natio­nal du pré­sident Biden, a dit la même chose, elle a elle aus­si été lar­ge­ment igno­rée. Il ne s’a­git pas de dire que les rédac­teurs auraient dû approu­ver le scé­na­rio de l’é­va­sion du labo­ra­toire, mais sim­ple­ment qu’ils auraient dû explo­rer cette pos­si­bi­li­té de manière com­plète et équi­table.

Le site Inde­pendent Science NewsN45 parle du dan­ger de déve­lop­pe­ment d’armes bio­lo­giques, aus­si bien aux USA qu’en Chine, sous le cou­vert de recherches en « bio­dé­fense ». Sam Hus­sei­ni écrit dans son article Ce virus pro­vient-il d’un labo­ra­toire ? Peut-être pas — mais il expose la menace de la course aux armes bio­lo­giques (24 avril 2020A126) :

La « bio­dé­fense » implique une guerre bio­lo­gique tacite consis­tant à pro­duire des agents patho­gènes plus dan­ge­reux dans le but allé­gué de trou­ver un moyen de les com­battre. Bien que ce tra­vail semble avoir réus­si à créer des agents mor­tels et infec­tieux, y com­pris des souches de grippe mor­telles, une telle recherche de « défense » s’a­vère impuis­sante à nous défendre contre cette pan­dé­mie. […]

Pen­dant des années, de nom­breux scien­ti­fiques ont sou­le­vé des objec­tions aux tra­vaux de labo­ra­toire sur les armes bio­lo­giques et la bio­dé­fense, par­ti­cu­liè­re­ment du fait que d’é­normes aug­men­ta­tions de finan­ce­ment ont eu lieu depuis le 11 Sep­tembre. C’é­tait par­ti­cu­liè­re­ment vrai après les attaques à l’an­thrax par cour­rier qui ont tué cinq per­sonnes dans les semaines après le 11 Sep­tembre, que le FBI a fina­le­ment impu­tées à un cher­cheur en bio­dé­fense du gou­ver­ne­ment amé­ri­cain. Une étude de 2013 a révé­lé que le finan­ce­ment de la bio­dé­fense depuis 2001 avait tota­li­sé au moins 78 mil­liards de dol­lars, et cer­tai­ne­ment plus a été dépen­sé depuis lors. Cela a conduit à une pro­li­fé­ra­tion de labo­ra­toires, de scien­ti­fiques et de nou­veaux orga­nismes, déclen­chant effec­ti­ve­ment une course aux armes bio­lo­giques.

À la suite de l’é­pi­dé­mie d’E­bo­la en Afrique de l’Ouest en 2014, le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain a sus­pen­du le finan­ce­ment de ce qu’on appelle la recherche sur le « gain de fonc­tion » [GoF] de cer­tains orga­nismes. Ce tra­vail vise en fait à rendre les agents patho­gènes mor­tels encore plus mor­tels, et dans cer­tains cas per­mettre la dif­fu­sion dans l’air d’a­gents patho­gènes qui ne le pou­vaient pas aupa­ra­vant. Avec peu d’in­for­ma­tions en dehors du domaine, la sus­pen­sion de ces recherches a été levée fin 2017 [N46].

Pen­dant cette pause, des excep­tions de finan­ce­ment ont été faites pour de dan­ge­reux tra­vaux de labo­ra­toire sur le gain de fonc­tion. Cela com­pre­nait des tra­vaux réa­li­sés conjoin­te­ment par des scien­ti­fiques amé­ri­cains de l’U­ni­ver­si­té de Caro­line du Nord, de Har­vard et du Wuhan Ins­ti­tute of Viro­lo­gy. Ce tra­vail — qui avait un finan­ce­ment de l’U­SAID et Eco­Health Alliance non recon­nu à l’o­ri­gine — a été publié en 2015 dans Nature Medi­cine [Mena­che­ry VD et al., 2015A147].

Une autre sus­pen­sion du finan­ce­ment amé­ri­cain du labo­ra­toire de Wuhan (WIV) a eu lieu en 2018 dans des cir­cons­tances rap­pe­lées par Leo­nid Schnei­der (9 juin 2021A65) :

Le finan­ce­ment de l’Al­liance Eco­Health de [Peter] Das­zak à WIV a été tem­po­rai­re­ment sus­pen­du en 2018 pré­ci­sé­ment en rai­son de la crainte d’une fuite invo­lon­taire de patho­gènes, mais par la suite toutes les socié­tés scien­ti­fiques des États-Unis et 77 lau­réats du prix Nobel ont pro­tes­té [Gor­man J, 21 mai 2020A108] et l’argent a recom­men­cé à cou­ler.

Voir aus­si l’ar­ticle d’Ak­sel Frid­strøm (10 sep­tembre 2020A86). Le résu­mé de l’ar­ticle de Mena­che­ry VD et al. — publié en 2015A147 — est d’une actua­li­té stu­pé­fiante pour ceux qui prennent le monde de la recherche en viro­lo­gie pour celui des bisou­nours :

L’é­mer­gence du coro­na­vi­rus du syn­drome res­pi­ra­toire aigu sévère (SARS-CoV) et du syn­drome res­pi­ra­toire du Moyen-Orient (MERS)-CoV sou­ligne la menace d’é­vé­ne­ments de trans­mis­sion inter-espèces condui­sant à des épi­dé­mies chez l’homme. Nous exa­mi­nons ici le poten­tiel de mala­die d’un virus de type SRAS, SHC014-CoV, qui cir­cule actuel­le­ment dans les popu­la­tions de chauves-sou­ris chi­noises fer à che­val [N47].

En uti­li­sant le sys­tème de géné­tique inverse SARS-CoV [N48], nous avons géné­ré et carac­té­ri­sé un virus chi­mé­rique expri­mant la pointe du coro­na­vi­rus de chauve-sou­ris SHC014 dans un sque­lette SARS-CoV adap­té à la sou­ris. Les résul­tats indiquent que les virus du groupe 2b codant pour la pointe SHC014 dans une série [back­bone] sau­vage peuvent uti­li­ser effi­ca­ce­ment plu­sieurs ortho­logues [N49] de l’en­zyme de conver­sion de l’an­gio­ten­sine humaine II (ACE2N50), se répli­quer effi­ca­ce­ment dans les cel­lules des voies res­pi­ra­toires humaines pri­maires et atteindre des concen­tra­tions in vitro équi­va­lentes à des souches épi­dé­miques de SARS-CoV. De plus, des expé­riences in vivo démontrent la répli­ca­tion du virus chi­mé­rique dans le pou­mon de sou­ris avec une patho­ge­nèse notable. L’é­va­lua­tion des moda­li­tés immu­no­thé­ra­peu­tiques et pro­phy­lac­tiques basées sur le SRAS a révé­lé une faible effi­ca­ci­té ; les approches à base d’an­ti­corps mono­clo­naux et de vac­cins n’ont pas réus­si à neu­tra­li­ser et à pro­té­ger contre l’in­fec­tion par les CoV en uti­li­sant la nou­velle pro­téine de pointeN51.

Sur la base de ces résul­tats, nous avons déri­vé syn­thé­ti­que­ment un virus recom­bi­nant infec­tieux SHC014 de pleine lon­gueur et démon­trons une répli­ca­tion virale robuste à la fois in vitro et in vivo. Nos tra­vaux sug­gèrent un risque poten­tiel de réémer­gence du SARS-CoV à par­tir de virus cir­cu­lant actuel­le­ment dans les popu­la­tions de chauves-sou­ris.

La thèse de Sam Hus­sei­ni — et d’autres auteurs promp­te­ment qua­li­fiés de « mar­gi­naux » — se résume en 6 points :

  1. Des orga­nismes de recherche gou­ver­ne­men­taux de type P4 (très haute sécu­ri­té) pro­cèdent à des expé­riences sur des virus visant à leur faire acqué­rir des avan­tages sélec­tifs en termes de conta­gio­si­té et de léta­li­té, pudi­que­ment appe­lés « gain de fonc­tion » (gain-of-func­tion).
  2. Offi­ciel­le­ment, ces tra­vaux sont menés dans le but de déve­lop­per des stra­té­gies de « bio­dé­fense » et des trai­te­ments face à toute mala­die cau­sée par un virus du même type — voir les recom­man­da­tions d’un groupe de tra­vail du Natio­nal Science Advi­so­ry Board for Bio­se­cu­ri­ty aux USA en 2016N52. C’est pour­quoi leurs souches sont issues d’es­pèces ani­males connues pour la conta­mi­na­tion d’hu­mains pou­vant déclen­cher des épi­dé­mies (zoo­nosesN53).
  3. Des pro­blèmes de sécu­ri­té ont été signa­lés dans les centres de recherche. Des acci­dents ont déjà eu lieu, ain­si que des mal­ver­sa­tions qui pou­vaient mener à une catas­trophe sani­taire, comme les attaques à l’an­thrax aux USA en 2001. Ces attaques ont sus­ci­té une panique dans le per­son­nel poli­tique, nour­ris­sant la pro­pa­gande pour une « guerre contre le ter­ro­risme » qui a conduit aux inter­ven­tions en Afgha­nis­tan et en Irak.
  4. La dérive vers la fabri­ca­tion d’armes bio­lo­giques est pos­sible, si ce n’est inévi­table dans cer­tains pays sou­mis à des régimes auto­ri­taires. Cette ques­tion a été posée en 2004 par le SGDSN (Secré­ta­riat géné­ral à la Défense et à la Sécu­ri­té natio­nale) lors de la mise en place à Wuhan d’un labo­ra­toire P4 en col­la­bo­ra­tion avec le P4 Jean Mérieux-Inserm de Lyon Bron.
  5. La coopé­ra­tion fran­co-chi­noise n’a jamais démar­ré : en 2017, cin­quante cher­cheurs fran­çais devaient y tra­vailler en rési­dence pour amé­lio­rer le niveau de bio­sé­cu­ri­té, mais ce pro­jet n’a pas été exé­cu­té. En jan­vier 2018, des membres de l’ambassade amé­ri­caine visitent les locaux du P4 de Wuhan et alertent Washing­ton de l’insuffisance des mesures de sécu­ri­té prises dans un lieu où l’on étu­die les coro­na­vi­rus issus de chauves-sou­ris (17 avril 2020A129). En 2019, la mise en place d’un bou­clier sani­taire pour la pro­tec­tion de la pro­vince du Yun­nan incluant les Ins­ti­tuts Pas­teur France et des antennes de la fon­da­tion Mérieux au Laos, Cam­bodge et Ban­gla­desh échouait pareille­ment.
  6. La pos­si­bi­li­té de l’o­ri­gine acci­den­telle du SARS-CoV‑2 du labo­ra­toire P4 de Wuhan est donc légi­ti­me­ment évo­quée. Avec trois hypo­thèses : celle d’une simple (mais très pro­blé­ma­tique) faille de sécu­ri­té, celle de la dis­sé­mi­na­tion acci­den­telle d’un pro­duit des­ti­né à des armes bio­lo­giques, ou celle de la dis­sé­mi­na­tion inten­tion­nelle. Seule la troi­sième peut être qua­li­fié de « théo­rie de com­plot ».

La pre­mière hypo­thèse (acci­dent) est à elle seule lourde de consé­quences sur le plan poli­tique. Elle dérange notam­ment ceux qui essaient de contre­car­rer les affir­ma­tions de Donald Trump accu­sant la Chine de n’a­voir rien fait pour évi­ter la pan­dé­mie. Des per­sonnes qua­li­fiées se sont donc mobi­li­sées afin de prou­ver que le SARS-CoV‑2 n’a­vait pas été « tra­fi­qué » dans un labo­ra­toire et qu’il pro­ve­nait direc­te­ment d’une lignée ani­male.

Ce dilemne est décrit par Rowan Jacob­sen (9 sep­tembre 2020A87) comme un « abso­lu­tisme mal­sain ». Il décrit dans un article le long par­cours d’A­li­na Chan, cher­cheuse en bio­lo­gie molé­cu­laire au Broad Ins­ti­tute du MIT et de Har­vard qui a mené une enquête sur l’é­ven­tua­li­té d’une ori­gine acci­den­telle du SARS-Cov‑2 après avoir consta­té que ce virus était déjà adap­té aux humains en début de l’é­pi­dé­mie — voir sa pré­pu­bli­ca­tion du 2 mai 2020A123. Jacob­sen ajoute (9 sep­tembre 2020A87) :

Nier la pos­si­bi­li­té d’un inci­dent catas­tro­phique comme celui-ci pour­rait donc être consi­dé­ré comme une forme de pré­ser­va­tion de car­rière. Richard Ebright, micro­bio­lo­giste de Rut­gers et autre membre fon­da­teur du Cam­bridge Wor­king Group [N54] m’a dit : « Pour le sous-ensemble sub­stan­tiel de viro­logues qui effec­tuent des recherches sur le gain de fonc­tion, évi­ter des coupes de finan­ce­ment de la recherche, évi­ter la mise en œuvre de normes de bio­sé­cu­ri­té appro­priées et la mise en œuvre d’une super­vi­sion appro­priée de la recherche sont de puis­sants fac­teurs de moti­va­tion ». Anto­nio Rega­la­do, édi­teur en bio­mé­de­cine du MIT Tech­no­lo­gy Review, l’a expri­mé plus fran­che­ment : « S’il s’a­vé­rait que la CoVID-19 pro­ve­nait d’un labo­ra­toire », a‑t-il twee­té, « cela bri­se­rait l’é­di­fice scien­ti­fique de haut en bas. »

Sam Hus­sei­ni a répon­du à ces ten­ta­tives de désa­mor­çage de sus­pi­cions qui pou­vaient pro­duire l’ef­fet d’une bombe… Il cite la lettre aux édi­teurs de Nature Medi­cine signée par Ander­sen KG et quatre col­lègues (17 mars 2020A141) affir­mant :

Il est peu pro­bable que le SARS-CoV‑2 soit appa­ru par mani­pu­la­tion en labo­ra­toire d’un coro­na­vi­rus appa­ren­té au SARS-CoV. Comme indi­qué ci-des­sus, le RBD (Recep­tor Bin­ding Domain) du SARS-CoV‑2 est opti­mi­sé pour se lier à l’ACE2 humain avec une solu­tion effi­cace dif­fé­rente de celles pré­dites pré­cé­dem­ment […]. De plus, si une mani­pu­la­tion géné­tique avait été effec­tuée, l’un des nom­breux sys­tèmes de géné­tique inverse dis­po­nibles pour les béta­co­ro­na­vi­rus aurait pro­ba­ble­ment été uti­li­sé […]. Cepen­dant, les don­nées géné­tiques montrent irré­fu­ta­ble­ment que le SARS-CoV‑2 n’est déri­vé d’au­cune série [back­bone] de virus pré­cé­dem­ment uti­li­sée […].

Cet argu­ment a été dif­fu­sé très lar­ge­ment comme preuve irré­fu­table que le virus ne pou­vait pas être issu d’un labo­ra­toire. Il est le plus sou­vent énon­cé sur un bruit de fond qui mélange les conspi­ra­tion­nistes (hypo­thèse 3) avec ceux qui évoquent la fabri­ca­tion d’armes bio­lo­giques (hypo­thèse 2) et même ceux qui se contentent de la pos­si­bi­li­té d’une erreur humaine (hypo­thèse 1). Hus­sei­ni remarque (24 avril 2020A126) :

Bien que les scien­ti­fiques affirment qu’il n’y a pas de « signa­ture » de labo­ra­toire connue dans l’ARN du SARS-Cov‑2, leur argu­ment ne tient pas compte d’autres méthodes de labo­ra­toire qui auraient pu créer des muta­tions de coro­na­vi­rus sans lais­ser une telle signa­ture.

Le cher­cheur en bio­chi­mie Richard Ebright, de l’U­ni­ver­si­té de Rut­gers aux USA, répon­dait dans un mes­sage à Meryl Nass, lan­ceuse d’a­lerte sur les déve­lop­pe­ments d’armes bio­lo­giques (24 avril 2020A126) :

La séquence du génome du SARS-CoV‑2 n’a aucune signa­ture de mani­pu­la­tion humaine.

Cela exclut les types de recherche sur le gain de fonc­tion (GoF) qui laissent des signa­tures de mani­pu­la­tion humaine dans les séquences du génome (par exemple, l’u­ti­li­sa­tion de méthodes d’ADN recom­bi­nant pour construire des virus chi­mé­riques), mais n’ex­clut pas les types de recherche de GoF qui ne laissent pas de signa­tures (par exemple la trans­mis­sion en série chez les ani­maux). [Je sou­ligne.]

Il est très facile d’imaginer l’équivalent des « 10 pas­sages chez le furet » de Fou­chier avec le virus de la grippe H5N1, mais, dans ce cas, avec 10 pas­sages chez des pri­mates non humains atteints de coro­na­vi­rus de chauve-sou­ris RaTG13 ou de coro­na­vi­rus de chauve-sou­ris KP876546.

Le der­nier para­graphe fait allu­sion à une expé­rience menée sur le virus H1N1 dans un labo­ra­toire de Rot­ter­dam auquel Ron Fou­chier était rat­ta­ché (2012N55). Un édi­to­rial du New York Times l’é­vo­quait en ces termes (2012N56) :

La recherche la plus effrayante a été effec­tuée par des scien­ti­fiques du centre médi­cal Eras­mus de Rot­ter­dam, qui ont cher­ché à décou­vrir la pro­ba­bi­li­té que le virus de la « grippe aviaire », dési­gné par A(H5N1), mute d’une forme qui rare­ment infecte ou se pro­page chez les humains, vers une forme hau­te­ment trans­mis­sible par la toux ou les éter­nue­ments. […]

En tra­vaillant avec des furets, l’a­ni­mal qui res­semble le plus aux humains pour sa réponse à la grippe, les cher­cheurs ont décou­vert que seule­ment cinq muta­tions géné­tiques per­met­taient au virus de se pro­pa­ger dans l’air d’un furet à l’autre tout en conser­vant sa léta­li­té.

Ces résul­tats ont conduit à une demande sans pré­cé­dent d’un conseil consul­ta­tif fédé­ral amé­ri­cain que les cher­cheurs et les deux revues scien­ti­fiques qui envi­sagent de publier les études omettent tous les détails qui pour­raient aider des ter­ro­ristes à com­prendre com­ment déclen­cher une pan­dé­mie dévas­ta­trice.

Autre­ment dit, l’hy­po­thèse envi­sa­gée n’est pas celle d’un engi­nee­ring géné­tique mais de muta­tions appa­rais­sant « natu­rel­le­ment » dans la trans­mis­sion entre ani­maux. Aucun mar­queur géné­tique humain n’est visible dans ce pro­ces­sus. Une expé­rience simi­laire a don­né lieu à une publi­ca­tion dans Nature la même année (Imai M, Kawao­ka Y et al., 2012N57).

Les épi­dé­mio­lo­gistes Marc Lip­sitch et Ali­son P. Gal­va­ni avaient réagi aux tra­vaux sur le gain de fonc­tion (GoF) des virus H5N1 (2014N58) :

Compte tenu de ce risque, des prin­cipes éthiques tels que ceux énon­cés dans le Code de Nurem­berg dictent que de telles expé­riences ne devraient être auto­ri­sées que si elles pro­curent des avan­tages huma­ni­taires pro­por­tion­nels au risque et si ces avan­tages ne peuvent être obte­nus par des moyens moins ris­qués.

Nous sou­te­nons qu’il est peu pro­bable que les deux prin­ci­paux avan­tages reven­di­qués pour ces expé­riences — une concep­tion amé­lio­rée des vac­cins et une meilleure inter­pré­ta­tion de la sur­veillance — soient obte­nus par la créa­tion de poten­tiels agents patho­gènes pan­dé­miques (PPP), sou­vent appe­lés expé­riences de « gain de fonc­tion » (GOF).

Hus­sei­ni consta­tait (24 avril 2020A126) :

On peut croire qu’il existe un consen­sus scien­ti­fique selon lequel la pan­dé­mie n’est pas sor­tie d’un labo­ra­toire. Mais en réa­li­té un bon nombre de scien­ti­fiques les plus com­pé­tents dans le domaine sont par­ti­cu­liè­re­ment silen­cieux. Cela com­prend Lip­sitch à Har­vard, Jona­than A. King au MIT et bien d’autres.

L’an der­nier, Lynn Klotz, du Cen­ter for Arms Control and Non-Pro­li­fe­ra­tion, a écrit un article dans le Bul­le­tin of the Ato­mic Scien­tists inti­tu­lé L’er­reur humaine dans les labo­ra­toires à haut niveau de confi­ne­ment bio­lo­gique : une menace pan­dé­mique pro­bable.

Klotz y aler­tait la com­mu­nau­té scien­ti­fique en ces termes (25 février 2019N59) :

Les inci­dents pro­vo­quant une expo­si­tion poten­tielle aux agents patho­gènes se pro­duisent fré­quem­ment dans les labo­ra­toires de haute sécu­ri­té sou­vent connus sous leurs acro­nymes BSL3 (niveau de bio­sé­cu­ri­té 3) et BSL4. Les inci­dents de labo­ra­toire qui conduisent à des infec­tions contrac­tées en labo­ra­toire non détec­tées ou non signa­lées peuvent entraî­ner la pro­pa­ga­tion d’une mala­die dans la com­mu­nau­té à l’ex­té­rieur du labo­ra­toire ; les employés de labo­ra­toire atteints de telles infec­tions quit­te­ront le tra­vail en char­riant avec eux l’agent patho­gène. S’il s’a­git d’un patho­gène pan­dé­mique poten­tiel, une telle dis­sé­mi­na­tion com­mu­nau­taire pour­rait conduire à une pan­dé­mie mon­diale avec de nom­breux décès. Le plus pré­oc­cu­pant est la libé­ra­tion d’un virus de l’in­fluen­za aviaire hau­te­ment patho­gène trans­mis­sible par les mam­mi­fères, trans­mis par l’air, créé par les labo­ra­toires, comme les virus H5N1 trans­mis­sibles par l’air créés dans les labo­ra­toires de Ron Fou­chier aux Pays-Bas et de Yoshi­hi­ro Kawao­ka à Madi­son, Wis­con­sin.

Les tra­vaux de Fou­chier et Kawao­ka (2012N57) avaient sus­ci­té une inquié­tude géné­ra­li­sée qui avait convain­cu le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain de décré­ter, en 2014, une inter­dic­tion tem­po­raire de la recherche sur le « gain de fonc­tion ». Cette inter­dic­tion avait été levée en 2017.

À pro­pos de la recherche diri­gée par Yoshi­hi­ro Kawao­ka à Madi­son, Rebec­ca Moritz s’ex­pri­mait ain­si (Per­ry K, 2014N60) :

Ce tra­vail ne vise pas à créer une nou­velle souche de grippe à poten­tiel pan­dé­mique, mais à modé­li­ser la pres­sion immu­ni­taire à laquelle le virus est actuel­le­ment confron­té dans notre corps pour échap­per à nos défenses. […] Ce tra­vail vise à iden­ti­fier les souches cir­cu­lantes poten­tielles afin d’o­rien­ter le pro­ces­sus de sélec­tion des souches uti­li­sées pour le pro­chain vac­cin… Le comi­té a esti­mé que les pro­cé­dures de confi­ne­ment de la bio­sé­cu­ri­té étaient appro­priées pour mener à bien cette recherche. Je n’ai aucune inquié­tude quant à la bio­sé­cu­ri­té de ces expé­riences.

Kawao­ka a mélan­gé le virus de la grippe aviaire avec celui de la grippe espa­gnole, ce qui a don­né nais­sance à un virus res­pi­ra­toire hau­te­ment mor­tel capable de se trans­mettre à l’homme. Il a éga­le­ment joué avec des mélanges du virus H5N1 et du virus H1N1 (grippe por­cine) de 2009, créant un hybride aéro­por­té capable d’é­chap­per au sys­tème immu­ni­taire humain, ren­dant ain­si l’homme sans défense contre lui. Cette recherche a été effec­tuée dans un labo­ra­toire de niveau de bio­sé­cu­ri­té 2… Il n’est donc pas sur­pre­nant d’en­tendre l’an­cien direc­teur des Cen­ters of Disease Control and Pre­ven­tion (CDC), Robert Red­field, décla­rer le 30 mars 2022 (lien sur Rumble) :

Je pense que la grande pan­dé­mie est encore à venir, et qu’il s’a­gi­ra d’une pan­dé­mie de grippe aviaire pour l’homme. La mor­ta­li­té sera impor­tante, de l’ordre de 10 à 50 %. Il y aura des pro­blèmes.

Fran­cis A. BoyleN61, pro­fes­seur de droit inter­na­tio­nal, est à l’o­ri­gine de la rédac­tion du Bio­lo­gi­cal Wea­pons Anti-Ter­ro­rism Act de 1989 (BWATA), ver­sion amé­ri­caine de la conven­tion de 1972 sur les armes bio­lo­giques. Auteur de l’ou­vrage Bio­war­fare and Ter­ro­rism (2005N62), il lan­çait en 2015N63 :

Depuis le 11 sep­tembre 2001, nous avons dépen­sé envi­ron 100 mil­liards de dol­lars en guerre bio­lo­gique [aux USA]. En fait, nous avons main­te­nant une indus­trie de guerre bio­lo­gique offen­sive dans ce pays qui viole la Conven­tion sur les armes bio­lo­giques et ma Loi anti­ter­ro­riste sur les armes bio­lo­giques de 1989 [N64].

Cette loi décré­tait notam­ment (1989N64) :

Qui­conque déve­loppe sciem­ment, pro­duit, stocke, trans­fère, acquiert, conserve ou pos­sède un agent bio­lo­gique, une toxine ou un sys­tème de dis­tri­bu­tion pour une uti­li­sa­tion comme arme, ou aide sciem­ment un État étran­ger ou une orga­ni­sa­tion à le faire, sera condam­né à une amende sous ce titre, ou empri­son­né à per­pé­tui­té ou pour une période de plu­sieurs années, ou les deux. Il existe une juri­dic­tion fédé­rale extra­ter­ri­to­riale sur une infrac­tion à cet article com­mise par ou contre un res­sor­tis­sant des États-Unis.

Le cadre légal amé­ri­cain per­met de com­prendre les efforts déployés pour laver les déci­deurs et les scien­ti­fiques amé­ri­cains de toute sus­pi­cion d’ac­ti­vi­té sus­cep­tible de faci­li­ter la mise au point d’armes bio­lo­giques, quel que soit le pro­cé­dé uti­li­sé à cet effet.

Enga­gé poli­ti­que­ment — ancien membre du Comi­té direc­teur d’Amnes­ty Inter­na­tio­nal et cri­tique acerbe de la poli­tique d’Is­raël dans ses rap­ports avec les Pales­ti­niens — Fran­cis Boyle ajou­tait (2015N63) :

Nos adver­saires pré­su­més du monde entier, comme la Rus­sie et la Chine, sont sans aucun doute par­ve­nus aux mêmes conclu­sions que celles que j’ai tirées des mêmes sources ouvertes et publiques, et ont répon­du en nature. Ain­si, le monde est main­te­nant témoin d’une course aux arme­ments offen­sive tous azi­muts de guerre bio­lo­gique entre les prin­ci­pales puis­sances mili­taires du monde : États-Unis, Rus­sie, Grande-Bre­tagne, France, Chine, Israël, entre autres.

La com­pé­tence de Boyle s’ar­rête au cadre juri­dique qui vient d’être briè­ve­ment énon­cé. Pour ce qui est de la pan­dé­mie CoVID-19, il s’est cam­pé dans une pos­ture de théo­ri­cien du com­plot s’ap­puyant uni­que­ment sur des infor­ma­tions — sou­vent fausses — col­lec­tées sur Inter­net. Exemple typique de pro­fes­sion­nel com­pé­tent recy­clé en « expert You­Tube »…

Dans une réac­tion du Guar­dian à la publi­ca­tion de Kawao­ka et al. (2012N57), Ian Sample citait Lord May, ancien pré­sident de la Royal Socie­ty et ancien­ne­ment conseiller scien­ti­fique atti­tré du gou­ver­ne­ment du Royaume-Uni (2014N65) :

Le tra­vail qu’ils font est abso­lu­ment fou. Tout cela est extrê­me­ment dan­ge­reux. Oui, il y a un dan­ger, mais il ne pro­vient pas des virus pré­sents sur les ani­maux. Il pro­vient des labo­ra­toires [diri­gés par] des gens très ambi­tieux.

Ian Sample ajou­tait (2014N65) :

Ce tra­vail est le der­nier d’une série d’é­tudes contro­ver­sées qui ont divi­sé la com­mu­nau­té scien­ti­fique. D’un côté, des cher­cheurs qui créent des virus dan­ge­reux dans des labo­ra­toires sécu­ri­sés dans l’es­poir d’ap­prendre com­ment les souches exis­tantes pour­raient muter en consti­tuant une menace poten­tielle pour les humains. De l’autre, il y a des scien­ti­fiques qui sou­tiennent que le tra­vail fait peu ou rien pour aider à pro­té­ger les gens, mais met plu­tôt la popu­la­tion mon­diale en dan­ger.

Sam Hus­sei­ni concluait (24 avril 2020A126) :

Quelle que soit la cause de la pan­dé­mie actuelle, ces labo­ra­toires de guerre biologique/de bio­dé­fense devraient être exa­mi­nés de manière beau­coup plus appro­fon­die. L’ap­pel à leur fer­me­ture par Boyle et d’autres devrait être clai­re­ment enten­du — et la lumière devrait être faite pré­ci­sé­ment sur les recherches qui y sont menées.

Le secret de ces labo­ra­toires pour­rait nous empê­cher de connaître avec cer­ti­tude les ori­gines de la pan­dé­mie actuelle. Il pour­rait s’a­gir d’une libé­ra­tion en labo­ra­toire, vrai­sem­bla­ble­ment acci­den­telle, ou d’une infec­tion « zoo­no­tique », de l’a­ni­mal à l’homme.

Par la suite (4 jan­vier 2019A75), N. Baker concluait :

Pen­dant plus de 15 ans, les coro­na­vi­ro­logues se sont effor­cés de prou­ver que la menace du SRAS était tou­jours pré­sente et devait être défen­due, et ils l’ont prou­vé en mon­trant com­ment ils pou­vaient soi­gner les virus qu’ils sto­ckaient pour les for­cer à sau­ter des espèces et pas­ser direc­te­ment de la chauve-sou­ris à l’hu­main. De plus en plus de virus de chauve-sou­ris sont venus des équipes de ter­rain, et ils ont été séquen­cés, syn­thé­ti­sés et « recâ­blés » […]. Lors de ce sou­per par­ta­gé inter­na­tio­nal de cui­sine géné­tique, des cen­taines de nou­velles variantes de mala­dies ont été inven­tées et sto­ckées. Et puis un jour, peut-être, quel­qu’un s’est trom­pé. C’est au moins une expli­ca­tion rai­son­nable et « par­ci­mo­nieuse » de ce qui aurait pu se pas­ser.

C’est peut-être la grande méta-expé­rience scien­ti­fique du 21e siècle. Un monde rem­pli de scien­ti­fiques pour­rait-il faire toutes sortes de recom­bi­nai­sons impru­dentes avec des mala­dies virales pen­dant de nom­breuses années et réus­sir à évi­ter une grave épi­dé­mie ? L’hy­po­thèse était que, oui, c’é­tait fai­sable. Le risque valait la peine d’être pris. Il n’y aurait pas eu de pan­dé­mie.

L’Or­ga­ni­sa­tion mon­diale de la san­té a délé­gué en Chine, en jan­vier 2021, une équipe de d’ex­perts char­gés d’en­quê­ter sur l’o­ri­gine du SARS-CoV‑2. Cer­tains en ont été exclus, au der­nier moment, suite à l’op­po­si­tion du gou­ver­ne­ment chi­nois. Les enquê­teurs n’a­vaient pas pour mis­sion de mener une inves­ti­ga­tion indé­pen­dante mais de baser leurs conclu­sions sur les rap­ports de scien­ti­fiques chi­nois. Cette approche était biai­sée puisque l’hy­po­thèse d’un acci­dent de labo­ra­toire était écar­tée a prio­ri par le chef de la délé­ga­tion et ne figu­rait pas à l’a­gen­da de cette enquête axée sur l’o­ri­gine anthro­po-épi­zoo­tiqueN66 de la pan­dé­mie (5 novembre 2020A77) :

L’OMS, l’Or­ga­ni­sa­tion mon­diale de la san­té ani­male (OIE) et l’Or­ga­ni­sa­tion des Nations Unies pour l’a­li­men­ta­tion et l’a­gri­cul­ture (FAO) ont conve­nu, dans la réso­lu­tion de la 73e Assem­blée mon­diale de la San­té, de gal­va­ni­ser les efforts pour retra­cer l’o­ri­gine ani­male du virus, sa voie de trans­mis­sion à l’homme au rôle éven­tuel de l’hôte inter­mé­diaire.

Ali­na Chan (citée plus haut) et Matt Rid­ley en font état dans The Wall Street Jour­nal (15 jan­vier 2021A73):

Le monde a besoin d’une enquête qui envi­sage non seule­ment les ori­gines natu­relles, mais aus­si la pos­si­bi­li­té que le SRAS-CoV‑2, le virus qui cause la Covid-19, se soit échap­pé d’un labo­ra­toire. L’é­quipe de l’OMS pré­voit cepen­dant de s’ap­puyer sur les rap­ports de scien­ti­fiques chi­nois plu­tôt que de mener une enquête indé­pen­dante. Étant don­né que les auto­ri­tés chi­noises ont tar­dé à publier des infor­ma­tions, péna­li­sant les scien­ti­fiques et les méde­cins qui ont par­ta­gé les détails cli­niques et géno­miques du nou­veau coro­na­vi­rus, et ont depuis démon­tré un vif inté­rêt pour le contrôle du récit sur la façon dont le virus est appa­ru, ce n’est pas une base pro­met­teuse pour l’en­quête de l’OMS.

L’équipe de l’OMS com­prend des experts qui ont retra­cé les ori­gines des épi­dé­mies d’Ebola et du MERS, mais les cri­tiques craignent qu’elle ne dis­pose pas de l’expertise néces­saire pour mener une enquête qui exa­mi­ne­rait les ori­gines pos­sibles du labo­ra­toire. Le Dr David Rel­man de l’U­ni­ver­si­té de Stan­ford, qui a évo­qué très tôt la pos­si­bi­li­té que le virus ait pu fuir d’un labo­ra­toire, nous a dit : « Sur la base des rares infor­ma­tions qui ont été par­ta­gées publi­que­ment sur l’en­quête de l’OMS, il ne semble pas que l’OMS ait cor­rec­te­ment repré­sen­té l’é­ven­tail des points de vue et pers­pec­tives des prin­ci­pales par­ties pre­nantes, ni inté­gré toutes les formes d’ex­per­tise néces­saires. » Répon­dant à la ques­tion de savoir si l’é­quipe de l’OMS enquê­te­ra sur les ori­gines du labo­ra­toire, le Dr Peter Ben Emba­rek, chef de l’é­quipe, nous a dit : « Si nos études allaient dans le sens d’un pos­sible acci­dent de labo­ra­toire, d’autres méca­nismes inter­na­tio­naux seraient impli­qués pour docu­men­ter un tel évé­ne­ment. Cela pren­drait du temps et des types d’ex­per­tise sup­plé­men­taires. »

Une enquête sur les irré­gu­la­ri­tés des « récits » de l’o­ri­gine du SARS-CoV‑2 est menée par un groupe de cher­cheurs et jour­na­listes indé­pen­dants qui se désigne comme Decen­tra­li­sed Radi­cal Auto­no­mous Search Team Inves­ti­ga­ting Covid-19 (DRASTICN67). Un article détaillé d’An­nette Gart­land (12 octobre 2020A79) décrit les avan­cées de leurs tra­vaux.

On peut aus­si lire à ce sujet l’ar­ticle très docu­men­té de Jona­than Latham et Alli­son Wil­son (février 2021A72) qui sou­tiennent l’hy­po­thèse d’un acci­dent de labo­ra­toire.

Un col­lec­tif de 26 scien­ti­fiques a adres­sé à l’OMS une lettre ouverte (4 mars 2021A71) récla­mant une véri­table enquête indé­pen­dante sur les ori­gines du SARS-CoV‑2. La ver­sion fran­çaise est inclue dans le texte. Ils concluent :

Nous recon­nais­sons qu’en tant qu’agence inter­na­tio­nale dépen­dant de la col­la­bo­ra­tion de ses États membres, l’Organisation mon­diale de la san­té est limi­tée dans ce qu’elle peut réa­li­ser dans ce type d’enquête. Notre inten­tion n’est pas d’affaiblir l’OMS, qui tra­vaille dans des cir­cons­tances dif­fi­ciles à un moment où les besoins mon­diaux sont immenses.

Bien que l’enquête de l’équipe conjointe ait été une occa­sion impor­tante pour la com­mu­nau­té inter­na­tio­nale d’obtenir des infor­ma­tions limi­tées et très enca­drées, elle s’est mal­heu­reu­se­ment révé­lée opaque et res­tric­tive, com­pro­met­tant gran­de­ment la vali­di­té scien­ti­fique de l’enquête.

Avec plus de deux mil­lions de morts, cent mil­lions de per­sonnes infec­tées par la COVID-19 dans le monde, et une per­tur­ba­tion mas­sive tou­chant cer­taines des popu­la­tions les plus vul­né­rables de la pla­nète, nous ne pou­vons nous per­mettre une enquête sur les ori­gines de la pan­dé­mie qui ne soit pas abso­lu­ment appro­fon­die et cré­dible. Si nous ne par­ve­nons pas à exa­mi­ner plei­ne­ment et cou­ra­geu­se­ment les ori­gines de cette pan­dé­mie, nous ris­quons de ne pas être pré­pa­rés à une pan­dé­mie poten­tiel­le­ment plus grave à l’avenir.

Parce que nous pen­sons que le pro­ces­sus et les efforts de l’équipe conjointe à ce jour ne consti­tuent pas une enquête appro­fon­die, cré­dible et trans­pa­rente, nous appe­lons la com­mu­nau­té inter­na­tio­nale à mettre en place une struc­ture et un pro­ces­sus en mesure de le faire.

Trois membres (répu­bli­cains) du Congrès, aux USA, ont adres­sé au direc­teur du Natio­nal Ins­ti­tutes of Health (NIH) une lettre de 11 pages dans laquelle ils déclarent notam­ment (18 mars 2021A69):

Récem­ment, l’Or­ga­ni­sa­tion mon­diale de la san­té (OMS) a ten­té d’en­quê­ter sur l’o­ri­gine du COVID-19. L’OMS a décla­ré que cette mis­sion d’in­ves­ti­ga­tion serait gui­dée par la science, serait « ouverte d’es­prit » et « n’ex­clu­rait aucune hypo­thèse ». Mal­heu­reu­se­ment, la Chine n’a pas four­ni un accès com­plet ou une indé­pen­dance totale pour la mis­sion cri­tique de l’OMS. […]

En rai­son des ten­sions crois­santes entre les États-Unis et la Chine, l’OMS a aban­don­né le pro­jet d’un rap­port inter­mé­diaire. Un groupe inter­na­tio­nal d’ex­perts scien­ti­fiques, dont des spé­cia­listes en viro­lo­gie, en micro­bio­lo­gie et en zoo­lo­gie, a deman­dé un nou­vel exa­men.

Les NIH, en tant qu’ins­ti­tu­tion scien­ti­fique de pre­mier plan, doivent prendre l’i­ni­tia­tive de favo­ri­ser une enquête trans­pa­rente, indé­pen­dante et scien­ti­fique sur l’o­ri­gine de la pan­dé­mie de COVID-19. Un tel effort doit répondre aux objec­tifs décla­rés de l’OMS, à savoir une enquête ouverte d’es­prit qui n’ex­clut aucune hypo­thèse plau­sible. En outre, les NIH sont bien pla­cés pour recueillir et four­nir des infor­ma­tions grâce à la sur­veillance de leurs sub­ven­tions et autres bourses fédé­rales. Ain­si, le NIH est dans une posi­tion unique pour enquê­ter sur la pos­si­bi­li­té que la pan­dé­mie pro­vienne d’un acci­dent ou d’une fuite de labo­ra­toire, notam­ment en ce qui concerne le Wuhan Ins­ti­tute of Viro­lo­gy (WIV). […]

Notam­ment, l’an­cien enquê­teur prin­ci­pal du Dépar­te­ment d’E­tat [David Asher] qui a super­vi­sé le groupe de tra­vail sur l’o­ri­gine du virus COVID-19 a récem­ment décla­ré [le 12 mars] qu’il pense non seule­ment que le virus s’est échap­pé du WIV, mais qu’il pour­rait être le résul­tat de recherches que l’ar­mée chi­noise, ou l’Ar­mée de libé­ra­tion du peuple, effec­tuait sur une arme bio­lo­gique. […]

Par consé­quent, il est impé­ra­tif de déter­mi­ner non seule­ment l’o­ri­gine du SARS-CoV‑2, mais aus­si com­ment et si le finan­ce­ment et la recherche des NIH aux pro­jets du WIV ont pu contri­buer au SARS-CoV‑2. Pour faci­li­ter nos demandes et notre enquête, veuillez four­nir les infor­ma­tions sui­vantes avant le 19 avril 2021 :

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Jus­qu’i­ci, l’hy­po­thèse « arme bio­lo­gique » s’ap­pli­quait aux acti­vi­tés en géné­ral de cer­tains labo­ra­toires de recherche en viro­lo­gie comme le WIV en Chine. Elle n’im­pli­quait pas que le SARS-CoV‑2 serait lui-même une arme bio­lo­gique, et encore moins qu’il aurait été dis­sé­mi­né à l’i­ni­tia­tive de « maîtres du Monde » dia­bo­liques.

Ce pas a tou­te­fois été fran­chi dans la « com­plo­sphère », allant jus­qu’à affir­mer que les vac­cins à ARN mes­sa­ger (i.e. la pro­téine spike) feraient eux-mêmes par­tie de cet arse­nal de des­truc­tion (Per­las N, 13 sep­tembre 2021N68). C’est notam­ment la thèse sou­te­nue — et répan­due dans cer­tains milieux — par Richard M Fle­ming, qui se pré­sente doc­teur en phy­sique des par­ti­cules, « avo­cat », car­dio­logue et (auto-pro­cla­mé) « Father of Modern Nuclear Car­dio­lo­gy and Nuclear Medi­cine », occa­sion­nel­le­ment acteur dans des films « pour adultes », mais aus­si diri­geant de plu­sieurs ins­ti­tu­tions — Fle­ming Heart Health Ins­ti­tute (1999–2004) et Came­lot Foun­da­tion (2000–2005) — aux­quelles il se déclare affi­lié bien qu’elles aient ces­sé toute acti­vi­té… Fle­ming a été condam­né au Nebras­ka en 2009 pour fraude à l’as­su­rance mala­die et au cour­rier élec­tro­nique (FBI, 2009N69), puis par la FDA en 2013 pour la publi­ca­tion de don­nées fic­tives dans une étude cli­nique sur un pro­duit ali­men­taire (FDA, 2018N70).

Une étude com­pa­ra­tive de régimes ali­men­taires publiée dans Cli­ni­cal Car­dio­lo­gy (Fle­ming RM et al., 2018N71) a été reti­rée de la publi­ca­tion sur le constat de pro­blèmes d’in­té­gri­té des don­nées et de l’ab­sence de décla­ra­tion de liens d’in­té­rêts de l’au­teur prin­ci­pal. Ce retrait a don­né lieu à une longue dis­cus­sion avec Fle­ming sur le forum “The High-fat Hep C Diet”, dont il a par la suite effa­cé ses propres mes­sages mais qu’on peut recons­truire dans son inté­gra­li­té sur Inter­net Archive (5 avril 2019N72). Plus de détails sur ce mal­frat ont été publiés par Che­shire (27 sep­tembre 2021N73). Ces faits étant anté­rieurs à la période CoVID, ils ne peuvent pas être écar­tés comme un har­cè­le­ment visant à décré­di­bi­li­ser un per­son­nage qui se pré­sente aujourd’­hui en lan­ceur d’a­lerte garant de « l’in­té­gri­té scien­ti­fique »…

Conclu­sion de l’en­quête : si l’on en envie de croire — ou de faire croire — à n’im­porte quelle thèse expli­ca­tive de la pan­dé­mie CoVID-19, il vaut mieux évi­ter d’é­tayer ses argu­ments par la cita­tion « d’ex­perts » dont on n’a pas véri­fié la pro­bi­té, ce qui néces­site sou­vent un petit voyage (à la por­tée de tous) dans Inter­net Archive. Et sur­tout se méfier de l’ef­fet d’am­pli­fi­ca­tion dans ce « rideau de fumée » de vidéos et d’ar­ticles d’o­pi­nion.

Un consen­sus n’est pas « la véri­té scien­ti­fique », mais une simple hypo­thèse par­ta­gée par des experts d’un domaine scien­ti­fique ; la fra­gi­li­té du consen­sus étant liée au choix des experts… Il n’y a pas de consen­sus sur le prin­cipe d’Ar­chi­mède ni les fon­da­men­taux de la phy­sique quan­tique, parce que (à ce jour) aucune expé­rience ne les a mis en défaut. Dans les sciences « dures », une théo­rie n’est scien­ti­fique (au sens de Karl Pop­per) que s’il existe un cadre expé­ri­men­tal qui per­met­trait de la réfu­ter. Comme le disait Michael Crich­ton, par­lant des sciences bio­mé­di­cales, cité par Jorge R Bar­rio (2009N74) :

Je consi­dère la science du consen­sus comme une évo­lu­tion extrê­me­ment per­ni­cieuse qu’il convient de stop­per net. His­to­ri­que­ment, la reven­di­ca­tion du consen­sus a été le pre­mier refuge des scé­lé­rats ; c’est une façon d’é­vi­ter le débat en pré­ten­dant que la ques­tion est déjà réglée. Chaque fois que vous enten­dez que le consen­sus des scien­ti­fiques s’ac­corde sur une chose ou une autre, vous devez faire atten­tion à votre por­te­feuille, car vous êtes en train de vous faire avoir.

Soyons clairs : le tra­vail scien­ti­fique n’a rien à voir avec le consen­sus. Le consen­sus est l’af­faire de la poli­tique. La science, au contraire, n’a besoin que d’un seul enquê­teur qui a rai­son, ce qui signi­fie que ses résul­tats sont véri­fiables par rap­port au monde réel. En science, le consen­sus n’a pas d’im­por­tance. Ce qui compte, ce sont les résul­tats repro­duc­tibles. Les plus grands scien­ti­fiques de l’his­toire le sont pré­ci­sé­ment parce qu’ils ont rom­pu avec le consen­sus. La science du consen­sus n’existe pas. S’il s’a­git d’un consen­sus, ce n’est pas de la science. Si c’est de la science, ce n’est pas du consen­sus. C’est tout.

À mi-che­min des hypo­thèses d’un acci­dent de labo­ra­toire et de la créa­tion d’une arme bio­lo­gique, celle d’un acci­dent qui aurait pour ori­gine le pro­gramme de recherche PREEMPT à l’i­ni­tia­tive de la Defense Advan­ced Research Pro­jects Agen­cy (DARPA) — autre­ment dit l’ar­mée amé­ri­caine — selon un dos­sier com­pi­lé sur le site Dras­tic Research (Verhae­ghe E, 4 octobre 2021A59) :

Le COVID 19 est-il le pro­duit d’une expé­rience amé­ri­caine hasar­deuse menée par l’ONG Eco­Health Alliance, diri­gée par Peter Das­zak, l’ex­pert de l’OMS qui fai­sait par­tie de l’é­quipe char­gée d’en­quê­ter sur les ori­gines du virus ? C’est ce que sug­gèrent (très for­te­ment) des docu­ments publiés par un site amé­ri­cain et qui ont l’air très très cré­dibles. Si ces infor­ma­tions étaient véri­fiées, elles consti­tue­raient le chaî­non man­quant dans la com­pré­hen­sion des ori­gines du virus.

Une vidéo montre Peter Das­zak expli­quant, dans un forum en 2016, com­ment ses col­lègues chi­nois essayaient de rendre plus patho­gènes les virus sélec­tion­nés dans le réser­voir ani­mal (C‑SPAN, 8 juin 2021N75) :

Ensuite, lorsque vous obte­nez la séquence d’un virus, et qu’elle res­semble à un parent d’un patho­gène méchant connu, comme nous l’a­vons fait avec le SRAS. Nous avons trou­vé d’autres coro­na­vi­rus chez les chauves-sou­ris, toute une série, dont cer­tains res­sem­blaient beau­coup au SRAS. On a donc séquen­cé la pro­téine spike, celle qui s’at­tache aux cel­lules. Puis on…

Je n’ai pas fait ce tra­vail, mais mes col­lègues en Chine l’ont fait. Vous créez des pseu­do par­ti­cules, vous insé­rez les pro­téines spike de ces virus, vous voyez si elles se fixent aux cel­lules humaines. À chaque étape, on se rap­proche de plus en plus de ce virus qui pour­rait vrai­ment deve­nir patho­gène pour l’homme. […]

On se retrouve avec un petit nombre de virus qui res­semblent vrai­ment à des tueurs.

Alors que l’hy­po­thèse d’un acci­dent de labo­ra­toire, défen­due à l’o­ri­gine par la droite amé­ri­caine et le pré­sident Trump en per­sonne, avait été vigou­reu­se­ment reje­tée comme « théo­rie de la conspi­ra­tion » par la gauche libé­rale, la pola­ri­sa­tion du débat a per­du de sa viru­lence après que le direc­teur géné­ral de l’OMS ait repro­ché à l’é­quipe d’ex­perts de n’a­voir pas suf­fi­sam­ment étu­dié la théo­rie de la fuite de labo­ra­toire. Le consen­sus sur l’o­ri­gine « natu­relle » du virus s’est effon­dré (Schnei­der L, 9 juin 2021A65) sans qu’au­cune don­née nou­velle n’y ait vrai­ment contri­bué.

Source : N76

Fin 2021, Ali­na Chan a ren­du public un dos­sier détaillé dans son ouvrage VIRAL dont un com­men­taire détaillé est par­ta­gé par Leo­nid Schnei­der (24 novembre 2021A57).

Richard Hor­ton, rédac­teur en chef du Lan­cet depuis 26 ans, est accu­sé publi­que­ment d’a­voir sou­te­nu le régime chi­nois dans son déni de toute hypo­thèse sur l’o­ri­gine acci­den­telle du SARS-CoV‑2, aidé en cela par Peter Das­zak, long­temps col­la­bo­ra­teur de l’ins­ti­tut de viro­lo­gie de Wuhan (Bir­rell L, 26 juin 2021A64).

Les enjeux du débat sont plus poli­tiques que scien­ti­fiques, comme l’a écrit Ben­ja­min Wal­lace-Wells dans The New Yor­ker (27 mai 2021A66) :

[…] la contro­verse sur les fuites de labo­ra­toire contient la pos­si­bi­li­té d’un point d’in­flexion majeur dans la com­pé­ti­tion entre les États-Unis et la Chine. Elle a un pied dans l’an­cien régime poli­tique, celui de Donald Trump, ce qui lui a confé­ré une fureur conspi­ra­trice et déli­rante. Mais elle a éga­le­ment un pied dans le monde de Joe Biden, un monde dans lequel la ques­tion reste ouverte de savoir si une puis­sance libé­rale sou­dai­ne­ment fra­gile pour­ra affron­ter son rival auto­ri­taire. Mer­cre­di, Joe Biden a annon­cé qu’il avait deman­dé à la com­mu­nau­té du ren­sei­gne­ment d’é­va­luer offi­ciel­le­ment si la covid-19 « a émer­gé d’un contact humain avec un ani­mal infec­té ou d’un acci­dent de labo­ra­toire ». Plus de trois mil­lions de per­sonnes sont mortes de la covid-19. Que feront les États-Unis s’il s’a­vère que quel­qu’un en Chine était cou­pable et qu’il y a eu une dis­si­mu­la­tion ?

La ques­tion du finan­ce­ment de tra­vaux sur le « gain de fonc­tion » au labo­ra­toire de Wuhan a fait l’ob­jet d’é­changes acerbes entre le séna­teur répu­bli­cain Dr Rand Paul et le Dr Antho­ny Fau­ci, où l’on voit ce der­nier (20 juillet 2021N77) ten­ter de modi­fier la défi­ni­tion du terme pour nier que les recherches cofi­nan­cées par le NIH auraient pu être asso­ciées à du “gain de fonc­tion”.

On peut citer comme exemple, à l’ap­pui de l’ac­cu­sa­tion de Paul, une étude sur les chauves-sou­ris de Hu B et al. (2017A146) cofi­nan­cée par le pro­gramme du NIAID R01AI110964N78 (voir page 2) où le pro­ces­sus d’ampli­fi­ca­tion était décrit pages 11, 18–19 et 21 : “Construc­tion of recom­bi­nant viruses”. Cela dit, comme la plu­part des poli­ti­ciens, Rand Paul ne pou­vait s’empêcher de glis­ser dans sa rhé­to­rique (20 juillet 2021N77) un clin d’œil à ses élec­teurs en attri­buant à Fau­ci, dans le même échange, la res­pon­sa­bi­li­té de « quatre mil­lions de morts »… ce qui pro­vo­quait inévi­ta­ble­ment un retour de bâton où Fau­ci — bot­tant en touche sans s’ex­pli­quer sur les tra­vaux du labo­ra­toire de Wuhan — lui retour­nait la qua­li­fi­ca­tion de « men­teur ». Dans une inter­ven­tion ulté­rieure au Sénat (4 novembre 2021N79), Rand Paul expose en détail les enjeux de ces recherches tan­dis que Fau­ci tente de redé­fi­nir le concept de « gain de fonc­tion » — terme qu’il a fait dis­pa­raître du site web du NIH — et réitère sa réfu­ta­tion de l’hy­po­thèse qu’un acci­dent de labo­ra­toire serait à l’o­ri­gine de la pan­dé­mie CoVID-19.

Des cour­riels ont mon­tré que les res­pon­sables du NIH avaient per­mis à Eco­Health Alliance d’in­ven­ter son propre voca­bu­laire pour déjouer le sur­veillance de sa propre recherche sur les gains de fonc­tion (Ler­ner S & M Hvis­ten­dahl, 3 novembre 2021A58).

Le media conser­va­teur amé­ri­cain Pro­ject Veri­tas a publié sur une page titrée Les docu­ments mili­taires sur le gain de fonc­tion contre­disent le témoi­gnage sous ser­ment de Fau­ci (2022N80) une série de liens vers des docu­ments pré­ci­sant le rôle de l’A­gence pour les pro­jets de recherche avan­cée de défense (DARPA) dans la recherche menée par Eco­Health Alliance en col­la­bo­ra­tion avec le labo­ra­toire de Wuhan :

Les docu­ments mili­taires indiquent qu’E­co­Health Alliance a appro­ché la DARPA en mars 2018 pour obte­nir des fonds afin de mener des recherches sur le gain de fonc­tion des coro­na­vi­rus trans­mis par les chauves-sou­ris. La pro­po­si­tion, nom­mée Pro­ject Defuse, a été reje­tée par la DARPA pour des rai­sons de sécu­ri­té et parce qu’elle vio­lait le mora­toire sur la recherche sur le gain de fonc­tion.

Le rap­port prin­ci­pal concer­nant la pro­po­si­tion de l’Al­liance Eco­Health a fui­té sur Inter­net il y a quelques mois, il est res­té non véri­fié jus­qu’à pré­sent. Pro­ject Veri­tas a obte­nu un rap­port sépa­ré des­ti­né à l’Ins­pec­teur Géné­ral du Dépar­te­ment de la Défense, écrit par le Major du Corps des Marines des Etats-Unis, Joseph Mur­phy, un ancien membre de la DARPA.

« La pro­po­si­tion ne men­tionne pas ou n’é­va­lue pas les risques poten­tiels de la recherche Gain de Fonc­tion (GoF) », une cita­tion directe de la lettre de rejet de la DARPA.

Pro­ject Veri­tas a contac­té la DARPA pour obte­nir des com­men­taires sur les docu­ments cachés et s’est entre­te­nu avec le chef des com­mu­ni­ca­tions, Jared Adams, qui a décla­ré : « Cela ne me semble pas nor­mal », lors­qu’il a été inter­ro­gé sur la façon dont les docu­ments ont été cachés.

Le rap­port du Major Joseph Mur­phy (daté du 13 août 2021), trans­crit en clair et authen­ti­fié par son auteur (Malone RW, 3 mars 2023A33) explique en détail les objec­tifs du pro­jet DEFUSE :

L’ob­jec­tif du pro­gramme Eco­health, appe­lé « DEFUSE » dans la pro­po­si­tion, était d’i­no­cu­ler les chauves-sou­ris dans les grottes du Yun­nan en Chine où des cas confir­més de SRAS-CoV ont été décou­verts. En théo­rie, cela per­met­trait d’é­vi­ter une autre pan­dé­mie de SRAS-CoV : le sys­tème immu­ni­taire des chauves-sou­ris serait ren­for­cé pour empê­cher l’é­mer­gence d’un SRAS-CoV mor­tel. Le lan­gage spé­ci­fique uti­li­sé est le sui­vant : « ino­cu­ler aux chauves-sou­ris de nou­velles pro­téines chi­mé­riques poly­va­lentes de pointe pour ren­for­cer leur mémoire immu­ni­taire adap­ta­tive contre des virus spé­ci­fiques à haut risque. »
[…]
Les tra­vaux ont eu lieu au WIV et sur plu­sieurs sites aux États-Unis, iden­ti­fiés en détail dans la pro­po­si­tion.
[…]
Le SARS-CoV‑2, ci-après dénom­mé SARS-COV-WIV, est une chi­mère syn­thé­tique de pro­téine de pointe conçue pour se fixer aux récep­teurs ACE2 humains et insé­rée dans un sque­lette de SARSr-CoV de chauve-sou­ris recom­bi­nant. Il s’a­git pro­ba­ble­ment d’un vac­cin vivant qui n’a pas encore été modi­fié pour atteindre un état plus atté­nué que celui que le pro­gramme cher­chait à créer avec sa ver­sion finale. Il a fui et s’est répan­du rapi­de­ment parce qu’il a été aéro­so­li­sé pour pou­voir infec­ter effi­ca­ce­ment les chauves-sou­ris dans les grottes, mais il n’é­tait pas encore prêt à infec­ter les chauves-sou­ris, ce qui explique pour­quoi il ne semble pas infec­ter les chauves-sou­ris. Si la mala­die est si dérou­tante, c’est parce qu’il s’a­git moins d’un virus que de pro­téines de pointe fabri­quées pour faire de l’au­to-stop dans un essaim de qua­si-espèces de SRASr-CoV. Plus elle est proche de la forme finale du vac­cin vivant atté­nué, plus il est pro­bable qu’elle se soit désat­té­nuée depuis son échap­pe­ment ini­tial en août 2019.

La cam­pagne pré­si­den­tielle amé­ri­caine de 2024 a été l’oc­ca­sion de révé­la­tions fra­cas­santes sur le rôle qu’ont pu jouer, à l’in­su du public, les agences amé­ri­caines de ren­sei­gne­ment, de sécu­ri­té et de contres­pion­nage. Le débat a été lan­cé par le can­di­dat Robert Fran­cis Ken­ne­dy Jr, avo­cat de l’en­vi­ron­ne­ment éti­que­té par ses adver­saires comme « anti­vax » et « com­plo­tiste ». Voir son article Antho­ny Fau­ci et le sys­tème de san­té publique et ses ouvrages The Real Antho­ny Fau­ci (Ken­ne­dy RF Jr, 2021A50 ; ver­sion fran­çaise 2021A49) sui­vi de The Wuhan Cover-Up aus­si dis­po­nible en fran­çais (Ken­ne­dy RF Jr, 2023A22). Le 13 février 2025, Ken­ne­dy a vu sa nomi­na­tion confir­mée par le Sénat amé­ri­cain au poste de secré­taire du dépar­te­ment des Health and Human Ser­vices.

Dans un entre­tien avec l’a­ni­ma­teur radio bri­tan­nique Rus­sell Brand (12 mai 2023A28 ; sous-titres en fran­çais, 2023N81) — Robert Ken­ne­dy expo­sait clai­re­ment son point de vue sur une coopé­ra­tion (devrait-on dire com­pli­ci­té ?) entre ces agences et leurs homo­logues chi­noises pour la concep­tion d’armes bio­lo­giques, et sur­tout la mise en place d’un dis­po­si­tif de contrôle et de res­tric­tion des liber­tés qui, selon lui, date du Patriot Act aux USA à la suite des atten­tats de 2001.

Le terme « armes bio­lo­giques » fait ici réfé­rence aux expé­riences de « gain de fonc­tion » qui peuvent ser­vir aus­si bien à la pro­tec­tion contre une pan­dé­mie (pro­vo­quée ou acci­den­telle) qu’à la fabri­ca­tion d’armes létales ; la fron­tière entre ces deux types d’ac­ti­vi­tés étant per­méable, d’un point de vue tech­nique, ces tra­vaux ne sont pas en contra­dic­tion avec la Conven­tion sur l’in­ter­dic­tion des armes bio­lo­giquesN82.

En 2023, les langues ont com­men­cé à se délier, ren­dant qua­si­ment cer­taine l’hy­po­thèse de l’o­ri­gine acci­den­telle du SARS-CoV‑2 issu d’un labo­ra­toire pra­ti­quant le gain de fonc­tion de virus patho­gènes. Lire par exemple le témoi­gnage de Dr Robert R Red­field, ancien direc­teur des Centres for Disease Control (CDC), devant le House Sub­com­mit­tee on the Coro­na­vi­rus Pan­de­mic (8 mars 2023A31), et l’ar­ticle Réponse à la pan­dé­mie.

Selon des docu­ments col­lec­tés par le White Coat Waste Pro­ject (Bel­lo­ti A, 15 juin 2023A27), le pre­mier patient iden­ti­fié por­teur de CoVID était Ben Hu, un cher­cheur de Wuhan finan­cé (via le NIAD) par le Gou­ver­ne­ment des États-Unis. Le WCW résume ain­si :

Réca­pi­tu­lons : Des blouses blanches de Wuhan, finan­cées par le contri­buable amé­ri­cain, pré­lèvent des coro­na­vi­rus sau­vages sur des chauves-sou­ris dans des grottes recu­lées en Chine, sans équi­pe­ment de pro­tec­tion adé­quat, trans­portent les virus vers un labo­ra­toire situé dans une grande agglo­mé­ra­tion, effec­tuent des expé­riences sur des ani­maux pour rendre les virus plus conta­gieux et plus mor­tels pour l’homme, puis tombent malades avec des symp­tômes simi­laires à ceux du COVID. Et leur iden­ti­té et leurs anté­cé­dents médi­caux sont dis­si­mu­lés.

Une par­tie de la démons­tra­tion de Robert Fran­cis Ken­ne­dy, dans l’ex­trait de son entre­tien avec Rus­sell Brand, s’ap­puie sur les débats de la réunion “Event 201 Pan­de­mic Exer­cise” qui s’est tenue à New York avant le déclen­che­ment offi­ciel de la pan­dé­mie CoVID-19 (18 octobre 2019N83). Le but de cette réunion, à l’i­ni­tia­tive du Johns Hop­kins Cen­ter for Health Secu­ri­ty, du Forum éco­no­mique mon­dial et de la Fon­da­tion Bill & Melin­da Gates, était d’en­vi­sa­ger un scé­na­rio hypo­thé­tique de pan­dé­mie glo­bale. Une par­tie de la dis­cus­sion (seg­ment 4, 2:08:36) por­tait sur le contrôle de l’in­for­ma­tion…

On y entend Keven McA­leese, Social Media Expert, décla­rer (2019N83 2:11:30) : « Si la solu­tion consiste à contrô­ler et à réduire l’ac­cès à l’in­for­ma­tion, je crois que c’est le bon choix. » L’es­sen­tiel de la dis­cus­sion porte sur la stra­té­gie à mettre en place pour « neu­tra­li­ser » les fake news. La solu­tion qui fait consen­sus consiste à satu­rer les réseaux sociaux de mes­sages émis par les auto­ri­tés déten­trices de « la véri­té de la Science » : CDC, FDA, OMS, CIA, indus­trie phar­ma… Effec­ti­ve­ment, c’est ce qui a été mis en place avec le recru­te­ment de béné­voles, en mai 2020 — au final, plus de 110 000 — dési­gnés comme “digi­tal first respon­ders” (ONU, 21 mai 2020A107). Cette tac­tique (astro­tur­fingN84) a per­mis de don­ner l’illu­sion d’un mou­ve­ment popu­laire en sou­tien des mesures sani­taires orches­trées par les gou­ver­ne­ments. Mat­tias Des­met appelle ces trolls, char­gés uni­que­ment de relayer des mes­sages pré­for­ma­tés, les « che­mises brunes vir­tuelles » (Des­met M, 23 juin 2023A26).

Ken­ne­dy affirme que les auto­ri­tés chi­noises savaient que le SARS-CoV‑2 cir­cu­lait déjà à Wuhan en sep­tembre 2019. Ce que ne pou­vait donc igno­rer George Gao, direc­teur du CDC chi­nois, pré­sent à cette réunion. C’est effec­ti­ve­ment lui qui lance le débat (Seg­ment 4 de Event 201, 2019N83 02:26:07) sur le sujet : « Com­ment empê­cher les gens de dire que le virus a été fabri­qué dans un labo­ra­toire ? »

Le fait que la ving­taine de simu­la­tions de pan­dé­mie orga­ni­sées aux USA, à par­tir de 2000, ont été finan­cées par la CIA, repré­sen­tée par son ancienne direc­trice Avril Haines (voir WEF, 2019N85), ren­force la convic­tion de Ken­ne­dy qu’il s’a­gis­sait dès le début d’une « opé­ra­tion mili­taire » : « C’est donc une espionne qui orga­nise ces simu­la­tions pan­dé­miques. » Haines a été nom­mée par la suite direc­trice du ren­sei­gne­ment natio­nal.

Fran­cis Col­lins, direc­teur des Natio­nal Ins­ti­tutes of Health (NIH) depuis 2009, a annon­cé le 5 octobre 2021 qu’il quit­te­rait son poste fin 2021. Il a été rem­pla­cé par Law­rence A Tabak le 20 décembre. Il n’est pas exclu que ce départ ait été pro­vo­qué par la publi­ca­tion de docu­ments prou­vant le manque de fran­chise de ses décla­ra­tions au sujet du finan­ce­ment par le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain du « gain de fonc­tion » au labo­ra­toire de Wuhan. Cela pour­rait expli­quer que, dans la pré­ci­pi­ta­tion, le NIH n’a­vait nom­mé aucun direc­teur par inter­im.

Par la suite, Fran­cis Col­lins a très som­mai­re­ment pré­sen­té ses excuses, dans le cadre d’un entre­tien dif­fu­sé en vidéo par le Wall Street Jour­nal (30 décembre 2023A23). Le comi­té édi­to­rial com­mente :

Le mini-méa culpa du Dr Col­lins n’ef­face tou­jours pas sa col­la­bo­ra­tion avec Antho­ny Fau­ci pour dis­cré­di­ter la décla­ra­tion de Great Bar­ring­tonN86 qui pré­co­ni­sait une stra­té­gie de pro­tec­tion ciblée sur les per­sonnes âgées et vul­né­rables, tout en lais­sant les per­sonnes plus jeunes pré­sen­tant un risque moindre pour­suivre leur vie. L’an­cien direc­teur des NIH ne s’ex­cuse pas non plus d’a­voir ten­té de cen­su­rer dif­fé­rents conseils en matière de poli­tique de san­té.

Il a recon­nu dans la dis­cus­sion de Covid que la décla­ra­tion « aurait pu être une excel­lente occa­sion de mener une vaste dis­cus­sion scien­ti­fique sur les avan­tages et les incon­vé­nients » d’une pro­tec­tion ciblée. Mais il reproche ensuite aux auteurs de la décla­ra­tion d’a­voir « court-cir­cui­té » le débat en essayant de modi­fier la poli­tique natio­nale sans consul­ter au préa­lable les res­pon­sables de la san­té publique. Qui a réel­le­ment inter­rom­pu le débat ?

Peu après la publi­ca­tion en ligne de la décla­ra­tion, le Dr Col­lins avait envoyé un cour­rier élec­tro­nique au Dr Fau­ci pour lui deman­der de « démon­ter rapi­de­ment et de manière dévas­ta­trice les pré­misses de cette décla­ra­tion ». Quelques jours plus tard, une myriade d’as­so­cia­tions de san­té publique avaient atta­qué la décla­ra­tion. Le Dr Col­lins a décla­ré au cours de la table ronde de Covid qu’il regret­tait d’a­voir uti­li­sé le mot « démon­ter », mais pas d’a­voir qua­li­fié la décla­ra­tion de « dan­ge­reuse ».

Les opti­mistes pour­raient pécher par naï­ve­té de croire que cette contro­verse sur l’o­ri­gine du SARS-CoV‑2 aurait débou­ché sur l’a­ban­don de pro­grammes “gain de fonc­tion” dans les labo­ra­toires de micro­bio­lo­gie… Cait­lin Tilley et ses col­lègues ont publié un article trai­tant de la créa­tion d’un variant extrê­me­ment létal com­bi­nant les souches Wuhan et Omi­cron qui aurait tué 80 % des sou­ris dans un labo­ra­toire de l’U­ni­ver­si­té de Bos­ton (8 octobre 2022A41) :

Dans cette nou­velle étude, qui n’a pas été exa­mi­née par des pairs, une équipe de cher­cheurs de Bos­ton et de Flo­ride a extrait la pro­téine spike d’O­mi­cron – la struc­ture unique qui se lie aux cel­lules humaines et les enva­hit.
Elle a tou­jours été pré­sente dans le virus mais a évo­lué au fil du temps. Omi­cron pré­sente des dizaines de muta­tions sur sa pro­téine spike qui l’ont ren­du si infec­tieux.
Les cher­cheurs ont atta­ché la pro­téine spike d’O­mi­cron à la souche sau­vage ori­gi­nale qui est appa­rue à Wuhan au début de la pan­dé­mie.
[…]
Dans leur article, ils déclarent : « Chez les sou­ris, alors qu’O­mi­cron pro­voque une infec­tion légère et non mor­telle, le virus por­teur d’O­mi­cron S inflige une mala­die grave avec un taux de mor­ta­li­té de 80 %. »
Selon les cher­cheurs, cela indique que si la pro­téine spike est res­pon­sable de l’in­fec­ti­vi­té, les modi­fi­ca­tions appor­tées à d’autres par­ties de sa struc­ture déter­minent son carac­tère mor­tel
[…]
Cette révé­la­tion montre à quel point les recherches dan­ge­reuses sur la mani­pu­la­tion des virus se pour­suivent, même aux États-Unis, alors que l’on craint que des pra­tiques simi­laires aient déclen­ché la pan­dé­mie.
Le pro­fes­seur Shmuel Sha­pi­ra, un scien­ti­fique de pre­mier plan au sein du gou­ver­ne­ment israé­lien, a décla­ré : « Cela devrait être tota­le­ment inter­dit, c’est jouer avec le feu. »

D’a­près un docu­ment du Pro­gramme de l’En­vi­ron­ne­ment aux Nations-Unies (25 octobre 2022A39 page 33):

Les fuites acci­den­telles docu­men­tées d’a­gents patho­gènes des labo­ra­toires com­prennent celles de la variole (en 1966, 1972 et 1978 [Royaume-Uni]) ; SRAS (2003 [Sin­ga­pour] et 2004 [Chine et Taï­wan, Pro­vince de Chine] (Hey­mann, Ayl­ward et Wolff 2004); anthrax (1979 [ex-Union sovié­tique]) (Mesel­son et al. 1994) ; Yer­si­nia pes­tis (2009 [États-Unis]) ; Ebo­la (2004 [Rus­sie] et 2009 [Alle­magne]); Mar­burg, ménin­gite à Neis­se­ria (Sil­ver 2014) ; encé­pha­lite équine véné­zué­lienne (Brault et al. 2001) ; fièvre aph­teuse (2009 [Royaume-Uni]) (Ense­rink 2007) ; Grippe H5N1 (2014 [États-Unis]) (Brans­well 2014) ; et la grippe H1N1 (vers 1976 [Chine ou ex-Union sovié­tique]) (Sil­ver 2014).

Un docu­men­taire de Sky News Aus­tra­lia a révé­lé de nou­velles preuves de « l’ef­fort orches­tré » pour faire croire que le COVID-19 était d’o­ri­gine natu­relle, cela bien que les ser­vices de ren­sei­gne­ment aient décla­ré qu’il s’a­gis­sait « très pro­ba­ble­ment » d’une fuite de l’Ins­ti­tut de viro­lo­gie de Wuhan (Han­na­ford P, 28 novembre 2023A24) :

Robert Kad­lec. Source : U.S. Depart­ment
of Health and Human Ser­vices

S’a­dres­sant à des res­pon­sables de plu­sieurs agences de ren­sei­gne­ment amé­ri­caines ain­si qu’à des scien­ti­fiques de haut niveau spé­cia­li­sés dans la san­té publique et impli­qués dans des dis­cus­sions en cou­lisses, Shar­ri Mark­son révèle com­ment la théo­rie de la fuite de labo­ra­toire a été inten­tion­nel­le­ment étouf­fée. Un dénon­cia­teur affirme que des ana­lystes de la CIA favo­rables à la théo­rie de la fuite de labo­ra­toire ont même été sou­doyés pour chan­ger de posi­tion afin de détour­ner l’at­ten­tion de la Chine et de l’Ins­ti­tut de viro­lo­gie de Wuhan. […]

L’un des fonc­tion­naires impli­qués dans ces dis­cus­sions était Robert Kad­lec, qui était à l’é­poque secré­taire adjoint à la san­té et aux ser­vices sociaux (Pre­pa­red­ness and Res­ponse) et, tech­ni­que­ment, le supé­rieur hié­rar­chique du Dr Fau­ci.

Dans une inter­view exclu­sive pour le docu­men­taire de Sky News, le Dr Kad­lec a décla­ré à Shar­ri qu’il avait eu des dis­cus­sions avec le Dr Fau­ci et qu’ils avaient déli­bé­ré­ment déci­dé de mini­mi­ser la théo­rie de la fuite du labo­ra­toire. […]

Avant de tra­vailler pour le minis­tère de la san­té et des ser­vices sociaux, le Dr Kad­lec était direc­teur adjoint de la com­mis­sion du ren­sei­gne­ment du Sénat amé­ri­cain. Il a par­lé à Shar­ri des tra­vaux du Dr Zhou Yusen, un scien­ti­fique mili­taire chi­nois dont les recherches sur les vac­cins pour­raient être à l’o­ri­gine de la pan­dé­mie mon­diale.

Le Dr Zhou a été l’une des pre­mières per­sonnes à publier un bre­vet pour un vac­cin COVID-19 et, selon le Dr Kad­lec, le scien­ti­fique mili­taire chi­nois avait dû com­men­cer ses tra­vaux sur le vac­cin « au plus tard en 2019 ». […]

Le Dr Zhou a été retrou­vé mort [tom­bé d’un toit] dans des « cir­cons­tances mys­té­rieuses », quelques mois seule­ment après la publi­ca­tion d’in­for­ma­tions sur son rôle dans la créa­tion du COVID-19.

Sou­li­gnant que les agences de ren­sei­gne­ment soup­çonnent un acte cri­mi­nel dans ce décès, Shar­ri a deman­dé s’il était pos­sible que le Par­ti com­mu­niste chi­nois ait tué le Dr Zhou pour avoir « acci­den­tel­le­ment lan­cé le COVID-19 ».

« C’est cer­tai­ne­ment pos­sible. Nous avons consi­dé­ré cela comme une pos­si­bi­li­té plau­sible », a décla­ré le Dr Kad­lec, avant d’a­jou­ter qu’ils n’a­vaient « aucune preuve à l’ap­pui de cette affir­ma­tion ».

Nou­veau coup de théâtre ? La publi­ca­tion Gene­tic tra­cing of mar­ket wild­life and viruses at the epi­cen­ter of the COVID-19 pan­de­mic (Crits-Chris­toph A et al., 2024A20). Il s’a­git d’une étude des échan­tillons pré­le­vés au mar­ché de fruits de mer de Hua­nan à Wuhan, qui iden­ti­fie­raient ce mar­ché comme le site cen­tral de l’ap­pa­ri­tion de la CoVID-19. La data­tion au car­bone du virus SARS-CoV‑2 indique qu’il serait né entre la mi-novembre et la mi-décembre 2019. Par­mi les limi­ta­tions de cette étude, les auteurs men­tionnent tou­te­fois (2024A20 p. 5478):

Étant don­né que les don­nées méta­gé­no­miques envi­ron­ne­men­tales uti­li­sées dans ce tra­vail ne per­mettent pas de relier direc­te­ment les virus à leurs hôtes dans les échan­tillons qui contiennent de l’ADN ou de l’ARN de plu­sieurs espèces d’hôtes plau­sibles (y com­pris l’homme), notre ana­lyse ne per­met pas d’i­den­ti­fier de manière concluante les espèces sus­cep­tibles d’a­voir excré­té le SARS-CoV‑2 dans dif­fé­rents échan­tillons du mar­ché de Hua­nan. De même, il n’est pas pos­sible d’es­ti­mer direc­te­ment le moment exact où le maté­riel géné­tique du virus ou de l’hôte a été dis­sé­mi­né dans l’en­vi­ron­ne­ment du mar­ché.

En clair, les pré­lè­ve­ments ont eu lieu le 20 jan­vier 2020, alors que le virus était déjà en cir­cu­la­tion dans la popu­la­tion. Au niveau des conflits d’in­té­rêt, on ne man­que­ra pas d’ob­ser­ver le finan­ce­ment de cette étude par les mêmes orga­nismes qui ont contri­bué aux acti­vi­tés du labo­ra­toire de Wuhan, et donc ciblés comme res­pon­sables d’une fuite acci­den­telle du virus… Cette publi­ca­tion est mise en exergue au cœur de la cam­pagne pré­si­den­tielle amé­ri­caine pour ten­ter d’é­teindre « l’in­cen­die » — et de sau­ver des car­rières ?

En juin 2026, le Natio­nal Intel­li­gence Office, aux USA, a déclas­si­fié des docu­ments (ODNI, 18 June 2026A10) qui confirment l’im­pli­ca­tion d’An­to­ny Fau­ci dans la mani­pu­la­tion d’in­for­ma­tions sur l’o­ri­gine du SARS-CoV‑2 (Malone RW, 2026A9).

Un cher­cheur (ano­nyme) en mala­dies infec­tieuses au NIH a publié un récit docu­men­té des tours de passe-passe d’An­to­ni Fau­ci pour nier le finan­ce­ment amé­ri­cain de la recherche gain-of-func­tion au labo­ra­toire de Wuhan (Ano­nyme, 4 May 2025A15) :

Les efforts de coopé­ra­tion inter­na­tio­nale du NIAID étaient fon­dés sur la convic­tion que le ren­for­ce­ment des capa­ci­tés scien­ti­fiques à l’é­tran­ger était un bien mon­dial — un idéal qui se véri­fie sou­vent. Mais dans ce cas, la coopé­ra­tion avec des cher­cheurs étran­gers a eu des consé­quences inat­ten­dues. Le trans­fert d’ex­per­tise tech­nique et de savoir-faire en bio-ingé­nie­rie au-delà des fron­tières, asso­cié à une sur­veillance inadé­quate et à une clas­si­fi­ca­tion erro­née des objec­tifs de recherche, a peut-être entraî­né une véri­table crise. Si l’in­ten­tion était altruiste, le résul­tat a été tout autre. […] Le finan­ce­ment de l’Ins­ti­tut de viro­lo­gie de Wuhan par Eco­Health Alliance a été clas­sé comme « sur­veillance virale », un tour de passe-passe admi­nis­tra­tif qui a per­mis aux expé­riences à haut risque de se pour­suivre en toute impu­ni­té.

[…]

Mais les erreurs des NIH ne sont pas sim­ple­ment dues à un défaut de sur­veillance : elles sont le résul­tat d’une arro­gance scien­ti­fique aggra­vée par une rela­tion sym­bio­tique bien ancrée entre les res­pon­sables scien­ti­fiques fédé­raux et les cher­cheurs uni­ver­si­taires qu’ils financent. Cette rela­tion est mutuel­le­ment béné­fique : les scien­ti­fiques dépendent du finan­ce­ment des NIH pour construire leur car­rière, tan­dis que les res­pon­sables des NIH comptent sur ces mêmes scien­ti­fiques pour pro­duire les études pion­nières qui jus­ti­fient les nou­velles orien­ta­tions et accroissent l’in­fluence des NIH. […] Au lieu d’un contrôle gou­ver­ne­men­tal de la recherche uni­ver­si­taire, nous avons un sys­tème qui récom­pense l’al­lé­geance et la pro­mo­tion mutuelle.

[…]

Il est temps d’a­ban­don­ner la fausse pro­messe que nous pou­vons déjouer la nature en fabri­quant des virus de labo­ra­toire. Nous devons réorien­ter la recherche vers l’i­den­ti­fi­ca­tion rapide des patho­gènes émer­gents lors­qu’ils pro­voquent des symp­tômes chez l’homme et les ani­maux domes­tiques ; le finan­ce­ment doit être réorien­té vers des métho­do­lo­gies plus sûres et plus res­pon­sables telles que la modé­li­sa­tion struc­tu­relle et infor­ma­tique, et des tech­niques de labo­ra­toire telles que l’a­na­lyse pro­fonde des muta­tions et les études de perte de fonc­tion.

Les répétitions du scénario

L’Event 201 Pan­de­mic exer­cise (18 octobre 2019N83) men­tion­né plus haut n’é­tait que l’ul­time répé­ti­tion d’une série d’exer­cices de simu­la­tion de pan­dé­mies conduits sous la hou­lette de la CIA, des auto­ri­tés mili­taires et de leurs affi­liés dans le monde médi­cal (HHS et NIH, notam­ment Antho­ny Fau­ci) et industriel/philanthropique (Bill Gates). Exer­cices ini­tia­le­ment pré­sen­tés comme un moyen de pro­té­ger la nation contre une attaque bio­ter­ro­riste : Atlan­tic Storm (2003, 2005), Glo­bal Mer­cu­ry (2003), SCL (2005), Locks­tep (2010), MARS et SPARS (2017), Clade X (2018), Crim­son Conta­gion (2019)… Tous ont été décrits et docu­men­tés par Robert F Ken­ne­dy Jr (2021A49 p. 577–604). Une vidéo de Paul Schreyer décrit ces « jeux de simu­la­tion » dans une pers­pec­tive « com­plo­tiste ».

Le plus récent exer­cice a eu lieu à peine dix semaines avant que les pre­mières infec­tions à la COVID-19 ne soient signa­lées à Wuhan. Il était super­vi­sé par Robert Kad­lec, res­pon­sable de la réponse aux catas­trophes du pré­sident Trump, « qui écri­vait depuis 20 ans des scé­na­rios pour l’u­ti­li­sa­tion d’un virus pan­dé­mique afin de ren­ver­ser la démo­cra­tie et res­treindre les droits consti­tu­tion­nels » (Ken­ne­dy RF Jr, 2021A49 p. 601). Le pro­jet de rap­port, confi­den­tiel à l’o­ri­gine, a été ren­du public, suite à une inter­ven­tion du New York Times, et peut être télé­char­gé (HHS, 2019A145). On y lit (page 7) :

Par­mi les par­ti­ci­pants figu­raient 19 minis­tères et orga­nismes fédé­raux, 12 États clefs, 15 nations tri­bales et pue­blos, 74 ser­vices de san­té locaux et régions de coa­li­tion, 87 hôpi­taux et plus de 100 par­te­naires du sec­teur pri­vé des soins de san­té et de la san­té publique.

Le scé­na­rio de la Crim­son Conta­gion pré­voyait « une épi­dé­mie à grande échelle d’une nou­velle souche du virus de la grippe aviaire (H7N9), qui se propage[rait] rapi­de­ment par trans­mis­sion inter­hu­maine dans le monde entier et sur le ter­ri­toire conti­nen­tal des États-Unis, avec des taux éle­vés de mor­bi­di­té et de mor­ta­li­té » (HHS, 2019A145 p. iii). Ken­ne­dy com­mente (2021A49 p. 603) :

Les pla­ni­fi­ca­teurs de la Crim­son Conta­gion ont pré­dit avec pré­ci­sion chaque élé­ment de la pan­dé­mie de COVID-19 — de la pénu­rie de masques au nombre de décès — des mois avant que la COVID-19 ne soit iden­ti­fiée comme une menace, or leur contre-attaque glo­bale était la démo­li­tion pla­ni­fiée de la Consti­tu­tion amé­ri­caine par une révo­lu­tion de palais scru­pu­leu­se­ment cho­ré­gra­phiée.

(Vers un nouvel « ordre mondial » ?)

➡ Ce para­graphe a été dépla­cé vers mon article Vers un nou­vel ordre mon­dial ?

La suite…

Depuis août 2020, les incer­ti­tudes sub­sistent sur la suite de cette pan­dé­mie, la per­ti­nence des solu­tions mises en place pour échap­per à d’hy­po­thé­tiques nou­velles « vagues », l’ef­fi­ca­ci­té des mesures de pro­tec­tion : port du masque (Anso J, 21 novembre 2022A38) etc. À ce sujet, on peut citer une revue Cochrane : Inter­ven­tions phy­siques pour inter­rompre ou réduire la pro­pa­ga­tion des virus res­pi­ra­toires (30 jan­vier 2023A35) qui concluait :

Le port de masques dans la com­mu­nau­té ne fait pro­ba­ble­ment que peu ou pas de dif­fé­rence entre le port d’un masque et l’ab­sence de masque pour ce qui est de l’ap­pa­ri­tion d’un syn­drome grip­pal ou d’un syn­drome de type COVID-19 (rap­port de risque 0,95, inter­valle de confiance à 95 % 0,84 à 1,09 ; 9 essais, 276 917 par­ti­ci­pants ; cer­ti­tude modé­rée). Le port de masques dans la com­mu­nau­té ne fait pro­ba­ble­ment que peu ou pas de dif­fé­rence pour l’is­sue de la grip­pe/­SARS-CoV2 confir­mée en labo­ra­toire avec l’ab­sence de port de masques (RR 1,01, IC à 95 % 0,72 à 1,42 ; 6 essais, 13 919 par­ti­ci­pants ; cer­ti­tude modé­rée). Les effets néfastes ont été rare­ment mesu­rés et peu rap­por­tés (preuves à très faible degré d’in­cer­ti­tude). […]
Nous sommes très incer­tains des effets des masques res­pi­ra­toires N95/P2 par rap­port aux masques médicaux/chirurgicaux sur l’is­sue de la mala­die res­pi­ra­toire cli­nique […] L’u­ti­li­sa­tion d’un masque res­pi­ra­toire N95/P2 par rap­port aux masques médicaux/chirurgicaux fait pro­ba­ble­ment peu ou pas de dif­fé­rence pour l’is­sue objec­tive et plus pré­cise de l’in­fec­tion grip­pale confir­mée en labo­ra­toire.

Voir mon article : L’au­teur prin­ci­pal de la nou­velle revue Cochrane prend la parole. Au Dane­mark, un essai cli­nique ran­do­mi­sé por­tant sur la pro­tec­tion de 6000 indi­vi­dus contre l’in­fec­tion au SARS-CoV‑2, a mesu­ré une dif­fé­rence de 0.03 % — sta­tis­ti­que­ment insi­gni­fiante — entre les groupes avec et sans masque de haute qua­li­té (Bund­gaard, H et al. (2021A74). Les auteurs ont tou­te­fois recon­nu les limites de leur étude :

Résul­tats non concluants, don­nées man­quantes, adhé­sion variable, résul­tats des tests à domi­cile rap­por­tés par les patients, sans double-aveugle, et pas d’é­va­lua­tion de la capa­ci­té des masques à réduire la trans­mis­sion des mala­dies des por­teurs de masques aux autres.

Il a fal­lu attendre mai 2024 pour que l’OMS recon­naisse que la trans­mis­sion aérienne des virus de mala­dies res­pi­ra­toires ne se limite pas à l’é­jec­tion à faible dis­tance de par­ti­cules de salive et de mucus, mais qu’elle inclut le trans­port de virus dans de plus petites par­ti­cules, autre­ment dit des aéro­sols (Max­men A, 5 mai 2024A21). Dans ces condi­tions, uti­li­ser un masque revien­drait à uti­li­ser une bar­rière de fil bar­be­lé pour se pro­té­ger des mous­tiques ! Le Cen­ter for Disease Control (CDC) aux États-Unis s’est éle­vé contre cette conclu­sion qui remet en cause les dis­po­si­tifs dont il avait ordon­né la mise en place (ibid.).

L’u­sage du masque oblige son por­teur à inha­ler une par­tie du CO2 expi­ré, por­tant à 1.4 à 3.2 % la concen­tra­tion de CO2 dans l’air, au lieu du 0.04 % envi­ron d’un air sain. Or, un taux supé­rieur à 0.3 % pour­rait induire une toxi­ci­té. C’est ce pro­blème qui fait dire aux auteurs d’une étude (Kisie­lins­ki K et al., 2023A29) :

L’im­po­si­tion de l’u­ti­li­sa­tion pro­lon­gée des masques peut avoir des consé­quences néga­tives, en par­ti­cu­lier pour les sous-groupes vul­né­rables. Il existe des preuves indi­rectes que l’u­ti­li­sa­tion pro­lon­gée du masque peut être liée aux obser­va­tions actuelles de mor­ti­na­ta­li­té et à la réduc­tion de la motri­ci­té ver­bale et des per­for­mances cog­ni­tives glo­bales chez les enfants nés pen­dant la pan­dé­mie. Il est donc néces­saire de recon­si­dé­rer les obli­ga­tions en matière de port de masque.

Le port du masque pour­rait aus­si favo­ri­ser la pro­li­fé­ra­tion de bac­té­ries indé­si­rables et de cham­pi­gnons (Park, AM et al., 18 juillet 2022A46) :

Nous avons inter­ro­gé 109 volon­taires sur leur uti­li­sa­tion du masque et leur mode de vie, et nous avons culti­vé des bac­té­ries et des cham­pi­gnons sur la face avant ou la face arrière de leur masque. […]

Les microbes pré­sents sur les masques ont été culti­vés en pres­sant le côté face et le côté exté­rieur des masques sur des plaques d’a­gar (deux plaques par par­ti­ci­pant : le côté face et le côté exté­rieur). Nous avons incu­bé les plaques de gélose pen­dant 18 heures (h) et 5 jours pour la pro­pa­ga­tion des bac­té­ries et des cham­pi­gnons, res­pec­ti­ve­ment, et nous avons pro­cé­dé au comp­tage des colo­nies. […]

Le nombre de colo­nies bac­té­riennes était plus éle­vé sur la face avant que sur la face arrière, tan­dis que le nombre de colo­nies fon­giques était moins éle­vé sur la face avant que sur la face arrière. Une uti­li­sa­tion plus longue du masque a aug­men­té de manière signi­fi­ca­tive le nombre de colo­nies fon­giques, mais pas le nombre de colo­nies bac­té­riennes. Bien que la plu­part des microbes iden­ti­fiés ne soient pas patho­gènes pour l’homme (Sta­phy­lo­coc­cus epi­der­mi­dis, Sta­phy­lo­coc­cus aureus et Cla­do­spo­rium), nous avons trou­vé plu­sieurs microbes patho­gènes (Bacil­lus cereus, Sta­phy­lo­coc­cus sapro­phy­ti­cus, Asper­gil­lus et Micro­spo­rum). Nous n’a­vons pas non plus trou­vé d’as­so­cia­tion entre les microbes atta­chés au masque et les méthodes de trans­port ou de dés­in­fec­tion. Nous pro­po­sons que les per­sonnes immu­no­dé­pri­mées évitent l’u­ti­li­sa­tion répé­tée de masques pour pré­ve­nir les infec­tions micro­biennes.

La ques­tion du « pass sani­taire » ins­tau­ré en France a fait l’ob­jet de longs déve­lop­pe­ments sur de nom­breux sites et sur les réseaux sociaux. La Com­mis­sion natio­nale de l’in­for­ma­tique et des liber­tés (CNIL) a esti­mé « indis­pen­sable que le Par­le­ment demande une éva­lua­tion à l’automne de l’ensemble des dis­po­si­tifs mis en œuvre pour lut­ter contre la COVID-19, et notam­ment des dis­po­si­tifs numé­riques, afin de sup­pri­mer ceux dont l’utilité ne serait pas avé­rée » (21 juillet 2021A62). Dans un qua­trième avis (30 novembre 2021A55), incluant tous les dis­po­si­tifs mis en œuvre, notam­ment le « pass sani­taire », elle insiste :

[…] sur la néces­si­té que les élé­ments qui per­mettent d’apprécier l’efficacité des trai­te­ments sus­men­tion­nés lui soient rapi­de­ment trans­mis, afin de conti­nuer l’exercice de sa mis­sion. En effet, mal­gré plu­sieurs demandes, une telle éva­lua­tion n’a, à ce jour, pas été trans­mise à la CNIL. À cet égard, elle tient à sou­li­gner que l’utilisation des dis­po­si­tifs pré­ci­tés reste condi­tion­née à des garan­ties rela­tives à leur effi­ca­ci­té.

Une cer­ti­tude : l’é­pi­dé­mie CoVID-19 a ins­tal­lé dans le monde entier des pra­tiques qui dés­équi­librent for­te­ment les sys­tèmes de san­té, au détri­ment de la lutte contre d’autres mala­dies infec­tieuses dont la pré­va­lence et la léta­li­té seraient plus impor­tantes. En sau­vant des cen­taines de mil­liers de malades de CoVID-19, n’a-t-on pas pré­ci­pi­té le décès de plus nom­breux malades de tuber­cu­lose, de VIH et de mala­ria ? La ques­tion est rare­ment posée dans les pays occi­den­taux, car ces grandes épi­dé­mies touchent prin­ci­pa­le­ment les pays du Sud…

On peut aus­si s’in­ter­ro­ger sur la carac­té­ri­sa­tion de la popu­la­tion la plus expo­sée aux formes graves de CoVID-19 : les per­sonnes âgées et celles, plus jeunes, souf­frant de comor­bi­di­tés le plus sou­vent asso­ciées à de l’o­bé­si­té. La plu­part des per­sonnes âgées, dans les pays riches, prennent des médi­ca­ments pour soi­gner des affec­tions qu’elles auraient pu évi­ter, ou pour le moins retar­der, par l’a­dop­tion de pra­tiques de vie saine — voir mon article Vivre bien et long­temps. Chez les plus jeunes, le constat de comor­bi­di­tés est lié à des diag­nos­tics qui conduisent en géné­ral à la pres­crip­tion de médi­ca­ments. On est donc en droit de se deman­der quelle pro­por­tion du risque de mala­die grave CoVID-19 est induite par ces syn­dromes ou par les effets secon­daires de médi­ca­ments — plus de détails dans mon article CoVID-19 : immu­ni­té, style de vie. Il est regret­table que (à ma connais­sance) n’existe aucune sta­tis­tique asso­ciant l’in­ci­dence et la gra­vi­té de la CoVID-19 à la consom­ma­tion de cer­tains médi­ca­ments dont on connaît les effets indé­si­rables sur le sys­tème immu­ni­taire.

Voi­ci le début d’un article de la jour­na­liste Apoor­va Man­da­villi, lau­réate en 2019 du Vic­tor Cohn Prize for Excel­lence in Medi­cal Science Repor­ting (3 août 2020A91) :

Jus­qu’à cette année, la tuber­cu­lose et ses alliés mor­tels, le VIH et le palu­disme, étaient en déclin. Le bilan de cha­cune de ces mala­dies au cours de la décen­nie pré­cé­dente était à son plus bas en 2018, der­nière année pour laquelle des don­nées sont dis­po­nibles.

Pour­tant, main­te­nant, alors que la pan­dé­mie de coro­na­vi­rus se pro­page dans le monde entier, consom­mant les res­sources de san­té mon­diales, ces adver­saires per­pé­tuel­le­ment négli­gés sont de retour.

“La covid-19 risque de faire dérailler tous nos efforts et de nous rame­ner là où nous étions il y a 20 ans”, a décla­ré le Dr Pedro L. Alon­so, direc­teur du pro­gramme mon­dial de lutte contre le palu­disme de l’Organisation mon­diale de la san­té.

Ce n’est pas seule­ment que le coro­na­vi­rus a détour­né l’attention scien­ti­fique de la tuber­cu­lose, du VIH et du palu­disme. Les confi­ne­ments, en par­ti­cu­lier dans cer­taines régions d’A­frique, d’A­sie et d’A­mé­rique latine, ont sou­le­vé des obs­tacles insur­mon­tables pour les patients qui doivent voya­ger pour obte­nir des diag­nos­tics ou des médi­ca­ments, selon des entre­tiens avec plus de deux dou­zaines de res­pon­sables de la san­té publique, de méde­cins et de patients dans le monde.

La peur du coro­na­vi­rus et la fer­me­ture des cli­niques ont éloi­gné de nom­breux patients aux prises avec le VIH, la tuber­cu­lose et le palu­disme, tan­dis que les res­tric­tions sur les voyages aériens et mari­times ont gra­ve­ment limi­té la livrai­son de médi­ca­ments dans les régions les plus tou­chées.

Envi­ron 80 pour cent des pro­grammes de lutte contre le palu­disme, la tuber­cu­lose, du VIH dans le monde ont signa­lé des per­tur­ba­tions dans leurs ser­vices, et une per­sonne sur quatre vivant avec le VIH a signa­lé des pro­blèmes d’ac­cès aux médi­ca­ments, selon UNAIDS. Les inter­rup­tions ou les retards de trai­te­ment peuvent conduire à une résis­tance aux médi­ca­ments, déjà un pro­blème redou­table dans de nom­breux pays.

En Inde, où vivent envi­ron 27 % des cas de tuber­cu­leux dans le monde, les diag­nos­tics ont chu­té de près de 75 % depuis le début de la pan­dé­mie. En Rus­sie, les cli­niques du VIH ont été réaf­fec­tées à des tests de coro­na­vi­rus.

La sai­son du palu­disme a com­men­cé en Afrique de l’Ouest, qui compte 90 pour cent des décès dus au palu­disme dans le monde, mais les stra­té­gies nor­males de pré­ven­tion – dis­tri­bu­tion de mous­ti­quaires impré­gnées d’in­sec­ti­cide et pul­vé­ri­sa­tion de pes­ti­cides – ont été réduites en rai­son des confi­ne­ments.

Selon une esti­ma­tion, un confi­ne­ment de trois mois dans dif­fé­rentes par­ties du monde et un retour pro­gres­sif à la nor­male sur 10 mois pour­raient entraî­ner 6,3 mil­lions de cas sup­plé­men­taires de tuber­cu­lose et 1,4 mil­lion de décès.

Une inter­rup­tion de six mois du trai­te­ment anti­ré­tro­vi­ral peut entraî­ner plus de 500 000 décès sup­plé­men­taires dus à des mala­dies liées au VIH, selon l’OMS. Un autre modèle de l’OMS a pré­dit que dans le pire des cas, les décès dus au palu­disme pour­raient dou­bler pour atteindre 770 000 par an.

Plu­sieurs experts en san­té publique, cer­tains au bord des larmes, ont aver­ti que si les ten­dances actuelles se pour­suivent, le coro­na­vi­rus est sus­cep­tible de faire recu­ler des années, voire des décen­nies, de pro­grès achar­nés contre la tuber­cu­lose, le VIH et le palu­disme.

Fin 2021, avec la pro­gres­sion du variant Omi­cron et, en France, la pres­sion gou­ver­ne­men­tale pour une vac­ci­na­tion éten­due à toute la popu­la­tion, il était salu­taire de faire le point sur les connais­sances qui pour­raient orien­ter une meilleure ges­tion de la crise. C’est l’ob­jet d’un expo­sé très clair du pro­fes­seur (eme­ri­tus) Jean-Michel Cla­ve­rie : Quelques connais­sances scien­ti­fiques solides sur la CoVID-19 et son virus (22 décembre 2021A52). Il est aus­si inter­ve­nu dans les médias, voir par exemple un extrait sur BFMTV (25 décembre 2021A51).

J‑M Cla­ve­rie est mon­dia­le­ment connu pour ses tra­vaux sur les virus géants, fon­da­teur du Labo­ra­toire Infor­ma­tion Géno­mique et Struc­tu­rale et de la Socié­té fran­çaise de viro­lo­gie. Je recom­mande aux scep­tiques la lec­ture de son pro­fil scien­ti­fique et, entre autres, l’é­coute d’une de ses confé­rences au Well­come Genome Cam­pus de Hin­x­ton en Angle­terre (7 mars 2016N87). Sa cri­tique fron­tale « ras­su­riste » de la poli­tique sani­taire en France lui a valu le désa­veu de la Socié­té fran­çaise de viro­lo­gie, alors qu’il était en plein accord avec le direc­teur de l’OMS décla­rant à la même date : « Aucun pays ne pour­ra se sor­tir de la pan­dé­mie à coups de doses de rap­pel, et les rap­pels ne sont pas un feu vert pour célé­brer comme on l’a­vait pré­vu. »

Oli­vier Véran, ministre de la san­té en France, décla­rait sur France Info le 16 mars 2022 :

Le sujet, c’est qu’il n’y a pas de nou­veau variant dan­ge­reux qui cir­cule en France ou sur le reste de la pla­nète. Ce qui cir­cule aujourd’­hui, c’est Omi­cron et son petit frère, le cou­sin ger­main, le BA2. On savait qu’il y avait un risque de rebond, on le constate, il n’est pas, d’ailleurs, fran­çais. Si vous me posiez la ques­tion : « Est-ce qu’il y a une cor­ré­la­tion entre le fait qu’on ait levé les res­tric­tions et le rebond épi­dé­mique », je vous dirais de regar­der l’Al­le­magne, regar­der l’I­ta­lie, ils connaissent un rebond épi­dé­mique alors qu’ils ont main­te­nu le pass sani­taire et par­fois le pass vac­ci­nal, qu’ils ont main­te­nu le port du masque en milieu fer­mé. En Ita­lie c’est même le FFP2 qui est obli­ga­toire dans les com­merces, et ils ont le même rebond que nous.

Invi­té fin 2022 par l’association L’union fait la force 88, le cher­cheur et mathé­ma­ti­cien Vincent Pavan a don­né une confé­rence à Épi­nal : « Covid-19 : cor­rup­tions mathé­ma­tique et épi­dé­mio­lo­gique » : un décor­ti­cage en règle des fraudes scien­ti­fiques de la crise. On peut lire à ce sujet son entre­tien avec Alix Jouan (26 novembre 2022A37).

Un récit sérieu­se­ment docu­men­té de la « crise sani­taire », de 2019 à février 2023, a été publié sur le site de l’AIM­SIB par Guillaume Girard, ingé­nieur spé­cia­li­sé en ges­tion des risques chi­miques et bio­lo­giques (Girard G, février 2023A34). Il faut bien enten­du le lire avec un regard cri­tique, ain­si que les réfé­rences dont plu­sieurs font l’ob­jet de débat sur Pub­Peer.

Il faut lire aus­si l’ou­vrage cap­ti­vant de Michel de Lor­ge­ril (2024A19) : Dia­logue de pro­me­neurs en Covi­die, une ana­lyse his­to­rique, scien­ti­fique et pros­pec­tive de la récente pan­dé­mie. Ins­pi­ré par José Luis Borges, l’au­teur a mis en scène, dans un dia­logue ami­cal, quatre pro­fes­sion­nels et obser­va­teurs des sys­tèmes de soins issus de cultures médi­cales et scien­ti­fiques dif­fé­rentes. « Les pro­me­neurs se livrent à une décons­truc­tion sys­té­ma­tique du mode de pen­sée et du savoir conven­tion­nel et offi­ciel sur la Covi­die, ses causes et ses consé­quences. » Toutes les don­nées fac­tuelles y sont sour­cées.

Les « com­plo­tistes » de toutes obé­diences peuvent décou­vrir, sur le site de l’AM­SIB, les mises en garde catas­tro­phiques de Mar­ceau : OMS et mul­ti­ré­sis­tance bac­té­rienne, la pro­chaine plan­dé­mie a com­men­cé (17 décembre 2023N88) ain­si que OMS et mul­ti­ré­sis­tance bac­té­rienne, quatre bri­co­lages de labos qui pour­raient tuer nos liber­tés (24 décembre 2023N89).

Le néo­lo­gisme « plan­dé­mie » désigne ici une pan­dé­mie pla­ni­fiée par des diri­geants cupides — voir mon article Vers un nou­vel « ordre mon­dial » ? On peut lire sur le même sujet l’a­ver­tis­se­ment de Robert W Malone (31 Decem­ber 2024A17) concer­nant la mise en scène trau­ma­ti­sante d’une épi­dé­mie de grippe aviaire, déjà annon­cée par Robert Red­field en mars 2022 (voir ci-des­sus), et son article Une archi­tec­ture pour gérer la pro­chaine pan­dé­mie.

Pour les « com­plo­tistes » anglo­phones, un récit détaillé et docu­men­té de la crise sani­taire et une dénon­cia­tion des mal­ver­sa­tions (selon l’au­teur) com­mises par la « caste » poli­ti­co-médi­cale amé­ri­caine, figure dans les 117 pre­mières pages de l’ou­vrage The Real Antho­ny Fau­ci : Bill Gates, Big Phar­ma, and the Glo­bal War on Demo­cra­cy and Public Health publié par Robert F Ken­ne­dy Jr. (2021A50 ; ver­sion fran­çaise 2022A49) :

Il ne s’a­git pas d’un livre poli­tique comme les autres. The Real Antho­ny Fau­ci explique en détail com­ment Fau­ci, Gates et leurs aco­lytes uti­lisent leur contrôle des médias – qu’ils soient de ten­dance conser­va­trice ou libé­rale -, des revues scien­ti­fiques, des prin­ci­pales agences gou­ver­ne­men­tales et qua­si-gou­ver­ne­men­tales, des agences de ren­sei­gne­ment mon­diales et des scien­ti­fiques et méde­cins influents pour inon­der le public d’une pro­pa­gande effrayante sur la viru­lence et la patho­ge­nèse du COVID-19, pour muse­ler le débat et pour cen­su­rer impi­toya­ble­ment la dis­si­dence.

Les cha­pitres sui­vants de l’ou­vrage de Ken­ne­dy, qui traitent de la ges­tion de l’é­pi­dé­mie de SIDA à la fin du 20e siècle, et du rôle joué par Antho­ny Fau­ci, exi­ge­raient une étude sérieuse de ce dos­sier, bien au delà de mes com­pé­tences et de l’a­gen­da de ce site.

Les anglo­phones peuvent écou­ter un entre­tien avec Dr. Mary Tal­ley Bow­den sur le pod­cast de Joe Rogan (10 juin 2025A14 ; voir la trans­crip­tion en fran­çais).

Dans la plu­part des pays euro­péens, le pro­blème de la recherche par « gain de fonc­tion » est pas­sé sous silence par les médias et les auto­ri­tés sani­taires. Le récit (nar­ra­tive) de l’o­ri­gine « natu­relle » du SARS-CoV‑2 est régu­liè­re­ment répé­té. Simon Wain-Hob­son, un viro­logue alle­mand connu pour sa par­ti­ci­pa­tion au séquen­çage du VIH, s’est expri­mé à ce sujet dans un entre­tien avec le Ber­li­ner Zei­tung (Tha­cker PD, 12 juin 2025A13). Il a ver­te­ment condam­né l’ab­sence de débat et la cen­sure impo­sée par les scien­ti­fiques. Au sujet de la défi­ni­tion de « gain de fonc­tion », il s’ex­prime ain­si :

L’am­bi­guï­té fait par­tie du pro­blème… et de la stra­té­gie. Les scien­ti­fiques ont déli­bé­ré­ment dilué les termes. Mais le concept de base est simple. En géné­tique clas­sique, le gain de fonc­tion [GoF] consiste à don­ner à un orga­nisme un nou­veau trait, par exemple en ame­nant une bac­té­rie à pro­duire de l’in­su­line. C’est utile. Mais en viro­lo­gie, il s’a­git de tout autre chose. La recherche dan­ge­reuse sur le gain de fonc­tion consiste à rendre inten­tion­nel­le­ment un virus plus trans­mis­sible ou plus mor­tel, ou à trans­for­mer un virus ani­mal en agent patho­gène humain. Cela fran­chit une ligne rouge. […]

Les gens pensent que tout est gérable grâce aux pro­to­coles de sécu­ri­té. Mais les gens font des erreurs. Per­sonne ne remet en ques­tion le bien-fon­dé des recherches dan­ge­reuses menées par le GoF, qui pro­fitent pour­tant au sys­tème de san­té alle­mand. Le prin­cipe médi­cal « d’a­bord ne pas nuire » est bafoué.

Fin 2024 a été ren­du public le Rap­port de la com­mis­sion du Congrès des États-Unis sur la pan­dé­mie de Covid-19 (2 décembre 2024A18). Un résu­mé en fran­çais com­men­té peut être lu sur le site Mala­dies car­dio­vas­cu­laires, cho­les­té­rol et sta­tines.

Ce rap­port reprend la plu­part des infor­ma­tions signa­lées dans mes articles trai­tant du sujet. Il confirme notam­ment l’hy­po­thèse de l’o­ri­gine du virus échap­pé du labo­ra­toire de Wuhan. C’est le seul point qui a été dif­fu­sé par les « médias sub­ven­tion­nés », en France, alors que les auteurs du rap­port ont abor­dé de nom­breux sujets tels que les confi­ne­ments, la fer­me­ture des com­merces et des écoles, le port du masque, l’o­bli­ga­tion vac­ci­nale et les risques d’ef­fets secon­daires des vac­cins ARNm… Avec des conclu­sions nuan­cées — par­fois contra­dic­toires pour « ména­ger la chèvre et le chou » — qui mettent en pièces le « récit domi­nant ».

Il est donc inévi­table que la lec­ture de ce docu­ment ait induit un effet de dis­so­nance cog­ni­tive chez ceux qui avaient pris refuge dans le dis­cours offi­ciel. Voir par exemple la réac­tion de Leo­nid Schnei­der, l’au­teur de For Bet­ter Science, qui sou­te­nait, preuves à l’ap­pui, la thèse du virus d’o­ri­gine humaine (6 décembre 2024) :

Pour être juste, le rap­port n’est pas tout à fait équi­li­bré. Il célèbre incon­di­tion­nel­le­ment Trump au point de se contre­dire : « L’o­pé­ra­tion Warp Speed du pré­sident élu Trump – qui a encou­ra­gé le déve­lop­pe­ment et l’au­to­ri­sa­tion rapides du vac­cin COVID-19 – a été cou­ron­née de suc­cès et a contri­bué à sau­ver des mil­lions de vies », sui­vie de « Contrai­re­ment à ce qui avait été pro­mis, le vac­cin COVID-19 n’a pas empê­ché la pro­pa­ga­tion ou la trans­mis­sion du virus », blâ­mant la FDA d’a­voir approu­vé ces vac­cins « pour res­pec­ter le calen­drier arbi­traire de l’ad­mi­nis­tra­tion Biden », et décri­vant les obli­ga­tions vac­ci­nales pour le per­son­nel médi­cal comme « n’é­tant pas sou­te­nus par la science » et ayant « cau­sé plus de mal que de bien ». Ensuite, le rap­port qui vient de pos­tu­ler que l’im­mu­ni­té contre le COVID-19 ne peut pas être acquise, déclare : « Les res­pon­sables de la san­té publique se sont enga­gés dans un effort coor­don­né pour igno­rer l’im­mu­ni­té natu­relle ».

Le rap­port déclare éga­le­ment que les règles de dis­tan­cia­tion sociale sont « arbi­traires et non fon­dées sur la science », affirme « qu’il n’y a aucune preuve concluante que les masques ont effec­ti­ve­ment pro­té­gé les Amé­ri­cains du COVID-19 » et que « Les confi­ne­ments pro­lon­gés ont cau­sé des dom­mages incom­men­su­rables non seule­ment à l’é­co­no­mie amé­ri­caine, mais aus­si à la san­té men­tale et phy­sique des Amé­ri­cains, avec un effet par­ti­cu­liè­re­ment néga­tif sur les citoyens les plus jeunes ».

Schnei­der « pète un câble » jus­qu’à remettre en ques­tion son avis sur l’o­ri­gine du virus, qu’il réduit désor­mais à un débat d’o­pi­nions :

À mon avis, le débat sur l’o­ri­gine du COVID-19 est un véri­table gâchis. Je trouve tout à fait idiot que les seules per­sonnes prêtes à envi­sa­ger la théo­rie d’une fuite de labo­ra­toire soient les anti­vaxxistes d’ex­trême droite, et ce sou­vent uni­que­ment en rai­son de leur racisme à l’é­gard des Asia­tiques. Si le COVID-19 était appa­ru dans un labo­ra­toire russe, ces per­sonnes ne se pré­oc­cu­pe­raient pro­ba­ble­ment pas de la ques­tion des ori­gines.

Le méde­cin écos­sais Mal­colm Ken­drick, publie en 2025 un compte-ren­du per­son­nel des évé­ne­ments pen­dant la crise sani­taire de la CoVID. Il reprend, avec sa verve et son humour inimi­tables, la notion de for­ma­tion des masses expo­sée par Mat­tias Des­met (Ken­drick M, 17 avril 2025A16) :

La conspi­ra­tion, la dis­si­mu­la­tion, les attaques contre les dis­si­dents ? Je ne pense pas que ce soit ce que beau­coup croient : déli­bé­ré, poten­tiel­le­ment malé­fique, coor­don­né. Il s’a­git tout sim­ple­ment d’êtres humains qui font ce qu’ils font. Ils se regroupent, agissent ensemble, disent les mêmes choses, se sou­tiennent les uns les autres. Puis, lors­qu’ils sont remis en ques­tion, ils défendent tout avec une grande véhé­mence.

La suite, sur la « rup­ture de la science » qui s’est aggra­vée pen­dant cette crise : My cur­rent thin­king on Covid-19 – and other impor­tant issues (Ken­drick M, 6 octobre 2025A12).

Dans un entre­tien en 2025, Jay Bhat­ta­cha­rya, direc­teur des NIH (et co-auteur de la décla­ra­tion de Great Bar­ring­tonN86) décla­rait (source) :

L’une des leçons que j’ai tirées de la pan­dé­mie… l’er­reur que j’ai vue se répé­ter à maintes reprises, était cette volon­té d’u­ti­li­ser la com­mu­ni­ca­tion scien­ti­fique pour mani­pu­ler le public, de sous-esti­mer consi­dé­ra­ble­ment la capa­ci­té du public à com­prendre les nuances, et de sim­pli­fier à l’ex­trême et dia­bo­li­ser ceux qui n’é­taient pas d’ac­cord avec le mes­sage de san­té publique, comme s’ils étaient en quelque sorte l’en­ne­mi.

Je pense que tout cela engendre la méfiance, cela dés­in­forme le public sur ce que la science apprend et découvre et ce qu’elle n’ap­prend pas et ne découvre pas, et si cela empiète sur la vie des gens d’une manière qui finit par leur nuire (comme le fait que leurs enfants ne puissent pas aller à l’é­cole pen­dant des années et qu’ils soient dépri­més, ou qu’ils deviennent dépen­dants aux opia­cés après que leurs méde­cins et tout le monde leur aient dit que ces sub­stances ne peuvent pas créer de dépen­dance, ou qu’ils sont licen­ciés de leur tra­vail sous pré­texte que le vac­cin COVID vous empêche de pro­pa­ger le COVID). Toutes ces choses sont le fruit d’un para­digme qui consi­dère la com­mu­ni­ca­tion scien­ti­fique comme quelque chose qui doit vous domi­ner, plu­tôt que comme quelque chose qui vous aide à prendre de bonnes déci­sions concer­nant votre vie.

En sub­stance, nous avons créé une caté­go­rie de per­sonnes indé­si­rables dans le cadre d’une poli­tique publique. On com­prend pour­quoi les per­sonnes qui ont vécu cela disent : « Étant don­né que le vac­cin n’a pas empê­ché la pro­pa­ga­tion du COVID, pour­quoi devrais-je vous faire confiance pour quoi que ce soit d’autre ? » C’est là où nous en sommes actuel­le­ment.

Emma­nuel Car­ré, ensei­gnant en sciences de l’in­for­ma­tion et de la com­mu­ni­ca­tion, écrit dans son ouvrage Avoir ques­tion à tout : Anthro­po­lo­gie com­mu­ni­ca­tion­nelle d’une crise sani­taire (2026A11 p. 137) :

La période 2020–2023 révèle une conver­gence d’intérêts dis­tincts qui, sans coor­di­na­tion cen­trale, ont pro­duit une trans­for­ma­tion sociale cohé­rente. Les acteurs poli­tiques cher­chaient à évi­ter le reproche d’inaction ; les bureau­cra­ties appli­quaient leurs pro­to­coles ; les médias dra­ma­ti­saient pour l’audience ; les experts évi­taient de contre­dire le sup­po­sé « consen­sus » ; l’industrie phar­ma­ceu­tique sai­sis­sait les oppor­tu­ni­tés créées ; les géants du numé­rique moné­ti­saient l’attention cap­tive ; les citoyens majo­ri­taires trou­vaient dans la sou­mis­sion une forme de réas­su­rance exis­ten­tielle.

Cette conver­gence a pro­duit ce que nous pour­rions appe­ler un labo­ra­toire anthro­po­lo­gique : un test gran­deur nature de tech­niques de contrôle social qui révèle les seuils de tolé­rance des popu­la­tions démo­cra­tiques face à l’autoritarisme dégui­sé en exper­tise scien­ti­fique.

✓ Références

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  • A1 · qtc0 · GEODES – Don­nées en san­té publique – France
  • A2 · m0pa · Don­nées sta­tis­tiques publiques en san­té et social – DREES
  • A3 · qm38 · New COVID-19 Cases World­wide – Johns Hop­kins Coro­na­vi­rus Resource Cen­ter
  • A4 · b5p0 · Tableau de bord COVID-19 – France
  • A5 · wec4 · Coro­na­vi­rus nombre de cas en France
  • A6 · ft8i · Covid Tra­cker
  • A7 · lrg8 · Coro­na­vi­rus (COVID-19) Deaths
  • A8 · g4on · Réseau Sen­ti­nelle – méde­cins géné­ra­listes (France)
  • A9 · u2eq · Manu­fac­tu­red Consen­sus, part II : An Ana­ly­sis of the New Evi­dence Fau­ci Mani­pu­la­ted Intel­li­gence and Lied to Congress – Robert W Malone (2026)
  • A10 · qio9 · Fau­ci Fun­ded Wuhan Lab Research That Spar­ked COVID : New Evi­dence Fau­ci Mani­pu­la­ted Intel­li­gence and Lied to Congress – Office of the Direc­tor of Natio­nal Intel­li­gence, News Release No. 11–26 (June 18 2026)
  • A11 · x01u · Avoir ques­tion à tout : Anthro­po­lo­gie com­mu­ni­ca­tion­nelle d’une crise sani­taire – Emma­nuel Car­ré (12 février 2026)
  • A12 · rp03 · My cur­rent thin­king on Covid-19 – and other impor­tant issues – Mal­colm Ken­drick (6 octobre 2025)
  • A13 · ylo7 · Viro­lo­gist Simon Wain-Hob­son Calls Out Cor­rupt Jour­nals : Nature, Science, and Lan­cet – PD Tha­cker (12 juin 2025)
  • A14 · c1b9 · Video “Joe Rogan Expe­rience #2335 – Dr. Mary Tal­ley Bow­den” (10 juin 2025)
  • A15 · d585 · NIH Infec­tious Disease Resear­cher Calls for End of Dan­ge­rous Virus Stu­dies – Ano­ny­mous. Sub­stack “The Dis­in­for­ma­tion Chro­nicle” (4 May 2025)
  • A16 · h7vh · The Cover-up, Part One (context) – Mal­colm Ken­drick (17 avril 2025)
  • A17 · g28i · Latest “Bird Flu” Psyop – Robert Malone (31 Decem­ber 2024)
  • A18 · nrt1 · After Action Review of the COVID-19 Pan­de­mic : The Les­sons Lear­ned and a Path For­ward – Congress of the Uni­ted States (2 décembre 2024)
  • A19 · a196 · Ouvrage “Dia­logue de pro­me­neurs en Covi­die” – Michel de Lor­ge­ril (2024)
  • A20 · smz3 · Gene­tic tra­cing of mar­ket wild­life and viruses at the epi­cen­ter of the COVID-19 pan­de­mic – Alexan­der Crits-Chris­toph et al. (sep­tembre 2024)
  • A21 · kbs4 · WHO Over­turns Dog­ma on Air­borne Disease Spread. The CDC Might Not Act on It – Amy Max­men (5 mai 2024).
  • A22 · b9b9 · Ouvrage “Labo P4 Wuhan : Que nous a‑t-on caché ?” – RF Ken­ne­dy, Jr (2023)
  • A23 · k7lx · Fran­cis Col­lins Has Regrets, but Too Few – Wall Street Jour­nal (30 décembre 2023)
  • A24 · gl30 · Video “CIA ana­lysts were “bri­bed to change posi­tion” on COVID-19 ori­gins as Fau­ci led “orches­tra­ted” effort to under­mine lab-leak ori­gin theo­ry” – P Han­na­ford SKY NEWS LIVE (28 novembre 2023)
  • A25 · d6sm · Mass gathe­rings for poli­ti­cal expres­sion had no dis­cer­nible asso­cia­tion with the local course of the COVID-19 pan­de­mic in the USA in 2020 and 2021 – E Fel­tham et al. (31 juillet 2023)
  • A26 · l02k · The UN’s Digi­tal First Respon­ders – or The UN’s Vir­tual Brown­shirts ? – M Des­met (23 juin 2023)
  • A27 · v52f · COVID Ori­gin : WCW inves­ti­ga­tion proves U.S. Govt Fun­ded “Patient Zero” – A Bel­lo­ti (15 juin 2023)
  • A28 · g5ad · Video “Rus­sell & RFK Jr | FAUCI, CIA Secrets & Run­ning For Pre­sident” (12 mai 2023)
  • A29 · wj7o · Pos­sible toxi­ci­ty of chro­nic car­bon dioxide expo­sure asso­cia­ted with face mask use, par­ti­cu­lar­ly in pre­gnant women, chil­dren and ado­les­cents – A sco­ping review – K Kisie­lins­ki et al. (9 avril 2023)
  • A30 · jkc8 · Video “12 fois plus conta­gieux… His­toire d’un indi­ca­teur tru­qué” – V Pavan (12 mars 2023)
  • A31 · ld17 · Writ­ten Sta­te­ment Before the House Select Sub­com­mit­tee on the Coro­na­vi­rus Cri­sis – Dr RR Red­field (8 mars 2023)
  • A32 · j6y0 · Vidéo “Men­songes, sophismes et com­plo­tisme : l’u­ni­vers de Conspi­ra­cy Watch” – P Chaillot (5 mars 2023)
  • A33 · o2xe · SARS-CoV-WIV, the rena­ming of SARS-CoV‑2 – RW Malone (3 mars 2023)
  • A34 · vfg7 · La Covid de 2019 à février 2023, voi­ci la base docu­men­taire la plus incon­tour­nable – G Girard (février 2023)
  • A35 · vcs9 · Phy­si­cal inter­ven­tions to inter­rupt or reduce the spread of res­pi­ra­to­ry viruses – Cochrane review (30 jan­vier 2023)
  • A36 · g57v · Ouvrage “Covid 19, ce que révèlent les chiffres offi­ciels : mor­ta­li­té, tests, vac­cins, hôpi­taux, la véri­té émerge” – P Chaillot (18 jan­vier 2023)
  • A37 · m525 · Covid-19 : Vincent Pavan dénonce deux ans de fraudes scien­ti­fiques – A Jouan (22 novembre 2022)
  • A38 · dz69 · Covid-19 : mas­quer les éco­liers sert-il à quelque chose ? – J Anso (21 novembre 2022)
  • A39 · l32z · COVID-19, a War­ning : Addres­sing Envi­ron­men­tal Threats and the Risk of Future Pan­de­mics in Asia and the Paci­fic – Pro­gramme de l’En­vi­ron­ne­ment aux Nations-Unies (25 octobre 2022)
  • A40 · fq7m · Age-stra­ti­fied infec­tion fata­li­ty rate of COVID-19 in the non-elder­ly infor­med from pre-vac­ci­na­tion natio­nal sero­pre­va­lence stu­dies – JPA Ioan­ni­dis et al. (13 octobre 2022)
  • A41 · ion1 · “This is playing with fire – it could spark a lab-gene­ra­ted pan­de­mic”: Experts slam Bos­ton lab where scien­tists have crea­ted a new dead­ly Covid strain with an 80 % kill rate – C Tilley et al. (8 octobre 2022)
  • A42 · awe8 · Dés­in­for­ma­tion du réseau Réinfocovid/CSI – Alexan­der Samuel (15 sep­tembre 2022)
  • A43 · bn8g · Aggres­sive mea­sures, rising inequa­li­ties, and mass for­ma­tion during the COVID-19 cri­sis : An over­view and pro­po­sed way for­ward – MC Schip­pers et al. (25 août 2022)
  • A44 · s6np · Video “Lock­down cause of child­hood hepa­ti­tis” – John Camp­bell (26 juillet 2022)
  • A45 · vmq9 · Ade­no-asso­cia­ted virus 2 infec­tion in chil­dren with non-A‑E hepa­ti­tis – Anto­nia Ho et al. (19 juillet 2022) ? pre­print
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  • A49 · r7yp · Ouvrage “Antho­ny Fau­ci, Bill Gates et Big Phar­ma – Leur guerre mon­diale contre la démo­cra­tie et la san­té publique” – Robert F Ken­ne­dy Jr (2021)
  • A50 · zdh5 · Book “The Real Antho­ny Fau­ci – Bill Gates, Big Phar­ma, and the Glo­bal War on Demo­cra­cy and Public Health” – Robert F Ken­ne­dy Jr (2021)
  • A51 · a18u · Vidéo “Pr Jean Michel Cla­ve­rie sur BFMTV : le variant Omi­cron est beau­coup moins patho­gène que le del­ta” (25 décembre 2021)
  • A52 · rqh6 · Quelques connais­sances scien­ti­fiques solides sur la CoVID-19 et son virus – JM Cla­ve­rie (22 décembre 2021)
  • A53 · o56o · La face cachée des réani­ma­tions en 2020” – P Chaillot (6 décembre 2021)
  • A54 · unt4 · Vidéo “La face cachée des réani­ma­tions en 2020” – P Chaillot (3 décembre 2021)
  • A55 · p8b4 · La CNIL publie son qua­trième avis adres­sé au Par­le­ment sur les condi­tions de mise en œuvre des dis­po­si­tifs contre la COVID-19 – CNIL (30 novembre 2021)
  • A56 · bj75 · A Pos­sible Role for Anti-idio­type Anti­bo­dies in SARS-CoV‑2 Infec­tion and Vac­ci­na­tion – WJ Mur­phy & DL Lon­go (24 novembre 2021)
  • A57 · cw6w · “Viral” by Ali­na Chan & Matt Rid­ley – Book review – L Schnei­der (24 novembre 2021)
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  • N25 · gqrk · Didier Raoult sur le coro­na­vi­rus : “Il ne faut pas jouer avec la peur”
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Article créé le 16/03/2020 – modi­fié le 7/09/2026 à 14h46 • 9 724 visites

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